Innover pour s'adapter et affirmer une identité culturelle
Hanoï est fière de posséder des centaines de formes d'arts du spectacle traditionnel transmises à travers les siècles. Des rythmes envoûtants du ca trù (chant des courtisanes) au chant xẩm (un art musical pratiqué autrefois par des aveugles) du marché de Dong Xuan, en passant par le théâtre de marionnettes sur l'eau, les danses trống bồng, les chants et danses Ải Lao ou encore le chèo Tàu, tous ces arts composent un vaste patrimoine culturel immatériel.
Dans un contexte marqué par l'explosion de l'information et l'influence croissante des cultures du monde, comment éviter que ce patrimoine ne sombre dans l'oubli ou ne se limite aux seules fêtes traditionnelles ? La réponse réside dans une démarche d'innovation fondée sur le respect de l'identité culturelle.
L'expérience de ces dernières années montre que, lorsqu'ils sont revisités et accordent une place plus importante à l'expérience visuelle et émotionnelle du public contemporain, les arts traditionnels génèrent immédiatement une véritable valeur économique.
Les théâtres de Hanoï sont à l'avant-garde de cette dynamique. Le Théâtre de marionnettes sur l'eau Thăng Long, par exemple, a collaboré avec le Théâtre de chèo de Hanoï pour créer un spectacle associant le chant chèo (théâtre populaire) et les marionnettes sur l'eau.
Le spectacle en plein air Tinh hoa Bắc Bộ (La quintessence du Tonkin) illustre également cet attrait en réunissant, dans un même espace artistique, l'essence de la poésie, de la musique, de la peinture, du théâtre de marionnettes sur l'eau, des chants quan họ (chant alterné) et d'autres expressions culturelles, attirant ainsi un grand nombre de visiteurs vietnamiens et étrangers.
Selon l'artiste Dinh Manh Cuong, membre de l'Association des artistes chorégraphiques de Hanoï, cette organisation mène depuis de nombreuses années des missions de terrain dans les quartiers urbains et périurbains afin de recenser, collecter et numériser avec succès de nombreuses danses traditionnelles.
« Lorsque les valeurs traditionnelles sont reconnues et mises à l'honneur, Hanoï ne préserve pas seulement son patrimoine ancien, mais aussi l'âme de ses quartiers et de ses villages hérités de Thang Long-Hanoï », souligne Dinh Manh Cuong.
Libérer les ressources pour accélérer le développement
Malgré un potentiel considérable, le chemin qui doit conduire les arts du spectacle traditionnels à devenir l'un des piliers des industries culturelles de la capitale demeure semé de défis. Leur développement reste parfois fragmenté, insuffisamment coordonné et encore trop peu connecté à d'autres secteurs économiques stratégiques, notamment le tourisme.
Le spectacle « Quintessence du Tonkin » est une destination culturelle unique dans la capitale.
La coopération entre les institutions artistiques et les entreprises de voyage à Hanoï doit être renforcée selon une approche plus professionnelle et plus concrète. Parallèlement, le développement de partenariats avec les établissements scolaires, afin de former le public de demain, constitue également une priorité qui mérite des investissements structurés.
Le développement culturel passe aussi par le transfert des espaces traditionnels vers des environnements intégrant les technologies numériques, tant dans la production, la diffusion, l'appréciation que la gestion des œuvres artistiques. Cette orientation apparaît aujourd'hui indispensable à l'ère du numérique.
Selon Nguyen Thi Le Quyen, directrice du Centre pour la promotion et la valorisation du patrimoine culturel immatériel (VICH), la demande des visiteurs, en particulier des touristes étrangers, pour découvrir les arts du spectacle traditionnels est en constante augmentation. Pour y répondre, Hanoï doit encourager le développement de modèles associant à la fois formation et promotion. Ceux-ci constitueront un moteur essentiel du développement des industries culturelles de la capitale.
La Résolution n° 09-NQ/TU du Comité municipal du Parti de Hanoï sur le développement des industries culturelles ainsi que la Résolution n° 80-NQ/TV du Bureau politique offrent une base solide pour faire de la culture un véritable moteur de développement endogène de la capitale. Pour Tran Quoc Chiem, président de l'Union des associations des arts et des lettres de Hanoï et Artiste du peuple, un soutien institutionnel approprié, associé à la créativité et à la capacité de renouvellement des générations d'artistes, permettra aux arts du spectacle traditionnels d'élargir leur espace de développement.
Il ne s'agit pas seulement de préserver un passé glorieux, mais de faire de cet héritage un acteur du processus de construction de la ville de Hanoï à la hauteur de son statut de « Ville créative » sur la carte culturelle mondiale.