Développer une aquaculture marine de haute technologie

Avec plus de 192 kilomètres de littoral et un espace maritime de 52 000 km², la province de Lam Dong, au Centre-Sud du Vietnam, bénéficie de conditions favorables au développement de l’aquaculture en mer. 

Plusieurs zones d’élevage marin utilisant des cages en polyéthylène haute densité (PEHD) ont vu le jour dans la commune de Lien Huong.
Plusieurs zones d’élevage marin utilisant des cages en polyéthylène haute densité (PEHD) ont vu le jour dans la commune de Lien Huong.

Avec plus de 192 kilomètres de littoral et un espace maritime de 52 000 km², la province de Lam Dong bénéficie de conditions favorables au développement de l’aquaculture en mer. Cependant, faute de grandes baies abritées et en raison de vents et de vagues complexes, plusieurs localités remplacent progressivement les cages en bois par des structures en polyéthylène haute densité (PEHD), plus résistantes. Cette transition doit réduire les risques et favoriser l’émergence d’une aquaculture marine de haute technologie.

Généraliser les projets pilotes

Au début de septembre, au large de la commune de Lien Huong, les cages en bois oscillaient fortement sous l’effet des vagues, tandis que les installations en PEHD restaient stables.

Vo Thi Hang participe avec le Centre provincial de vulgarisation agricole à un projet comprenant quatre cages en PEHD et 40 000 alevins. Selon elle, ces équipements coûtent davantage à l’achat, mais offrent une meilleure longévité, résistent mieux aux intempéries et nécessitent moins de réparations. Une seule personne suffit pour exploiter une cage en PEHD, contre plusieurs pour une structure en bois.

Ces dernières années, la pression de la pêche a provoqué un recul des ressources aquatiques, imposant une évolution des modes de production.

Après avoir longtemps utilisé des cages en bois, Nguyen Van Sinh, de la commune de Phan Ri Cua, s’est tourné vers le PEHD. Sa famille a déjà réalisé plusieurs récoltes rentables de cobias et de pompanos. Les anciennes cages exigeaient des réparations fréquentes — remplacement des clous, des boulons ou des pièces de bois —, dépenses désormais considérablement réduites.

Lam Dong compte actuellement sept localités pratiquant l’aquaculture marine, avec 3 093 cages essentiellement consacrées au cobia, au pompano et au mérou.

Selon le Service provincial de l’agriculture et de l’environnement, cette activité procure des moyens de subsistance, accroît les revenus et permet à certains pêcheurs de passer de la capture à l’élevage.

Les cages en bois restent toutefois très vulnérables aux intempéries sur ce littoral exposé. La province ne dispose pas encore de projet industriel d’aquaculture en haute mer, mais le potentiel de développement des cages en PEHD y est jugé important.

Entre 2022 et 2026, le Centre provincial de vulgarisation agricole a lancé plusieurs modèles destinés à créer des zones d’élevage adaptées au changement climatique.

En 2022, un projet de production de cobias dans le territoire spécial de Phu Quy a utilisé huit cages en PEHD. Il a atteint un rendement de 8,4 kg par mètre cube et dégagé un bénéfice proche de 200 millions de dôngs. Le modèle a ensuite été étendu à 69 cages.

Vo Van explique avoir investi dans de nouvelles cages en PEHD en 2025, l’île étant régulièrement touchée par les typhons. À la fin de cette même année, une tempête a causé environ 10 milliards de dôngs de dommages à 40 familles utilisant des cages en bois, tandis que celles en PEHD sont restées intactes.

À la lumière de cette expérience, les habitants souhaitent que les zones d’élevage soient rapidement planifiées et que des politiques attirent les investissements dans la collecte et la transformation des produits de la mer.

À Phan Ri Cua, un modèle d’élevage de carangues blanches dans des cages circulaires en PEHD d’un volume de 530 m³ a produit 10,4 kg par mètre cube. Le bénéfice s’est élevé à environ 33 millions de dôngs par cage et le dispositif a été étendu à trois unités.

Dotées d’un anneau structurel résistant, ces cages peuvent être déplacées facilement et conviennent aux côtes ouvertes et peu abritées.

Un autre modèle, consacré au mérou, utilise des cages carrées en PEHD de dimensions comparables aux installations en bois. Adapté aux capacités financières des habitants, il a déjà été reproduit sur 14 cages.

