L'artisane qui a consacré toute sa vie à préserver le tissage de la soie de Van Phuc à Hanoï

Au cœur du village de la soie de Van Phuc, à Hanoï, les étoffes de soie Vân, réputées pour leurs motifs en relief et en filigrane d'une grande finesse, incarnent près de soixante années de dévouement de l'artisane Nguyen Thi Nhung. .

L'artisane Nguyen Thi Nhung devant son métier à tisser. Photo: VOV
L'artisane Nguyen Thi Nhung devant son métier à tisser. Photo: VOV

Grâce à sa passion et à sa persévérance, elle a largement contribué à faire renaître cette soie d'exception, autrefois menacée de disparition.

Une vie entière consacrée au métier du tissage

Issue d'une famille de tisserands depuis plusieurs générations, Nguyen Thi Nhung a grandi au rythme des métiers à tisser et des dévidoirs de soie. Dès son plus jeune âge, sa mère lui apprend à dévider les cocons, filer les fibres et maîtriser chacune des étapes de cet artisanat ancestral. Après près de six décennies passées devant son métier à tisser, elle considère toujours cette profession comme une vocation et un héritage familial qu'il lui appartient de transmettre.

En 1982, elle épouse Nguyen Van Chinh, lui aussi issu d'une lignée d'artisans de la soie. Partageant la même passion, le couple nourrit un rêve commun : faire revivre la soie Vân, autrefois emblématique du village de Van Phuc, mais qui est progressivement tombée dans l'oubli.

Le véritable tournant intervient en 1986, lorsque le Vietnam passe d'une économie planifiée à une économie de marché. L'effondrement du marché d'exportation vers l'Europe de l'Est plonge de nombreux métiers d'art dans la difficulté, y compris la soierie. Les métiers à tisser appartenant aux coopératives sont alors répartis entre les familles, certaines les achetant, d'autres les louant pour poursuivre leur activité.

Dans ce contexte, alors que beaucoup choisissent d'acquérir des machines existantes, son mari décide de reconstruire lui-même un métier destiné au tissage de la soie Vân. Ancien réparateur de métiers à tisser, il consacre plusieurs années à ses recherches et à ses expérimentations. Après de nombreux essais, il parvient à fabriquer deux métiers fonctionnels, les seuls capables, à cette époque, de produire cette soie traditionnelle dans tout le village de Van Phuc.

En évoquant cette période, Nguyen Thi Nhung sourit :

« Lorsqu'il s'est lancé dans ce projet, je lui ai conseillé d'y renoncer, car je ne savais pas si nous réussirions à vendre ces tissus. Chaque métier coûtait environ 40 millions de dôngs, une somme considérable à l'époque. J'avais peur que nous ne puissions jamais rembourser nos dettes. Mais il est resté déterminé, avec un seul objectif : faire renaître la soie Vân. Heureusement qu'il n'a pas abandonné, sinon il n'existerait plus aujourd'hui de métier permettant de la fabriquer. »

Le couple ne se contente pas de reconstruire les métiers : il entreprend également de retrouver les anciennes techniques de tissage. Nguyen Thi Nhung rend visite aux artisans les plus âgés du village afin d'étudier les motifs et les procédés traditionnels. Après de nombreux essais et ajustements, elle parvient finalement à reproduire des étoffes de soie Vân que les maîtres artisans reconnaissent comme fidèles à l'esprit de la tradition.

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La réalisation d'une étoffe de soie Vân nécessite huit étapes : le dégommage de la soie, le dévidage, le montage du métier, le raccordement des fils de chaîne, le bobinage, le tissage, la teinture et le séchage. Photo: VOV

Contrairement aux autres soies, la soie Vân se distingue par une élégance discrète et raffinée. Sa surface présente simultanément des motifs en relief et des motifs invisibles qui n'apparaissent qu'à la lumière. Cette subtilité lui confère une identité unique qu'aucune autre étoffe ne parvient à reproduire.

La fabrication d'une pièce de soie Vân exige huit opérations successives : le dégommage, le dévidage des fils, le montage du métier, le raccordement de la chaîne, le bobinage, le tissage, la teinture et le séchage.

Le tissage constitue l'étape la plus délicate. Tous les deux centimètres environ, l'artisan utilise un tendeur en bambou afin de maintenir les bords du tissu parfaitement réguliers. La confection d'une seule pièce nécessite près de cinquante heures de travail continu.

