Ils ont souligné le rôle essentiel de la communauté et des jeunes générations dans la sauvegarde de l’identité culturelle nationale.
Des efforts pour préserver les chants populaires des Phu La
À Lao Cai, l’artisane Dang Thi Thanh, issue de l’ethnie Phu La, est l’une des personnes qui consacrent toute leur énergie à la sauvegarde et à la restauration des valeurs culturelles traditionnelles.
Pour elle, la culture n’est pas une notion abstraite, mais une réalité présente dans chaque instant de la vie quotidienne, dans le son des flûtes, les berceuses et les chants populaires liés à la mémoire collective.
Mme Thanh confie avec fierté : « Je conserve encore aujourd’hui des flûtes à six trous, des kèn ma nhí (une petite flûte rituelle en bambou utilisée par l’ethnie Phu La) ainsi que des berceuses de l’ethnie Xa Pho transmises par nos ancêtres. »
Au-delà de simples instruments, pour les Phu La, le son de la flûte ou du kèn constitue un moyen de relier l’homme à la nature, aux esprits, mais aussi d’exprimer des émotions quotidiennes telles que l’amour. Il s’agit d’un langage culturel singulier, difficilement remplaçable dans la vie spirituelle.
Consciente du risque de disparition, elle a pris l’initiative d’ouvrir des classes de transmission dans sa localité, attirant des élèves du collège jusqu’aux jeunes adultes. Elle y enseigne la flûte nasale, le kèn ma nhí ainsi que les chants traditionnels et les berceuses à des jeunes de 15 à 30 ans.
Par ailleurs, elle collabore avec des établissements scolaires pour organiser des activités périscolaires, permettant aux élèves de mieux comprendre et perpétuer l’héritage culturel de leurs ancêtres.
Dans un contexte de moyens limités, le maintien de ces classes repose principalement sur son engagement personnel. Malgré cela, elle reste déterminée : « Les difficultés existent partout, mais il faut être résolu à préserver et protéger les traditions de son peuple. »
Dans ces petites classes au cœur des villages, le son des flûtes résonne à nouveau, non seulement comme un écho du passé, mais comme une affirmation de la vitalité culturelle dans le présent.
Tisser l’identité en valeur économique
Si à Lao Cai la préservation passe par la musique traditionnelle, à Dien Biên, elle s’exprime à travers chaque fil et chaque point de couture. L’artisane Lo Thi Vien, issue de l’ethnie Lao, s’efforce de restaurer et de développer le tissage du brocart, un patrimoine ancien de sa communauté.
Évoquant son métier, elle confie : « Chez nous, le tissage existe depuis si longtemps que personne ne se souvient de son origine. Depuis mon enfance, l’image des grand-mères et des mères penchées sur leur métier à tisser fait partie intégrante de notre vie, comme une source silencieuse nourrissant notre identité culturelle. »
Le tissage n’est pas seulement un moyen de subsistance, mais aussi une « mémoire collective » transmise de génération en génération. Depuis le tri du coton, le filage jusqu’au tissage des motifs, chaque produit porte en lui une histoire culturelle.
Ce qui distingue son approche, c’est qu’elle ne se limite pas à la conservation. Elle s’investit également dans la transmission aux jeunes, en les initiant progressivement au métier.
« Je commence par enseigner les étapes de base comme le tri du coton et le filage. Vers l’âge de 12 ans, je leur apprends à tisser des motifs traditionnels, puis à réaliser des produits concrets comme des sacs, des vêtements ou des nappes. À travers chaque étape, je souhaite qu’ils acquièrent non seulement des compétences, mais aussi une compréhension profonde de notre identité culturelle », explique-t-elle.
Parallèlement, grâce au soutien des autorités, les produits en brocart ont été modernisés et introduits sur le marché, devenant des biens destinés au tourisme et à la consommation. Des tissus traditionnels sont ainsi nés des produits variés tels que sacs, écharpes et vêtements, générant des revenus plus stables pour les habitants.
Transmettre les sonorités du đàn tính tẩu
À Son La, l’artisan méritant Dieu Chinh La, issu de l’ethnie Thaï Blanc, a choisi de se consacrer à la musique traditionnelle à travers le đàn tính tẩu, un instrument étroitement lié au chant Then, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.
Après plus de 40 ans de dévouement, il a fabriqué plus de 2 000 instruments et ouvert de nombreuses classes pour transmettre son savoir aux jeunes générations. Pour lui, le đàn tính est bien plus qu’un instrument : il fait partie intégrante de la vie spirituelle, présent lors des fêtes, des cérémonies et des événements communautaires.
« Transmettre cet art aux jeunes, c’est comme cultiver une jeune pousse. Il faut de la patience et un soin constant pour que les enfants grandissent avec l’amour et la compréhension de cet instrument, et puissent ainsi préserver et perpétuer les valeurs culturelles de leur peuple », partage-t-il.
Cependant, derrière cet engagement se cachent de nombreuses préoccupations. Le maintien des activités de transmission dépend largement des ressources personnelles. Il souhaite bénéficier d’un soutien accru, notamment financier et institutionnel, afin de permettre aux artisans de transmettre sereinement leur savoir et d’encourager les jeunes à s’approprier leur patrimoine culturel.
Ces témoignages montrent que la préservation culturelle ne peut se limiter à la conservation, mais doit s’ancrer dans la vie quotidienne. Les espaces tels que les classes communautaires ou les villages artisanaux doivent devenir des lieux vivants où le patrimoine est pratiqué et diffusé. Si les efforts des artisans sont précieux, la sauvegarde de l’identité culturelle nécessite l’implication de toute la communauté et des politiques à long terme, afin que ces valeurs continuent de s’inscrire durablement dans la modernité.