Dans la commune de Tan Thanh, l’aquaculture marine se maintient de façon stable et fournit emplois et revenus aux pêcheurs. Son développement nécessitera toutefois une préparation coordonnée en matière de planification, d’infrastructures, de technologies, d’alevins, de protection environnementale et d’organisation de la production.

L’évaluation de la capacité écologique du milieu, l’attribution des espaces maritimes et la gestion des zones d’élevage devront notamment respecter les plans d’aménagement.

Mobiliser les ressources

Considérant l’économie maritime comme un axe essentiel de son développement, Lam Dong met en œuvre plusieurs programmes pour moderniser et pérenniser l’aquaculture en mer.

À la fin de 2025, la province a approuvé un plan de développement du secteur à l’horizon 2030, avec une vision jusqu’en 2045.

D’ici à 2030, elle prévoit de maintenir et d’étendre entre 100 et 150 hectares de zones d’élevage côtier, de créer un ou deux pôles industriels aquacoles et de porter la production marine à 50 000 tonnes.

Celle-ci représenterait alors 22 % de la production aquatique provinciale, pour une valeur estimée entre 5 000 et 5 200 milliards de dôngs. Les exportations devraient atteindre 50 millions de dollars.

Le plan vise aussi à créer des emplois pour quelque 7 000 personnes, dont 3 000 pêcheurs appelés à quitter la pêche côtière pour l’aquaculture.

Les professionnels souhaitent avant tout accéder aux technologies et aux connaissances nécessaires pour mieux maîtriser leur production.

L’Association de la communauté des pêcheurs de Tan Thuan propose de développer un partenariat entre « quatre acteurs » : l’État apporterait les mécanismes de soutien, les politiques publiques et la coordination des programmes ; les scientifiques fourniraient expertise technique, formation et contrôle des procédures ; les entreprises proposeraient technologies, équipements, alevins, aliments et accès aux marchés ; les habitants organiseraient directement la production et assumeraient la responsabilité du modèle.

Selon Nguyen Van Chuong, directeur du Centre provincial de vulgarisation agricole, l’objectif est de faire de l’aquaculture marine une filière de haute technologie capable de fournir les matières premières nécessaires à la transformation et à l’exportation.

Le Centre renforce donc sa coopération avec les instituts et les universités afin de développer des modèles économiquement efficaces, de transférer des procédés d’élevage à grande échelle et d’inciter les entreprises à participer à la recherche et à l’application de nouvelles technologies.

La province entend également améliorer ses mécanismes de soutien aux infrastructures et à la reconversion professionnelle, tout en attirant des investisseurs dans les pôles aquacoles. La coopération internationale sera intensifiée afin de partager les expériences, transférer les technologies et former les ressources humaines.

« La province ne sacrifiera pas l’environnement à la croissance. Son développement doit être durable, adaptable et fondé sur les sciences et les technologies. L’aquaculture ne se développera pas de manière spontanée : les zones de production seront planifiées et associées à une cartographie d’alerte précoce sur la pollution de l’eau, dans le respect de la capacité écologique de chaque territoire. »

Nguyen Van Chien, directeur adjoint du Service de l’agriculture et de l’environnement de Lam Dong

L’aquaculture marine n’est pas seulement une filière économique stratégique contribuant à la croissance. Elle fournit aussi des moyens de subsistance durables à des millions de familles.

Nguyen Van Chien souligne que la province privilégiera un développement durable, proactif face aux changements et appuyé sur les sciences et technologies. Elle continuera d’organiser des formations à l’utilisation des outils technologiques afin que les pêcheurs puissent contrôler leur environnement de production au lieu de dépendre entièrement des conditions naturelles.

Les services provinciaux donneront également la priorité aux investissements dans des réseaux distincts d’alimentation et d’évacuation de l’eau au sein des zones aquacoles concentrées.

Le Service de l’agriculture et de l’environnement entend jouer un rôle de passerelle entre les quatre acteurs du modèle, attirer les entreprises de haute technologie et leur permettre d’accompagner les coopératives et les exploitations familiales vers un développement durable.

Lam Dong dispose d’un vaste potentiel pour construire un écosystème aquacole industriel et technologique. Avec l’appui des scientifiques, des entreprises et des pêcheurs, la filière peut évoluer d’une production fragmentée vers une gestion moderne et des produits à forte valeur ajoutée.

Cette évolution doit aussi permettre d’organiser l’espace maritime en cohérence avec le territoire continental, dans une perspective de développement vert, propre et durable.

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