Cette industrie doit notamment faire face à la volatilité des prix des matières premières et de l'énergie, ainsi qu'à une concurrence croissante des produits importés. À cela s'ajoutent les risques de rupture des chaînes d'approvisionnement et de logistique, ainsi que des exigences de plus en plus strictes en matière de transition verte et de réduction des émissions.
Selon Nguyen Anh Phong, directeur adjoint de l'Institut de stratégie et de politique agricoles et environnementales, la demande vietnamienne en engrais atteint environ 11 millions de tonnes, tandis que la capacité de production nationale ne s'élève qu'à 8 millions de tonnes par an. Le Vietnam continue donc d'importer de nombreux types d'engrais ainsi qu'une grande partie des matières premières destinées à leur fabrication, principalement de Chine, de Russie, du Laos et de Corée du Sud. Cette dépendance rend l'approvisionnement national particulièrement vulnérable aux fluctuations des prix des matières premières, de l'énergie, des taux de change, des coûts de transport ou encore aux évolutions de la conjoncture géopolitique internationale.
« Le Vietnam continue d'importer de nombreux types d'engrais ainsi qu'une grande quantité de matières premières destinées à leur production depuis des marchés clés tels que la Chine, la Russie, le Laos et la Corée du Sud. Cette dépendance rend l'approvisionnement national sensible aux fluctuations des prix des matières premières, de l'énergie, des taux de change, des coûts de transport ou encore à l'évolution de la situation géopolitique internationale. »
Nguyen Anh Phong, directeur adjoint de l'Institut de stratégie et de politique agricoles et environnementales.
Selon Nguyen Thi Hien, directrice générale adjointe de la Société par actions des engrais et produits chimiques de Ca Mau (PVCFC), plusieurs matières premières et engrais stratégiques, tels que le soufre, les engrais SA, MAP, SOP, ainsi que certaines matières premières destinées à la fabrication d'engrais NPK de haute qualité, dépendent largement des importations. C'est notamment le cas des engrais potassiques : avec une demande annuelle comprise entre 900.000 et 1,1 million de tonnes, le Vietnam dépend presque entièrement des approvisionnements en provenance du Canada, de la Russie, du Bélarus, du Laos et d'Israël.
Par conséquent, toute évolution sur ces marchés clés se répercute directement sur les coûts de production nationaux. À cela s'ajoute la pression liée à la transition verte, marquée par des exigences toujours plus strictes en matière de réduction des émissions de carbone, de traçabilité et de production durable. Le changement climatique affecte également non seulement les rendements agricoles, mais modifie aussi la structure des cultures et les besoins en engrais à long terme.
Dans ce contexte, l'élaboration d'une nouvelle stratégie visant à renforcer l'autonomie et la résilience de l'industrie des engrais devient une nécessité urgente.
Selon Nguyen Thi Hien, le secteur vietnamien des engrais doit s'appuyer sur cinq piliers stratégiques : renforcer l'autonomie et la résilience de la chaîne d'approvisionnement ; promouvoir l'innovation technologique et le développement d'engrais verts ; développer un écosystème de données, de prévisions et d'alerte précoce ; renforcer les liens entre l'industrie des engrais et la chaîne de valeur agricole ; enfin, améliorer la gouvernance et l'intégration internationale.
Pour atteindre ces objectifs, les politiques publiques doivent davantage soutenir les entreprises, notamment en diversifiant les sources d'approvisionnement en matières premières, en renforçant les capacités de stockage stratégique, en encourageant les investissements dans les segments encore fortement dépendants des importations et en améliorant la capacité du secteur à faire face aux fluctuations des marchés internationaux. Des mécanismes adaptés doivent également favoriser l'innovation technologique, l'amélioration de l'efficacité énergétique et la réduction des émissions dans la production d'engrais.
Nguyen Anh Phong estime également que le secteur doit accélérer l'innovation afin de renforcer les capacités de production nationales. Il préconise d'intensifier la recherche et le développement d'engrais d'origine naturelle, d'engrais organiques et microbiologiques, ainsi que de produits fabriqués à partir de résidus de cultures, de déchets d'élevage et de sous-produits agricoles. L'État devrait accorder une priorité au soutien technologique, à l'élaboration de normes de qualité, à la certification des produits ainsi qu'au développement de modèles de coopération associant exploitations agricoles, coopératives et entreprises de production d'engrais.
Parallèlement, les organismes compétents devront suivre de près le degré de dépendance vis-à-vis des principaux fournisseurs afin de mettre en place un système d'alerte précoce portant sur les prix, les stocks, l'avancement des importations, les politiques d'exportation des pays fournisseurs et les risques logistiques. Dans le même temps, les entreprises devront être encouragées à diversifier leurs sources d'approvisionnement, à conclure des contrats de long terme et à constituer des stocks commerciaux saisonniers. Il est également recommandé de développer des plateformes logistiques de stockage d'engrais dans les principales régions agricoles du pays, notamment le delta du Mékong, les Hauts Plateaux du Centre et le Centre du Vietnam.