Un « patrimoine » au cœur des jardins de Tien
Dans le jardin de près d’une centaine de poivriers de Nguyen Van Qua, 59 ans, au hameau 5 de la commune de Lanh Ngoc, plusieurs dizaines ont été plantés en 1986 et ont aujourd’hui 40 ans.
Les lianes, grosses comme le poignet d’un adulte, s’enroulent autour des arbres vivants et grimpent jusqu’à leur cime. À la récolte, les grappes de fruits abondent sous le feuillage vert.
Pour M. Qua, ces vieux poivriers sont un « patrimoine » qu’il a constitué depuis sa jeunesse. Chaque année, son jardin produit plus d’un demi-quintal de poivre sec. En 2026, le prix varie généralement entre 450 000 et 500 000 dongs le kilogramme, atteignant parfois 600 000 dongs, pour des revenus de plusieurs dizaines de millions de dongs par récolte.
Ces poivriers âgés témoignent aussi de la vitalité de la variété locale, depuis longtemps liée aux terres de Tien Phuoc.
Les habitants font généralement grimper les poivriers sur des arbres vivants, une méthode qui crée de l’ombre, atténue les effets des fortes températures et préserve les caractéristiques des jardins de moyenne montagne de Quang.
Des sols difficiles à l’origine d’un piquant singulier
La qualité du poivre de Tien Phuoc est façonnée par des conditions naturelles qui sont loin d’être favorables.
Contrairement aux régions où le poivre pousse sur de riches sols basaltiques, celui de Tien Phuoc est cultivé sur un relief vallonné, aux sols caillouteux et pauvres en matière organique. Dans cet environnement peu nutritif, les racines des poivriers, notamment de la variété locale tieu se, doivent s’enfoncer profondément et s’étendre largement pour s’adapter.
Ces conditions difficiles expliquent la petite taille des grains. Toutefois, l’écart de température entre le jour et la nuit, de 7 à 9 °C, ainsi que l’ensoleillement de 200 à 255 heures par mois de mars à août favorisent la photosynthèse et l’accumulation de matière sèche, de pipérine et d’huiles essentielles.
Cette qualité repose également sur le savoir-faire des producteurs. Les rangées de poivriers sont orientées d’est en ouest afin de bénéficier d’un ensoleillement adapté, de maintenir une bonne aération et de limiter les maladies et les ravageurs. Le fumier, les engrais organiques et les engrais microbiologiques sont utilisés régulièrement afin d’améliorer les sols et de favoriser le développement des racines.
Ainsi, l’indication géographique « Tien Phuoc » ne protège pas simplement un nom. Cette appellation est étroitement liée à la variété locale, aux conditions pédologiques et climatiques ainsi qu’aux pratiques culturales développées dans la zone de production au fil des générations.
Une réputation établie, mais des débouchés encore limités
Dans le hameau de Tien Trang, commune de Son Cam Ha, Truong Van Dung cultive 100 plants de poivrier sur environ 500 m², selon des méthodes biologiques. En production depuis plus de 10 ans, sa provrière fournit 70 à 90 kg par an.
Au prix d’environ 500 000 dongs le kilogramme en 2026, elle rapporte à sa famille près de 45 millions de dongs par an.
Toutefois, M. Dung regrette que sa production soit encore principalement écoulée par de petits commerçants sur les marchés locaux. Malgré sa qualité et sa valeur, le poivre de Tien Phuoc n’accède pas encore à des marchés à la hauteur de son potentiel.
Cette situation concerne l’ensemble de la zone de production. La culture reste essentiellement pratiquée à petite échelle, rendant l’offre difficile à stabiliser. Les conditions météorologiques, les ravageurs et le coût des systèmes d’irrigation limitent également l’extension des superficies cultivées.
Dans la seule commune de Son Cam Ha, la culture du poivre couvre environ 30 hectares en 2026, dont 17,5 hectares en production.
Certaines entreprises investissent toutefois à plus grande échelle. À Son Cam Ha, l’entreprise de Ho Van Ky exploite plus de 3 hectares comptant 7 000 plants, équipés d’un système d’irrigation, et achète la production de cultivateurs de Tien Phuoc, Lanh Ngoc, Thanh Binh et Son Cam Ha.
Les parcours de MM. Qua, Dung et Ky montrent que la région ne manque pas de producteurs déterminés à préserver la variété et les jardins. Il reste toutefois à mettre en place un système solide de production, de contrôle de la qualité et de commercialisation pour structurer ces exploitations dispersées en une filière stable.
La science et la technologie au service de la préservation de la variété locale
Entre 2022 et 2025, le secteur agricole local a mis en œuvre un modèle de production de plants et de culture du poivre de Tien Phuoc selon une approche durable.
Selon les résultats publiés en 2025, les organismes concernés ont créé des vergers de plants-mères et une pépinière équipée d’une serre à filets de 200 m², capable de produire environ 4 000 plants par campagne. Les boutures sont sélectionnées sur des plants-mères afin d’en garantir la qualité et de limiter les risques de maladies et de ravageurs.
Le programme a également organisé 5 sessions de formation sur la multiplication, la plantation, l’entretien et la lutte contre les ravageurs et les maladies, au bénéfice de 150 foyers agricoles et de 15 agents agricoles.
Le modèle de culture durable a réuni 23 foyers sur 2 hectares, avec environ 2 200 plants. Après trois ans, le taux de survie a atteint environ 97 %.
La maîtrise des techniques de multiplication de plants sains est essentielle pour cette variété difficile à cultiver et sensible aux conditions météorologiques, aux ravageurs et aux maladies. Elle constitue une base pour étendre la zone de production tout en préservant les caractéristiques de la variété locale.
Le 29 avril 2026, l’Office national de la propriété intellectuelle a publié la décision no 179/QD-SHTT accordant le certificat d’enregistrement de l’indication géographique no 00152 au « poivre de Tien Phuoc ».
Lors de la cérémonie d’annonce, le 25 mai 2026, le Comité populaire de Tien Phuoc a accordé le droit d’utiliser l’indication géographique à 20 organisations et particuliers produisant et commercialisant du poivre dans la zone protégée. Un règlement a également été adopté pour en encadrer la gestion et l’utilisation, contrôler la qualité, assurer la traçabilité et développer la marque.
Ainsi, seuls les produits issus de la zone protégée et répondant aux exigences d’origine, de variété, de culture et de qualité peuvent porter le nom « Tien Phuoc ».
Pour les producteurs, l’indication géographique constitue une base juridique pour protéger la réputation du produit. Pour en tirer pleinement parti, la filière doit toutefois encore assurer la disponibilité de plants sains, harmoniser les procédés de production, garantir la traçabilité et la stabilité de l’offre, tout en développant les débouchés.
Ce n’est qu’avec un contrôle rigoureux de la qualité et un usage conforme du nom « Tien Phuoc » que celui-ci pourra devenir une véritable garantie d’origine, de réputation et du piquant singulier du poivre de la terre de Tien.