Courses de bateaux sur la rivière Kien Giang : un héritage de 500 ans au cœur de la « Fête de l’Indépendance »

Les courses de bateaux sur la rivière Kien Giang, au Sud du Vietnam, une tradition vieille de quelque 500 ans, sont devenues au fil du temps un symbole de la « Fête de l’Indépendance » de la commune de Le Thuy, notamment depuis la course organisée en 1946 pour célébrer la Fête nationale vietnamienne.

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Les équipes participant à la course de bateaux traditionnelle se rassemblent dans les tribunes pour la cérémonie d’ouverture. Photo : Vanhoa

De la tradition des courses de bateaux à la célébration de l’Indépendance

À voir la course, le festival de Kien Giang présente tous les attributs d’une compétition sportive : distance, règles, composition des équipes et classement.

Mais ces chiffres ne suffisent pas à expliquer pourquoi, à chaque Fête nationale, les deux rives de la rivière sont noires de monde, pourquoi ceux qui vivent loin du pays natal s’enquièrent toujours du bateau de leur village, et pourquoi les équipes consacrent des semaines à préparer une course qui ne dure que quelques heures.

Le Thuy est une commune où la vie des habitants est depuis longtemps étroitement liée aux cours d’eau, aux terres agricoles basses et inondables ainsi qu’à un réseau dense de rivières et de petits canaux.

Les déplacements, le travail, la pêche et les activités agricoles ont habitué les habitants à manier la rame et à naviguer, faisant progressivement naître des savoir-faire transmis de génération en génération.

Selon des travaux de recherche, la tradition des courses de bateaux à Le Thuy remonterait à environ 500 ans. Elle était à l’origine liée aux fêtes printanières et aux vœux de conditions météorologiques favorables et de récoltes abondantes.

D’abord moyen de transport familier, le bateau a progressivement intégré les festivités, devenant l’espace où les jeunes hommes du village pouvaient démontrer leur force, leur habileté et leur esprit de solidarité.

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Les rameurs rivalisent à chaque coup de rame pour atteindre la ligne d’arrivée. Photo : Vanhoa

Selon M. Dang Hao, âgé de plus de 80 ans, les habitants vivant le long de la rivière Kien Giang n’ont jamais considéré les courses de bateaux comme une simple affaire de victoire ou de défaite.

« Nos ancêtres vivaient de la terre et de la rivière. La fête était avant tout l’occasion de souhaiter de bonnes conditions et de bonnes récoltes. Après l’indépendance, la course est devenue un moment de joie collective pour célébrer la Fête nationale », raconte-t-il.

L’année 1946 marque un tournant, avec l’organisation d’une course de bateaux sur la rivière Kien Giang le 2 septembre. Depuis, cette tradition liée à la vie agricole et fluviale s’est associée à la célébration de l’Indépendance, prenant une nouvelle dimension dans la vie de la communauté.

Les habitants de la commune de Le Thuy ont donné à cette journée un nom simple : la « Fête de l’Indépendance ». La Fête nationale n’est donc pas seulement commémorée par des cérémonies officielles, mais aussi par les retrouvailles, les acclamations sur les rives de la rivière et les bateaux portant le nom des villages.

Un patrimoine vivant au cœur des villages

Si le festival de Kien Giang perdure, c’est avant tout grâce à l’implication constante des habitants. Ils préparent les bateaux, sélectionnent les rameurs, organisent les entraînements, encouragent les équipes et transmettent leur savoir-faire aux jeunes générations, chacun contribuant à la réussite du bateau de son village.

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Des femmes participent à la course de bateaux. Photo : Vanhoa

Les rameurs ne sont que la partie la plus visible de cette mobilisation. Derrière eux se tiennent les familles, les anciens participants et les habitants partis loin du pays, qui continuent de suivre les entraînements et les courses.

Pour les participants, ce sentiment est particulièrement fort lorsqu’ils montent à bord : leurs proches, leurs voisins et tout le village les soutiennent depuis la rive. La victoire est une joie partagée et, même en cas de défaite, chacun se prépare déjà pour la saison suivante, car la course est l’affaire de toute la communauté.

La plus grande valeur du festival réside dans le fait que les habitants continuent de le considérer comme leur propre fête, qu’ils contribuent à préserver et à transmettre, tout en faisant revenir leurs enfants au pays natal à chaque 2 septembre.

Le vice-président du Comité populaire de la commune de Le Thuy, Pham Xuan Cuong

L’expérience se transmet également de manière très naturelle. Les jeunes apprennent à manier la rame, à maintenir le rythme, à négocier les virages, à lire les courants et à répartir leurs efforts sur les longues distances auprès de ceux qui occupaient ces mêmes places avant eux.

