Cette mission illustre la détermination du Parti et de l'État vietnamiens à porter la coopération entre le Vietnam et la Russie à une nouvelle hauteur, en particulier dans les domaines du commerce, de l'investissement, de la technologie et de la formation.
À cette occasion, le ministre Ngo Van Tuan a accordé une interview au journaliste du journal Nhan Dan (le Peuple) en Russie.
Journaliste : Monsieur le Ministre, que pensez-vous de la portée de la participation du Vietnam au Forum économique oriental cette année, au moment où la Russie et le Vietnam cherchent de nouveaux leviers pour leur coopération économique, commerciale et d'investissement ?
Le ministre Ngo Van Tuan : Le Vietnam et la Russie entretiennent une amitié traditionnelle exemplaire. Le peuple vietnamien n'oubliera jamais l'aide précieuse apportée par l'ancienne Union soviétique et la Fédération de Russie d'aujourd'hui lors des luttes pour l'indépendance et l'unification nationale, ainsi que dans l'édification et le développement économique du pays.
Cependant, les deux parties s'accordent à reconnaître que nos échanges économiques, notamment en matière de commerce et d'investissement, demeurent encore modestes.
Après que le Vietnam et la Russie ont porté leurs relations au niveau de Partenariat stratégique intégral et que l'Accord de libre-échange entre le Vietnam et l'Union économique eurasiatique (UEE) a été signé, les efforts conjoints ont permis au commerce bilatéral de progresser à un rythme annuel moyen d'environ 10,8 % sur la période 2016-2025.
Néanmoins, en 2025, le volume des échanges commerciaux n'a atteint que 4,7 milliards de dollars. Ce chiffre reste très en deçà du potentiel, au regard du volume global du commerce extérieur du Vietnam, qui s'élève à environ 930 milliards de dollars.
Dès le début de ce nouveau mandat, nous affichons une très forte volonté de porter la coopération économique à la hauteur des relations politiques et diplomatiques d'exception entre nos deux nations.
Journaliste : Monsieur le Ministre, au fil des débats lors de cette édition, quelles nouvelles opportunités le Vietnam peut-il saisir dans le cadre de la politique russe de développement de l'Extrême-Orient et du pivot de la Russie vers l'Asie-Pacifique ?
Le ministre Ngo Van Tuan : Je suis convaincu que le Forum économique oriental de cette année ouvrira de vastes perspectives pour les entreprises vietnamiennes ainsi que pour celles des autres pays d'Asie.
L'Extrême-Orient russe s'étend sur près de 6 millions de kilomètres carrés. C'est une région extrêmement riche en ressources minières et naturelles, disposant d'un immense potentiel agricole, sylvicole et halieutique.
Actuellement, le seul projet d'envergure du Vietnam dans cette région est celui du groupe TH, dont le capital engagé reste encore très modeste, de l'ordre de 22 millions de dollars.
Pourtant, avec une superficie de 6 millions de kilomètres carrés pour seulement 6 millions d'habitants, cette région souffre d'un manque criant de main-d'œuvre et de ressources pour soutenir son développement.
Dans le même temps, le Vietnam entre dans une phase d'expansion économique rapide et soutenue, visant une croissance à deux chiffres. Les atouts de la Russie et de son Extrême-Orient répondent parfaitement aux besoins de développement du Vietnam.
Des synergies évidentes peuvent être renforcées dans des secteurs clés tels que l'agriculture, l'exploitation forestière et minière, entre autres.
Avec une population jeune, dynamique, qualifiée et travailleuse de plus de 100 millions d'habitants, le Vietnam dispose d'une ressource humaine précieuse qui peut agir en parfaite complémentarité avec les besoins de la Russie.
Un autre atout réside dans les liens d'amitié traditionnels et historiques qui unissent nos deux pays. Nous pouvons nous appuyer sur ces bases solides pour dynamiser notre coopération. Le port de Vladivostok dispose de liaisons maritimes marchandes traditionnelles vers les ports de Hai Phong et de Hô Chi Minh-Ville, avec des temps de transit d'environ 7 à 10 jours seulement. Il s'agit d'un avantage comparatif majeur qui ouvre de vastes perspectives de partenariat.
Par ailleurs, les deux parties ont réaffirmé leur volonté de coopérer dans le développement de l'intelligence artificielle (IA), la transformation numérique et la numérisation des activités économiques et sociales. Je suis convaincu que ces secteurs émergents offrent également d'immenses opportunités de collaboration bilatérale.
L'enjeu majeur consiste désormais à intensifier nos échanges, à approfondir la connaissance mutuelle de nos marchés et cadres juridiques respectifs, tout en consolidant la confiance stratégique. Il nous faut en particulier identifier un projet d'investissement d'envergure, à fort effet d'entraînement, capable de servir de moteur aux coopérations futures.
Nous sommes persuadés que les relations commerciales et d'investissement entre le Vietnam et la Fédération de Russie en général, et avec la région de l'Extrême-Orient en particulier, connaîtront un nouvel essor prometteur.
Journaliste : Monsieur le Ministre, quelles sont les priorités concrètes à mettre en œuvre à l'issue de ce forum afin de matérialiser ce potentiel et ces opportunités de coopération ?
Le ministre Ngo Van Tuan : À mon sens, nos efforts doivent se concentrer sur cinq axes stratégiques majeurs.
Premièrement, il convient de renforcer l'efficacité opérationnelle du Comité intergouvernemental Vietnam-Russie. Il ne s'agit pas d'attendre l'apparition de blocages pour intervenir, mais d'élaborer une feuille de route précise et de procéder à des évaluations périodiques. Pour chaque projet, des objectifs clairs et des résultats attendus doivent être définis. Par exemple, concernant la hausse des échanges commerciaux, nous devons fixer des cibles chiffrées annuelles et trimestrielles, puis évaluer régulièrement les réussites et les retards afin d'identifier les goulets d'étranglement et d'y apporter des solutions ciblées.
Deuxièmement, il est primordial de tirer pleinement parti de l'Accord de libre-échange entre le Vietnam et l'Union économique eurasiatique (UEE).
Troisièmement, les deux parties doivent intensifier le partage d'informations ainsi que la compréhension croisée de leurs marchés et de leurs réglementations juridiques.
Quatrièmement, il est urgent de lever des obstacles liés aux interconnexions bancaires et aux mécanismes de paiement transfrontaliers entre nos deux pays.
Enfin, la cinquième priorité porte sur le renforcement de la connectivité logistique et des transports. La présence de dirigeants de la Compagnie générale maritime du Vietnam (VIMC) à ce forum en témoigne : les deux parties recherchent activement des solutions pour développer des liaisons de transport adossées à des technologies logistiques avancées, à un réseau d'entrepôts et à des chaînes du froid performantes.
Journaliste : Nous vous remercions !