Nguyen Thi Van Mai, détentrice du titre d’« Artisane émérite », et son époux, l’artiste Tran Van Truc, ont ouvert cette classe en 2008, un an avant l’inscription du ca tru par l’UNESCO sur la liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente.
D’abord fréquentés par quelques enfants de leur entourage, les cours accueillent aujourd’hui des écoliers, des étudiants, des actifs et de nombreux visiteurs étrangers.
Transmettre un art exigeant, sans en fermer les portes
Les élèves y découvrent les fondamentaux : prononciation, respiration, articulation et maîtrise du rythme scandé par les phach, des instruments de percussion en bois. Ils apprennent ensuite à respecter les particularités du chant ancien.
Pour Van Mai, le choix de la gratuité trouve son origine dans les difficultés qu’elle a elle-même rencontrées au cours de son apprentissage. À ses yeux, cantonner la transmission à un cercle restreint rendrait la préservation et le développement du ca tru plus difficiles encore.
« En 2008, j’ai décidé d’ouvrir une classe accessible à tous, parce qu’autrefois, apprendre avait été très difficile pour moi. Sans transmission, le ca tru ne peut pas se développer. Que les élèves parviennent à chanter comme nous et partagent notre passion, c’est un bonheur. Et même s’ils ne savent pas encore chanter, ils peuvent déjà percevoir la beauté de cet art », confie-t-elle.
Souvent considéré comme un art savant, le ca tru ne se laisse pas facilement apprivoiser. Van Mai adapte donc son enseignement pour rendre les premiers exercices accessibles, avant d’introduire des techniques exigeantes : une émission vocale ronde alliée à une diction précise, ou encore le nay hot, un ornement vocal caractéristique.
Cette finesse, cette attention portée à chaque phrase chantée et à chaque pulsation sont aussi ce qui séduit les élèves.
« Aujourd’hui, Van Mai m’a écoutée chanter et m’a expliqué comment respirer et articuler. Je mesure à quel point le ca tru est difficile. Il mérite bien sa réputation de musique traditionnelle savante », témoigne Ly Giang, habitante du quartier de Cau Giay.
Nguyen Bich Phuong, du quartier de Giang Vo, partage cet enthousiasme : « Les techniques enseignées sont assez difficiles. Nos professeures les pratiquent depuis de nombreuses années. Mais plus j’apprends, plus j’aime le ca tru. »
Le numérique au service de la mémoire
La transmission ne se limite pas aux cours. Soucieux de préserver un patrimoine susceptible de s’effacer avec le temps, Tran Koong, membre du club, a étudié et rassemblé plus de cent documents originaux consacrés au ca tru. Il a également reconstitué quelque deux cents formes anciennes de son répertoire et les a numérisées.
« J’ai créé un site Internet pour mettre en ligne les ressources issues de mes recherches. Je souhaite que davantage de personnes découvrent le ca tru et nous rejoignent pour préserver ce patrimoine culturel », explique-t-il.
Par leur patience et leur pédagogie accessible, les artistes du club Bich Cau rapprochent progressivement cet art traditionnel du public, notamment des jeunes générations. Les chants et les rythmes transmis chaque semaine ne préservent pas seulement une mémoire : ils donnent aussi au ca tru une nouvelle place dans la vie contemporaine.