La danse du lion : des cours communales aux scènes internationales

Des cours communales traditionnelles aux scènes internationales, la danse du lion affirme progressivement sa place grâce à sa vitalité, à son renouvellement constant et aux efforts de transmission de plusieurs générations d’artistes vietnamiens.

Autrefois cantonnées aux fêtes populaires locales, les danses du lion connaissent aujourd’hui un véritable rayonnement international.

Lors du 11e festival international des danses du lion et du dragon à Singapour, la troupe vietnamienne Tinh Anh Duong, pour sa première participation, a surpassé de solides équipes venues de Singapour, de Malaisie et de Hong Kong (Chine) pour décrocher la première place.

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L’équipe vietnamienne de danse du lion et du dragon remporte deux médailles d’or au Championnat d’Asie 2025. Photo : Comité d’organisation.

En 2025, au 7e Championnat asiatique de danse du lion et du dragon organisé en Indonésie avec plus de 300 athlètes, l’équipe vietnamienne a remporté deux médailles d’or et une médaille d’argent dans les épreuves officielles.

La même année, l’art de la danse du lion et du dragon à Hô Chi Minh-Ville a été inscrit au patrimoine culturel immatériel national. Cette reconnaissance confirme que cette pratique dépasse désormais le simple divertissement populaire pour devenir un art porteur de fortes valeurs culturelles et d’une réelle capacité d’intégration internationale.

Selon Vu Van Dat, enseignant à l’Université de la culture de Hanoï, la danse du lion trouve son origine en Chine il y a plus de 2 000 ans. Introduite au Vietnam sous les dynasties Ly et Tran, elle a ensuite été adaptée à la culture locale pour se rapprocher de la vie communautaire. Le lion est ainsi devenu une figure familière des cérémonies d’ouverture, des mariages et de la Fête de la mi-automne.

La passion née du son des tambours

Derrière les médailles et les projecteurs se cache le parcours persévérant des artistes. Pour beaucoup, la passion est née des souvenirs d’enfance rythmés par les tambours des troupes de lion.

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Danse du lion sur poteaux (Mai Hoa Thung). Photo : Troupe de danse du lion et du dragon Hung Anh Duong.

Pham Van Hung, responsable de la troupe Hung Anh Duong, se souvient des fêtes de la mi-automne de son enfance, animées par les tambours et les pétards. Ces souvenirs l’ont poussé à consacrer sa vie à cet art et à créer sa propre troupe.

De son côté, Hoang To, chef de l’équipe Gia Minh Duong, est venu à la danse du lion par les arts martiaux. Malgré les blessures à l’entraînement, l’esprit d’équipe et la joie de surmonter les difficultés l’ont convaincu de poursuivre cette voie pendant quatorze ans.

Du simple enfant courant derrière les tambours à l’artiste portant réellement la tête du lion, le chemin exige un entraînement rigoureux. Les danseurs doivent non seulement maîtriser la technique, mais aussi transmettre des émotions à travers chaque mouvement et chaque expression.

Selon Hoang To, la technique est essentielle pour donner « une âme » au lion. Cette âme réside autant dans la précision des gestes que dans l’énergie et la souplesse exprimées sur scène.

Préserver l’âme du lion à l’ère moderne

Face à l’évolution des goûts du public, la danse du lion se transforme également. Les têtes de lion équipées de LED, les musiques modernes ou encore les mouvements inspirés du hip-hop offrent une nouvelle image qui séduit particulièrement les jeunes sur les plateformes numériques.

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Les têtes de lion illuminées de LED, mêlées à des musiques EDM dynamiques et à des mouvements de hip-hop, ont donné naissance à une nouvelle esthétique, attirant des millions de vues sur les réseaux sociaux. Photo : Tienphong.

Cependant, plusieurs spécialistes estiment que cette modernisation doit garder certaines limites afin de préserver l’essence de cet art. Trinh Van Khoa, directeur de l’Institut vietnamien de recherche sur le patrimoine culturel immatériel, considère que les effets lumineux et la musique contemporaine ne doivent rester qu’un soutien sans effacer l’esprit martial traditionnel.

Pour les professionnels du secteur, l’intégration des LED est devenue une tendance inévitable afin de répondre aux exigences des spectacles modernes, tandis que les formes traditionnelles continuent d’occuper une place importante dans les cérémonies spirituelles et les événements d’inauguration. L’essentiel demeure, selon eux, de préserver l’expression et les techniques fondamentales de la danse du lion.

En réalité, ces éléments modernes ont permis à cet art de mieux toucher la jeune génération. Aujourd’hui, le lion ne vit plus seulement dans les souvenirs des anciens, mais aussi sur les réseaux et plateformes numériques.

La relève des jeunes générations

La danse du lion fait aujourd’hui face à un manque de main-d’œuvre, car les apprentis doivent suivre entre trois et six mois d’entraînement intensif avant de pouvoir se produire, alors que les revenus restent instables.

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Danse du lion sur boule d’équilibre. Photo : Tienphong.

Malgré cela, l’attrait pour cette discipline demeure fort. Le championnat des clubs de danse du lion et du dragon 2024 a réuni près de 300 jeunes athlètes. En avril 2026, le deuxième championnat national organisé dans la province de Lam Dong a rassemblé près de 500 participants, dont environ 300 compétiteurs répartis dans huit épreuves.

Nguyen Tien Bac, jeune artiste de la troupe Hung Anh Duong, explique que la danse du lion lui a appris la discipline et l’esprit d’équipe. Les jeunes générations ne perpétuent pas seulement cet art par la technique, mais aussi grâce à leur créativité et à leur capacité à diffuser son image sur les plateformes numériques.

Selon les experts, le développement durable de la danse du lion dépend non seulement de la passion individuelle, mais aussi d’un environnement favorable permettant de préserver et de valoriser durablement ce patrimoine culturel.

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