Dans ce cadre, le secteur privé est appelé à devenir une force productive pionnière, un pilier de la croissance, à maîtriser les technologies, à participer aux chaînes de valeur à forte valeur ajoutée et au développement des infrastructures stratégiques nationales.
De « moteur important » à moteur clé de la croissance
Durant la période où la croissance reposait sur les capitaux, l’assemblage et l’exploitation des ressources naturelles, l’économie privée vietnamienne s’est principalement développée dans les activités de commerce de détail, les petites et moyennes entreprises, ou encore dans des secteurs non productifs tels que l’immobilier et les services commerciaux.
Alors que l’ancien modèle atteint les limites de son potentiel, la Résolution n° 19-NQ/TW ouvre une nouvelle étape stratégique, orientée vers une économie résiliente et autonome grâce au renforcement des capacités endogènes et à la maîtrise des technologies.
Le secteur privé est appelé à jouer un rôle pionnier dans trois espaces de croissance essentiels.
Premièrement, il doit être à l’avant-garde de la transformation numérique et du développement des technologies fondamentales.
Les entreprises privées sont encouragées à mener des activités de recherche, d’application et de commercialisation de technologies telles que l’intelligence artificielle (IA), les semi-conducteurs, l’informatique en nuage et l’automatisation, afin de passer de la « sous-traitance » à la « maîtrise technologique » et de créer davantage de valeur ajoutée.
Deuxièmement, il doit constituer un pilier du développement des infrastructures stratégiques et de l’économie verte.
Le secteur privé est encouragé à participer à de grands projets dans les énergies renouvelables, les infrastructures nationales de données et la logistique moderne, afin de promouvoir les transitions verte et numérique.
Troisièmement, il s’agit de faire émerger de puissants groupes économiques capables de jouer le rôle de « grues de tête », dotés d’une capacité suffisante pour affronter la concurrence internationale et entraîner l’écosystème des entreprises nationales vers une participation plus profonde aux chaînes d’approvisionnement mondiales, contribuant ainsi à résoudre la question de « l’indépendance et l’autonomie » économiques.
Lors de la table ronde sur la réforme institutionnelle et le nouveau modèle de croissance, le Dr Nguyen Quoc Viet, directeur adjoint de l’Institut de recherche économique et des politiques (VEPR), a estimé que l’État devait passer d’un système fondé sur les autorisations discrétionnaires, les contrôles a priori et la surveillance à une approche axée sur la création de conditions favorables, l’orientation et les contrôles a posteriori.
Cette évolution permettrait d’élargir l’espace de développement des entreprises et de libérer les ressources de l’économie.
Libérer les ressources et supprimer les obstacles institutionnels
Pour que l’économie privée puisse assumer sa mission dans le nouveau modèle de croissance, l’enjeu essentiel réside dans une rupture institutionnelle et dans l’égalité d’accès aux ressources.
La Résolution n° 19 met l’accent sur la levée des blocages juridiques, la réduction des coûts de mise en conformité, la protection des droits de propriété et de la liberté d’entreprendre, tout en créant des mécanismes permettant de faire des actifs de propriété intellectuelle un capital stratégique.
La Résolution vise également à éliminer les discriminations entre les différents secteurs économiques dans l’accès aux terres, au crédit, aux données et aux opportunités liées aux investissements publics.
Les entreprises privées doivent pouvoir participer sur un pied d’égalité aux projets nationaux prioritaires dans un environnement des affaires transparent.
Parallèlement, il s’agit de passer à une gouvernance fondée sur les résultats et l’impact, en prenant l’efficacité du développement comme principal critère d’évaluation, au lieu de procédures administratives lourdes et complexes. Cette approche permet aux entreprises de réduire les risques juridiques et de raccourcir le délai de mise sur le marché des produits issus de l’innovation.
Une autre exigence consiste à développer des marchés modernes des facteurs de production, notamment pour les capitaux et les ressources humaines hautement qualifiées.
La diversification des infrastructures financières, à travers notamment les obligations d’entreprise et les fonds de capital-risque, ainsi que les politiques d’attraction des talents, créeront un tremplin pour les projets de grande envergure du secteur privé.
S’exprimant lors du séminaire intitulé « Une croissance à deux chiffres - les entreprises comme moteur », organisé conjointement par la VCCI, le professeur associé, docteur Ho Sy Hung, président de la VCCI, a estimé que la dynamique d’essor de l’économie privée constituait le socle fondamental et le tremplin vers un nouveau modèle de croissance économique et l’objectif d’une croissance à deux chiffres.
Selon la Résolution n° 19, l’économie privée ne doit pas seulement contribuer aux recettes budgétaires et créer des emplois ; elle doit également devenir une force productive pionnière, contribuant à renforcer la position indépendante, autonome et moderne du Vietnam sur la carte de l’économie mondiale.