À Dak Lak, dans les Hauts Plateaux du Centre du Vietnam, cet esprit se perpétue aujourd’hui à travers le sens des responsabilités et l’aspiration à s’engager qui animent la jeune génération.
Chaque mois d’août, le souvenir de l’Automne historique de 1945 ressurgit dans la mémoire de ceux qui ont traversé les années de guerre.
Pour Dinh Kim Anh, ancien prisonnier politique vivant dans le quartier d’Ea Kao, province de Dak Lak, les valeurs d’indépendance et de liberté ont été conquises au prix de ses années de jeunesse, et plus encore, du sang versé par ses compagnons militaires.
En 1972, après avoir été grièvement blessé par l’explosion d’une mine alors qu’il allait prendre contact avec une base révolutionnaire, il fut capturé par l’ennemi.
Durant plus de deux années, transféré de prison en prison, il endura de violentes séances de torture, mais refusa catégoriquement de révéler la moindre information, car d’autres réseaux révolutionnaires restaient exposés et risquaient d’être découverts.
Ce qui lui permit de traverser ces années d’épreuve et de préserver intacte sa foi dans les valeurs de l’indépendance et de la liberté - celles-là mêmes que le Président Hô Chi Minh avait affirmées dans la Déclaration d’indépendance proclamée le 2 septembre 1945, donnant naissance à la République démocratique du Vietnam.
« Rien n’est plus précieux que l’indépendance et la liberté, avait affirmé l’Oncle Hô. C’est pourquoi, à cette époque, malgré les privations et les conditions de vie extrêmement difficiles - nous manquions de sel, de riz et ne mangions pratiquement que des patates douces et du manioc - nous croyions toujours au succès de la révolution », a confié M. Kim Anh.
Cette conviction n’a pas seulement permis aux combattants de tenir bon derrière les barreaux ; elle a également poussé plusieurs générations de jeunes Vietnamiens à prendre les armes alors que le pays était encore en guerre.
À 17 ans, Bui Ngoc Thao, originaire de Dien Chau, dans la province de Nghe An, et aujourd’hui installé à Buon Ma Thuot, à Dak Lak, s’engagea volontairement dans l’armée. Il devint combattant au sein des commandos nageurs et fut envoyé sur le front du Sud du Vietnam.
Certains de ses camarades ne revinrent jamais. Certaines batailles se soldèrent par de lourdes pertes. Mais dans l’esprit de ce jeune soldat demeurait alors une aspiration intacte : libérer sa terre natale et réunifier le pays.
« À cette époque, le Nord vivait déjà dans la paix et la liberté, tandis qu’ici, dans le Sud, nos enfants étaient encore privés d’école et que les bombes et les obus continuaient de ravager les villages et les campagnes. C’est ainsi que de nombreux jeunes du Nord ont choisi de suspendre leurs études pour partir vers le Sud et œuvrer à sa libération », explique M. Thao.
Quatre-vingt-un ans après la Révolution d’Août, le Vietnam a franchi une nouvelle étape de son développement et s’est engagé sur une trajectoire radicalement différente.
D’un pays pauvre et sous-développé, il est devenu un État entretenant des relations diplomatiques avec près de 200 pays et territoires, participant de manière toujours plus étroite aux mécanismes d’intégration économique et aux chaînes de production mondiales, et affirmant progressivement sa place parmi les économies les plus dynamiques de la région.
Si la génération précédente a dû lutter pour conquérir l’indépendance et le droit de décider du destin de la nation, cette aspiration se prolonge aujourd’hui dans une nouvelle mission : bâtir un Vietnam pacifique, autonome et prospère, doté des capacités nécessaires pour s’intégrer au monde et y être compétitif dans un contexte international en perpétuelle mutation.
Revenant sur ce parcours, Bui Ngoc Thao estime que les valeurs héritées de la Révolution d’Août demeurent le socle sur lequel le pays peut s’appuyer pour entrer dans une nouvelle phase de développement.
« Comme l’a déclaré le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président vietnamien To Lam, nous entrons dans une nouvelle ère d’essor de la nation. Cela signifie que nous puisons dans le socle de notre tradition révolutionnaire une formidable force d’impulsion pour nous élever et aller de l’avant. »
Pour la jeunesse d’aujourd’hui, la leçon de l’Automne 1945 ne se résume donc pas aux pages des manuels d’histoire.
À Dak Lak, l’Union provinciale de la jeunesse communiste Hô Chi Minh considère que la transmission de la mémoire et des traditions doit permettre aux jeunes de comprendre la valeur de la paix, de mesurer la valeur des acquis que leurs aînés ont conquis au prix de leur sacrifice et, surtout, de transformer la fierté en action.
Les méthodes de transmission sont elles aussi renouvelées afin de mieux toucher les jeunes : réseaux sociaux, vidéos courtes, podcasts, mais aussi visites de lieux de mémoire, rencontres avec des témoins de l’histoire et expériences de terrain.
L’objectif n’est pas seulement de faire connaître l’histoire aux jeunes, mais de faire naître, à partir de cette histoire, une conscience de leurs responsabilités envers le présent et l’avenir.
Nguyen Thao Giang, secrétaire adjoint de l’Union provinciale de la jeunesse de Dak Lak, souligne : « Le plus important est de relier l’histoire à la vie actuelle des jeunes. Il faut les aider à comprendre que la valeur de la paix dont nous jouissons aujourd’hui peut nourrir le sens des responsabilités envers la communauté, l’esprit de solidarité ainsi qu’une culture numérique fondée sur des comportements responsables. Le sacrifice des générations précédentes peut, lui aussi, faire naître chez les jeunes l’esprit de volontariat, le désir de se mettre au service des autres, le sens des responsabilités envers la société et le refus de l’indifférence à l’égard de la communauté. »
Chaque génération trouve sa propre manière de perpétuer l’esprit de l’Automne historique de 1945.
Si leurs aînés ont mis leur patriotisme, leur volonté et leur sacrifice au service de la conquête de l’indépendance, la génération actuelle doit transformer ces valeurs en une force pour édifier le pays : par le savoir, afin de prendre en main son avenir ; par l’innovation, afin de créer de nouvelles valeurs ; et par le sens des responsabilités, afin de préserver les acquis pour lesquels les générations précédentes ont tant donné.
C’est précisément ainsi que l’esprit de la Révolution d’Août continue de vivre dans le présent : non seulement dans les pages de l’histoire que l’on commémore chaque mois d’août, mais aussi dans les actes, les aspirations et les contributions concrètes de chaque Vietnamien d’aujourd’hui.