La combinaison des capacités technologiques et de l’expertise en gestion de la République de Corée avec les conditions de production, les ressources agricoles et le potentiel du marché vietnamien pourrait permettre aux deux pays de développer des modèles d’agriculture intelligente à la fois modernes et adaptés aux réalités locales, tout en augmentant la valeur des produits agricoles et en apportant des bénéfices concrets aux agriculteurs, a estimé une experte.
La République de Corée opère une transition majeure vers une agriculture de haute technologie, l'agriculture intelligente étant identifiée comme un nouveau moteur de croissance, a indiqué Vu Phong Lam, professeure-chercheuse au Laboratoire de l'environnement des serres (Département des sciences horticoles, Faculté d'agriculture et des sciences de la vie, Université nationale de Chungnam), à l'Agence vietnamienne d'information (VNA).
Selon elle, le Vietnam peut tirer de précieux enseignements de l’expérience sud-coréenne en matière de développement de l’agriculture intelligente.
Forte de dix années de recherche et de travail en République de Corée, elle a notamment mis en évidence l’écosystème associant pouvoirs publics, universités, instituts de recherche, entreprises technologiques et agriculteurs.
Les nouvelles technologies y sont étudiées et testées à travers des modèles concrets avant d’être perfectionnées puis transférées vers la production, contribuant ainsi à réduire l’écart entre la recherche et son application sur le terrain.
Une autre caractéristique clé est la gestion de la production fondée sur les données.
Dans les fermes intelligentes, des capteurs surveillent la température, l'humidité, la luminosité, la concentration en CO₂, les nutriments et la croissance des cultures. Ces données permettent un ajustement précis des conditions de culture ainsi que l'utilisation d'applications d'IA pour prévoir la croissance et les rendements, détecter précocement les nuisibles et les maladies, et optimiser la production.
La République de Corée accorde également une grande importance à la formation des ressources humaines et au développement de modèles de démonstration, qui permettent aux agriculteurs de se familiariser avec les nouvelles technologies avant de décider d’investir.
La professeure Vu Phong Lam a souligné que le Vietnam ne devait pas reproduire le modèle coréen à l'identique. Les technologies doivent être sélectionnées et adaptées au climat local, aux cultures, à l'échelle de production et à la capacité d'investissement des agriculteurs. Dans un premier temps, il convient de privilégier des solutions abordables, faciles à utiliser et évolutives. Leur efficacité doit se mesurer par une réduction des coûts, une utilisation plus rationnelle de l'eau et des intrants, une qualité stable et une augmentation des revenus des agriculteurs.
Pour l’avenir, elle estime que l’agriculture intelligente en République de Corée dispose d’un important potentiel de développement, le pays étant confronté à la rareté des terres agricoles, à la pénurie de main-d’œuvre, au vieillissement de la population rurale et aux effets du changement climatique.
L’IA, le Big Data, les capteurs, les robots et la vision par ordinateur devraient être davantage intégrés aux serres intelligentes, aux fermes verticales et aux usines à plantes.
Leur rôle ne se limitera plus à la surveillance, mais s’étendra à la prévision de l’état des cultures, à la détection des maladies et à l’aide à la décision en matière de production.
Le secteur évolue également, passant d'une focalisation exclusive sur la productivité à une utilisation plus efficace des ressources et à des produits de meilleure qualité, notamment grâce aux économies d'eau et d'engrais, à la réduction de l'utilisation de pesticides et à la diminution des impacts environnementaux.
Cependant, les investissements initiaux élevés et la consommation d'énergie demeurent des défis, en particulier pour les systèmes d'intérieur nécessitant un éclairage intensif et une climatisation performante.
Concernant la coopération entre le Vietnam et la République de Corée, Mme Vu Phong Lam a souligné que les deux pays disposaient d’atouts complémentaires. La République de Corée possède des avantages dans les domaines des capteurs, de l’automatisation, de l’intelligence artificielle, des équipements pour serres, des technologies post-récolte et de la gestion de la production.
Le Vietnam, de son côté, bénéficie d’une grande diversité climatique, de ressources agricoles abondantes, d’une main-d’œuvre importante et d’un marché agricole offrant un fort potentiel de développement.
Elle a proposé d’élargir la recherche conjointe sur les modèles de serres intelligentes adaptés au climat vietnamien, l’hydroponie, la gestion précise des nutriments, l’agriculture en environnement contrôlé et les technologies de conservation post-récolte.
L’intelligence artificielle et la vision par ordinateur pourraient également être mises à contribution pour prévoir les rendements, détecter les ravageurs et faciliter la prise de décisions en matière de production.
Mme Vu Phong Lam a enfin souligné que la coopération bilatérale ne devait pas se limiter à l’importation d’équipements sud-coréens par le Vietnam.
Les deux parties devraient plutôt mener conjointement des travaux de recherche, tester et adapter les solutions aux conditions locales, tout en renforçant les échanges entre scientifiques, en formant de jeunes ingénieurs et chercheurs, en développant des projets communs et en favorisant les liens entre universités, instituts de recherche, entreprises et agriculteurs.