M. Le Hung, un habitant âgé ayant longtemps suivi l’équipe de son village, estime que les équipes évoluent au fil des années, les anciens laissant progressivement leur place aux jeunes. Tant que leur expérience est transmise, le bateau du village trouvera toujours de nouveaux rameurs. Préserver le festival, c’est donc avant tout assurer la transmission entre les générations.

Une particularité de Kien Giang réside dans la coexistence des bateaux de course masculins et des embarcations de course féminines. Les hommes rament assis avec des avirons courts, tandis que les femmes rament debout avec de longues rames. Deux techniques différentes qui exigent toutes deux endurance, maîtrise et parfaite coordination.

Mme Nguyen Thi Huong, ancienne membre de l’équipe féminine de la commune, souligne que la participation à la course s’inscrit dans une tradition familiale et communautaire. Certaines femmes ont grandi avec le souvenir de leur mère, de leur tante ou d’autres femmes du village qui ramaient autrefois debout. À leur tour, elles comprennent l’importance de maintenir le rythme, de gérer leurs forces et de penser à toute l’équipe.

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La ferveur des supporters est l’un des éléments qui font la singularité du festival traditionnel de courses de bateaux sur la rivière Kien Giang. Photo : Vanhoa

La présence des femmes sur la ligne de course n’est donc pas un élément secondaire du festival. Elle reflète pleinement la vie communautaire des habitants de la commune de Le Thuy, où hommes et femmes contribuent tous à faire vivre une tradition culturelle transmise au fil des générations.

Les retours au pays au bord de la rivière Kien Giang

Une autre dimension du festival se manifeste sur les routes qui ramènent au pays natal. Nombreux sont les habitants de la commune de Le Thuy partis étudier, travailler ou vivre ailleurs qui conservent l’habitude de rentrer au pays à l’occasion de la Fête nationale, de retrouver leurs proches puis de se rendre ensemble sur les rives de Kien Giang pour assister aux courses.

M. Le Van Hung, originaire de Le Thuy et travaillant actuellement à Dong Nai, explique qu’il essaie toujours de s’organiser pour rentrer avec ses enfants à cette période.

« J’ai regardé les courses de bateaux depuis mon enfance. Aujourd’hui, je veux que mes enfants connaissent eux aussi le bateau de leur village et comprennent pourquoi, le 2 septembre, la commune de Le Thuy est si animé et joyeux. Il y a des choses que les enfants ne peuvent ressentir qu’en venant se tenir au bord de la rivière », témoigne-t-il.

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La ferveur des supporters atteint son paroxysme lorsque les embarcations de leur équipe passent devant eux. Photo : Vanhoa

Ces retours au pays donnent à la « Fête de l’Indépendance » une dimension supplémentaire de retrouvailles. On revient voir ses parents, retrouver sa famille et ses anciens amis, puis se rassembler au bord de la rivière qui a marqué l’enfance et les souvenirs de tant de générations.

En 2019, le festival des courses de bateaux sur la rivière Kien Giang a été inscrit au patrimoine culturel immatériel national. Cette reconnaissance valorise non seulement la compétition, mais aussi les savoir-faire, les pratiques et les liens communautaires qui se sont développés autour des bateaux et de la rivière.

Aujourd’hui, le festival a pris de l’ampleur et son organisation s’est professionnalisée, tandis que les courses sont largement relayées à la télévision et sur les réseaux sociaux. Une occasion de promouvoir la culture et le tourisme de Le Thuy, mais aussi un défi : préserver le rôle central des habitants, qui fait vivre cette tradition.

Au-delà des performances et du spectacle, le festival conservera sa véritable valeur tant que les anciens transmettront leur savoir aux jeunes, que ceux qui vivent loin continueront de rentrer au pays et que les enfants sauront encore reconnaître le bateau de leur village.

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La joie de la victoire. Photo : Vanhoa

La tradition des courses de bateaux pourrait remonter à environ 500 ans. Mais après l’automne de l’Indépendance de 1945 et la course organisée pour célébrer la Fête nationale en 1946, les habitants de Le Thuy lui ont transmis une nouvelle dimension mémorielle. Quatre-vingts ans plus tard, ce souvenir reste vivant chaque mois de septembre, lorsque les rames replongent dans l’eau et que les deux rives de Kien Giang se remplissent de spectateurs.

Depuis 1946, les courses et régates de bateaux sur la rivière Kien Giang sont organisées à l’occasion de la Fête nationale, le 2 septembre. D’une pratique populaire liée à la vie fluviale et aux rites propitiatoires pour de bonnes récoltes, le festival a progressivement acquis une dimension liée à l’Indépendance nationale, donnant naissance à une tradition culturelle propre aux habitants de Le Thuy : la « Fête de l’Indépendance ».

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