Dans cette vaste plaine rizicole du Nord-Ouest vietnamien, aujourd'hui intégrée à la province de Lào Cai, cet art, inscrit depuis 2021 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO, reste profondément ancré dans la vie quotidienne.
À Muong Lo, le Xoè est bien davantage qu'une expression artistique. Il traduit une manière de vivre ensemble.
Chaque ronde ouverte aux habitants comme aux visiteurs célèbre l'hospitalité, la solidarité et l'attachement à la communauté. Chaque geste, chaque foulard déployé, chaque main tendue rappelle le lien indissociable qui unit les hommes, leur terre et leurs traditions.
La reconnaissance de cet héritage par l'UNESCO a renforcé la fierté des habitants, mais aussi leur volonté d'en assurer la transmission. Ici, le patrimoine ne se limite pas aux festivals. Il se vit toute l'année.
Des milliers de passeurs de tradition, dont certains ont plus de 80 ans, continuent d'enseigner les danses Xoè traditionnelles afin d'en préserver les gestes et la signification.
C’est le cas de Diêu Thi Siêng, qui habite à Nghia Lô. «J'ai appris ces danses de mes parents et de mes grands-parents. J'avais peur qu'elles disparaissent, alors j'ai voulu les transmettre aux enfants. À l’école, les enseignants nous soutiennent aussi en organisant des cours en dehors des heures de classe, et les jeunes y participent avec beaucoup d'enthousiasme», confie-t-elle.
À Nghia Lô, plusieurs établissements scolaires ont en effet intégré le Xoè Thaï à leurs activités périscolaires et invitent régulièrement des gardiens de tradition à initier les élèves.
Pham Thi Thanh Hiên, enseignante à l'école secondaire de Nghia Lô, nous en dit plus: «Les enfants aiment les danses Xoè dès leur plus jeune âge et les apprennent très vite. Nous bénéficions également du précieux soutien des passeurs de tradition, qui consacrent beaucoup de temps et d'énergie à transmettre leur savoir aux élèves.»
Les autorités locales accompagnent cette dynamique en multipliant les festivals, les spectacles et les échanges culturels destinés à promouvoir le Xoè Thaï auprès des visiteurs comme des nouvelles générations.
Aujourd'hui, des centaines de troupes artistiques animent les villages de Muong Lo.
Lo Thi Xuân fait partie d’une de ces troupes. «La beauté du Xoè ne réside pas seulement dans les gestes, mais aussi dans l'âme de celles et ceux qui le dansent. C'est pourquoi, en plus de nous entraîner régulièrement, nous écoutons les anciens pour mieux comprendre le sens de chaque danse», partage-t-elle.
À Muong Lo, le Xoè ne survit pas parce qu'il est inscrit au patrimoine mondial, il perdure parce qu'il continue d'être dansé, enseigné et partagé. C'est sans doute là le plus sûr moyen de préserver un patrimoine vivant: le faire entrer, chaque jour, dans la vie de toute une communauté.