Des financements verts pour les projets d’efficacité énergétique
La pression en faveur de la réduction des émissions, les exigences des marchés d’exportation et les fluctuations des prix de l’énergie incitent les entreprises à investir davantage dans l’efficacité énergétique. Dans ce contexte, la finance verte est considérée comme une ressource importante pour aider les entreprises à renouveler leurs technologies, à réduire leurs coûts et à renforcer leur compétitivité.
Dans le cadre du programme « Les experts partagent leur savoir », mis en œuvre par le Programme national pour l’utilisation économe et efficace de l’énergie (VNEEP), M. Tran Khanh, directeur de la division clientèle entreprises de la Banque commerciale par actions Bac A, a partagé son analyse de la finance verte et du rôle de ces financements dans la promotion de l’utilisation économe et efficace de l’énergie au sein des entreprises.
Selon M. Tran Khanh, les entreprises ont nettement fait évoluer leur perception de l’efficacité énergétique. Désormais, au-delà de la réduction des coûts, elles considèrent les investissements dans ce domaine comme un levier à long terme pour améliorer leur efficacité et leurs performances.
« La pression liée au coût des matières premières oblige également les entreprises à accélérer leur renouvellement technologique, afin de réduire leurs coûts et d’améliorer l’efficacité dans l’utilisation des ressources. Selon les observations faites sur le terrain, ces investissements peuvent permettre aux entreprises de réduire de 15 à 30 % leurs coûts de matières premières », a indiqué M. Tran Khanh.
Par ailleurs, les exigences ESG (environnement, social et gouvernance) et les normes de plus en plus strictes des grands marchés d’exportation comme le Japon, les États-Unis et l’Union européenne incitent les entreprises à verdir leur production. Au Vietnam, la mise en place progressive du marché du carbone les pousse également à anticiper cette évolution et à investir davantage dans les solutions énergétiques vertes.
Selon le représentant de Bac A Bank, les PME disposent de nombreuses possibilités d’accès aux financements verts. Les projets d’équipements plus performants, de modernisation des chaudières et des systèmes de climatisation ou de réfrigération, d’installation de panneaux solaires en toiture ou de gestion de l’énergie peuvent notamment être financés, sous réserve d’en démontrer l’efficacité.
« Pour Bac A Bank, lorsqu’il s’agit de financer un projet vert, l’essentiel n’est pas sa taille, mais son efficacité, sa faisabilité et sa capacité à générer des flux de trésorerie pour rembourser le prêt », a souligné M. Tran Khanh.
Les entreprises disposant d’un plan d’investissement clair et capables de quantifier les gains d’efficacité énergétique ont ainsi davantage de chances d’accéder aux financements verts.
Selon M. Tran Khanh, la transition verte ne concerne pas uniquement les grandes entreprises. Les PME étant un maillon important des chaînes d’approvisionnement, cette transition doit être menée de manière coordonnée à l’échelle de l’ensemble de la chaîne.
Toutefois, M. Tran Khanh souligne que les entreprises rencontrent encore des difficultés à accéder aux financements bancaires pour leurs projets d’efficacité énergétique, notamment en raison du niveau élevé des investissements requis et de délais de retour sur investissement souvent longs.
De plus, de nombreuses entreprises ne disposent pas encore d’un audit énergétique complet, ce qui complique l’évaluation des économies d’énergie et de la faisabilité des projets par les banques.
« Chez Bac A Bank, nous mettons en balance l’efficacité énergétique du projet et les exigences en matière de garanties. Les entreprises présentant un projet viable, un plan d’investissement clair et des données transparentes sur les économies d’énergie disposent ainsi de meilleures conditions pour accéder aux financements bancaires », a expliqué M. Tran Khanh.
Toujours selon lui, les projets d’efficacité énergétique sont évalués selon trois critères principaux : l’efficacité financière, l’efficacité énergétique et la capacité de mise en œuvre de l’entreprise.
Le premier porte sur l’efficacité financière : réduction des coûts d’exploitation, délais de retour sur investissement, impacts sur les flux de trésorerie et capacités de remboursement. Ces éléments permettent à la banque d’évaluer la faisabilité du projet.
Le deuxième concerne l’efficacité énergétique, notamment les économies d’énergie attendues, la réduction des émissions, l’adéquation de la technologie et le maintien de ses performances sur la durée du projet.
Le troisième porte sur la capacité de l’entreprise à mettre en œuvre le projet, tant sur le plan technique que financier et organisationnel. Même doté d’une technologie performante, un projet peut rencontrer des difficultés s’il ne repose pas sur des bases techniques solides et un plan financier clair.
« Pour la banque, l’essentiel n’est pas seulement le volume d’énergie économisé, mais aussi la capacité de ces économies à générer des flux de trésorerie permettant de rembourser le prêt. C’est là une particularité du financement des projets d’efficacité énergétique par rapport aux investissements traditionnels », a souligné M. Tran Khanh.
Mobiliser les ressources pour la transition verte
Évoquant la coordination entre l’État, les banques et les entreprises pour promouvoir la finance verte, le représentant de Bac A Bank estime que celle-ci ne pourra pleinement jouer son rôle que si les trois parties partagent les mêmes objectifs, agissent de concert et construisent un écosystème de soutien mutuel.
Tout d’abord, l’État a mis en place ces dernières années plusieurs politiques favorables, notamment le Programme national pour l’utilisation économe et efficace de l’énergie, des programmes d’assistance technique et diverses initiatives en faveur des investissements verts. L’enjeu est désormais d’en accélérer la mise en œuvre pour faciliter l’accès des entreprises et des banques aux mécanismes de soutien.
Les établissements de crédit doivent, quant à eux, passer du rôle de simple fournisseur de capitaux à celui de partenaire des entreprises, en développant les produits de crédit vert, en renforçant l’évaluation des projets et en accompagnant les entreprises dès leur conception.
Pour les entreprises, les investissements dans l’efficacité énergétique doivent s’inscrire dans une stratégie de renforcement de la compétitivité à long terme. La transparence des informations, des dossiers complets et une évaluation précise des bénéfices financiers et environnementaux sont également essentiels pour renforcer la confiance des établissements de crédit.
Selon M. Tran Khanh, au cours des trois à cinq prochaines années, la demande des entreprises en matière de renouvellement technologique et d’utilisation économe et efficace de l’énergie continuera de progresser.
La première raison tient aux exigences croissantes des marchés d’exportation en matière de réduction des émissions et de respect des normes environnementales. Les entreprises sont ainsi appelées à accélérer leur transition technologique et à accroître leurs investissements dans ce domaine.
La deuxième raison tient aux fluctuations imprévisibles des prix de l’énergie ces dernières années, qui rendent le renouvellement technologique et l’amélioration de l’efficacité énergétique de plus en plus indispensables aux entreprises.
« Troisièmement, le Vietnam s’est engagé à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Les investissements dans l’efficacité énergétique, la réduction des émissions et la transition verte deviendront donc une exigence pour l’ensemble de l’économie, et non plus seulement pour quelques entreprises », estime le représentant de Bac A Bank.