Cette cohésion, forgée au fil du temps, constitue aujourd’hui le principal moteur des profondes mutations que connaissent les villages des hautes terres.
À l’extrémité nord-est du Vietnam, dans les régions des hautes terres de Quang Ninh, où les chaînes montagneuses se succèdent et où les villages s’accrochent aux flancs des collines, les Dao constituent une composante indissociable du développement de cette région frontalière.
Sans éclat ni ostentation, leur histoire s’écrit à travers des gestes de la vie quotidienne : un métier à broder sous l’auvent d’une maison, une réunion de village consacrée à l’aménagement d’une route, une patrouille le long de la frontière aux côtés des gardes-frontières, ou encore une modeste activité génératrice de revenus née de leur propre terroir.
À travers ces initiatives, qui pourraient paraître dispersées, se dessine pourtant une même dynamique collective : la grande union nationale n’est pas seulement une orientation politique, mais une réalité vécue au quotidien ; elle n’est pas un simple slogan, mais un engagement partagé par les différentes communautés ethniques en faveur du développement et de la préservation de la paix.
Préserver l’identité culturelle au cœur des montagnes
Dans la commune de Quang La, les femmes Dao Thanh Y poursuivent patiemment leur travail de broderie.
Sur une étoffe d’un indigo profond, les fils rouges, jaunes et blancs dessinent, avec une minutie remarquable, des motifs qui racontent l’histoire des origines de leur ethnie, transmise de génération en génération.
Pour elles, le costume traditionnel ne se résume pas à une tenue portée lors des fêtes : il incarne une mémoire culturelle que les mères transmettent à leurs filles.
Dans le village de Tan Dan 1, l’image de Mme Trieu Thi Tuyet, penchée sur son métier à broder, est devenue familière au sein de la communauté Dao Thanh Phan.
Depuis près de quarante ans, elle se consacre à l’art de la broderie traditionnelle. Gardienne d’un savoir-faire ancestral, elle est également reconnue comme l’une des principales « dépositaires du patrimoine culturel immatériel » de sa communauté.
Née dans une famille où la broderie se transmet de génération en génération, elle a appris ses premiers points dès l’âge de douze ans sous la conduite de sa mère et de sa grand-mère.
Les étoffes richement brodées qu’elle réalise ne sont pas de simples objets artisanaux : elles constituent l’expression tangible d’une mémoire culturelle précieusement préservée au fil des générations.
Le costume traditionnel féminin se compose généralement d’un pantalon, d’une chemise et d’un foulard en coton noir ou bleu, souple et gracieux.
Brodée selon une palette de cinq couleurs fondamentales, rouge, bleu, blanc, jaune et noir, où le rouge occupe une place dominante, symbole de bonheur et de prospérité, la chemise est généralement confectionnée en tissu noir épais, longue jusqu'aux hanches. Elle comporte un large col et des fentes de chaque côté.
Le col de la chemise, la ceinture et les ourlets du pantalon sont ornés de fils multicolores formant des motifs sophistiqués, dominés par la couleur rouge, symbole de l’harmonie avec la nature et le ciel.
La confection d’un seul costume peut demander plusieurs mois, voire une année de travail.
Au-delà de la préservation de ce savoir-faire, Mme Tuyet consacre une grande partie de son temps à sa transmission auprès des jeunes générations dans le club de préservation de la culture Dao Thanh Phan de la commune de Quang La.
Ces ateliers attirent de nombreuses femmes ainsi que des jeunes filles. À travers chaque point de broderie, ce ne sont pas seulement les motifs traditionnels des Dao qui se perpétuent, mais aussi un héritage culturel transmis avec constance depuis des générations.
La grande union se tisse au quotidien
Si la culture relie le passé au présent, l’esprit de solidarité constitue, quant à lui, le socle sur lequel s’appuie la transformation progressive des villages des hautes terres.
Dans plusieurs communes telles que Ba Che, Ky Thuong ou Hoanh Mo, il est désormais courant de voir les habitants unir leurs efforts pour ouvrir de nouvelles routes, céder volontairement des parcelles de terrain ou participer à l’édification de la « nouvelle ruralité ».
Les réunions de village ne sont pas seulement consacrées au développement économique ; elles permettent également de définir collectivement les projets d’intérêt commun.
Tang Dau Tinh, personnalité de référence du village de Phai Lau (commune de Hoanh Mo), souligne que les différentes communautés ethniques de la région vivent depuis longtemps dans un esprit de solidarité.
Nombre de Dao sont aujourd’hui devenus des acteurs essentiels au niveau local, jouant un rôle d'intermédiaires entre les autorités et la population afin de diffuser les orientations du Parti ainsi que les politiques publiques de l'État.
Dans la commune de Ky Thuong, où près de 98 % de la population appartient à l'ethnie Dao, cette solidarité est considérée comme l'un des piliers essentiels du développement socio-économique local.
Selon Khieu Anh Tu, président du Comité populaire communal de Ky Thuong, de nombreux ouvrages d'intérêt public ont pu être réalisés grâce au large soutien des habitants.
Plusieurs routes villageoises ont notamment été élargies après que les villageois se sont concertés, ont cédé volontairement des terrains et ont participé eux-mêmes aux travaux.
D'après le portail électronique officiel de la province de Quang Ninh, celle-ci compte actuellement quarante-deux groupes de minorités ethniques.
Les Dao constituent la plus importante de ces quarante-deux minorités, représentant 45,3 % de la population issue des minorités ethniques de la province. Ils se répartissent principalement entre deux sous-groupes : les Dao Thanh Y et les Dao Thanh Phan.
Au rythme du développement de la province, la communauté Dao affirme ainsi son rôle, non seulement dans la sauvegarde de son patrimoine culturel, mais aussi dans la consolidation de la cohésion sociale et la promotion d'un développement durable.