Malgré sa finesse et sa légèreté, la soie Vân est particulièrement résistante. Entièrement tissée à partir de soie naturelle, elle absorbe efficacement l'humidité, procure une agréable fraîcheur en été, conserve la chaleur en hiver et peut être portée tout au long de l'année.

Faire vivre la tradition jour après jour

Chaque matin, Nguyen Thi Nhung commence sa journée dès cinq heures. Les métiers à tisser ne s'arrêtent qu'à la tombée de la nuit. Dans sa maison de quatre étages, la majeure partie de l'espace est consacrée aux métiers, aux dévidoirs et aux ateliers de production, tandis que les pièces d'habitation n'occupent qu'une faible superficie.

Aujourd'hui, elle maîtrise presque tous les motifs traditionnels de la soie Vân, notamment Vân triện thọ, Vân lưỡng long song hạc, Vân sen ou encore Vân thọ đỉnh, chacun exigeant une technique spécifique et de longues années d'expérience.

Il y a six ans, après le décès de son mari, elle a un temps cru ne plus pouvoir poursuivre seule cette activité. Son fils, Nguyen Tuan Anh, décide alors de reprendre le flambeau.

« Il m'a dit qu'il voulait poursuivre le métier de son père afin que cette tradition se transmette du grand-père au père, puis au fils. Beaucoup s'étonnent qu'il ait choisi un métier aussi exigeant, passé toute l'année devant un métier à tisser. Moi, au contraire, j'en suis très heureuse. Je sais combien mon mari a consacré sa vie à cette passion et je mesure la valeur de la décision de notre fils », confie-t-elle avec émotion.

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Dans un contexte où le marché est de plus en plus envahi par des produits en soie industrielle à bas prix, la soie traditionnelle Vân conserve sa place grâce à sa qualité et à sa valeur culturelle. Photo: VOV

Elle raconte que, même durant les derniers jours de sa vie, son mari continuait de penser à la soie Vân. Malgré la maladie, il répétait qu'une fois rétabli, il reprendrait ses recherches sur les anciens motifs afin de créer de nouveaux modèles. Ce souhait restera malheureusement inachevé.

À l'heure où les tissus industriels à bas prix envahissent le marché, la soie Vân conserve une place particulière grâce à sa qualité et à sa valeur patrimoniale. Les artisans ont également enrichi leurs collections en proposant une plus grande diversité de couleurs, de motifs et de créations afin de répondre aux attentes d'une clientèle variée.

Selon Nguyen Tuan Anh, la fidélité des clients ne repose pas uniquement sur la qualité de la soie :

« Beaucoup de visiteurs ne viennent pas seulement acheter un tissu ; ils souhaitent découvrir l'histoire du métier. Chaque fil, chaque motif raconte plusieurs siècles d'histoire du village et les efforts constants de nombreuses générations pour préserver cet héritage. C'est précisément cette dimension culturelle qui donne aujourd'hui toute sa valeur à la soie artisanale. »

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Contrairement à de nombreuses autres soies, la soie Vân séduit par une élégance discrète et raffinée. Photo: VOV

Les ateliers de Van Phuc ne s'appuient pas uniquement sur leurs propres efforts. Selon Nguyen Thi Nhung, les programmes de prêts préférentiels mis en place par l'Union des femmes et les autorités locales ont permis à de nombreux artisans d'investir dans leurs équipements, de développer leur production, de préserver le métier traditionnel et d'améliorer progressivement la qualité de leurs créations.

Animée par son amour du métier et sa persévérance, Nguyen Thi Nhung s'est associée à six autres ateliers pour créer une entreprise fournissant des étoffes de soie à plusieurs marques de mode vietnamiennes et internationales. Son atelier est devenu une étape incontournable pour les visiteurs vietnamiens comme étrangers et dispose également d'une boutique au cœur du village artisanal, mise à disposition par l'Association du village de la soie de Van Phuc.

En 2013, Nguyen Thi Nhung et son mari ont reçu le titre d'artisans de Hanoï, décerné par le Comité populaire municipal. Après près de soixante années passées devant son métier à tisser, Nguyen Thi Nhung n'a pas seulement sauvegardé un savoir-faire ancestral : elle transmet aujourd'hui cette passion aux générations suivantes, afin que les étoffes de soie Vân continuent de témoigner, avec délicatesse, de la richesse du patrimoine artisanal vietnamien.

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