Le Vietnam et le Japon renforcent leur coopération dans les semi-conducteurs

Dans le sillage de la mise en œuvre de la Résolution n° 57-NQ/TW du Bureau politique sur les percées dans le développement des sciences, des technologies, de l’innovation et de la transformation numérique, le Vietnam place désormais l’industrie des semi-conducteurs au cœur de ses priorités stratégiques.

TAZMO Vietnam, entreprise à 100% japonaise, produit environ 70 000 appareils par an et offre un emploi stable à plus de 300 travailleurs locaux. Photo : VNA
TAZMO Vietnam, entreprise à 100% japonaise, produit environ 70 000 appareils par an et offre un emploi stable à plus de 300 travailleurs locaux. Photo : VNA

Dans le sillage de la mise en œuvre de la Résolution n° 57-NQ/TW du Bureau politique sur les percées dans le développement des sciences, des technologies, de l’innovation et de la transformation numérique, le Vietnam place désormais l’industrie des semi-conducteurs au cœur de ses priorités stratégiques.

Parallèlement au perfectionnement des mécanismes, des politiques publiques et de la formation des ressources humaines, le pays renforce sa coopération internationale afin d’accéder aux technologies de pointe, de développer ses capacités de recherche et de s’intégrer plus profondément à la chaîne de valeur mondiale des semi-conducteurs.

Répondant au correspondant de l’Agence vietnamienne d’information (VNA) au Japon, le professeur associé Le Duc Anh, de l'Université de Tokyo, souligne les opportunités de collaboration entre le Vietnam et le Japon grâce aux projets communs.

Selon lui, la stratégie actuelle du Japon dans le secteur des semi-conducteurs s’articule autour de quatre axes majeurs qui offrent autant d’opportunités au Vietnam. Le premier consiste à renforcer la sécurité économique et la résilience face aux perturbations des chaînes d’approvisionnement. Le Japon entend ainsi rétablir ses capacités de production nationale, non seulement pour les puces avancées, mais aussi pour celles destinées à l’automobile, à la robotique, aux équipements industriels, aux infrastructures énergétiques et à la défense.

Ensuite, Tokyo développe également les technologies de nouvelle génération via une approche intégrée dite « System to Silicon » (du Système au Silicium). Parallèlement, l'archipel mise sur la connexion entre les semi-conducteurs et l'intelligence artificielle (IA), notamment l’IA physique dans les domaines de la robotique, des véhicules autonomes, des usines intelligentes et des dispositifs périphériques. Enfin, le Japon se focalise sur le renforcement de ses domaines d'excellence traditionnels, comme les matériaux, les équipements de fabrication, de mesure et la formation des ressources humaines.

Conscient qu’aucun pays ne peut maîtriser seul l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, le Japon privilégie la coopération avec les États-Unis, l’Europe et les pays asiatiques, dont le Vietnam.

Cette stratégie s'est déjà traduite par le lancement de cinq projets de recherche conjoints réunissant les universités les plus prestigieuses des deux pays. Selon le professeur associé Le Duc Anh, ces projets marquent le passage d'une formation principalement théorique à un apprentissage fondé sur la recherche appliquée. En travaillant sur des thématiques de pointe telles que les transistors CFET, les semi-conducteurs à large bande interdite ou l’architecture RISC-V, les jeunes chercheurs vietnamiens acquièrent un savoir-faire et une rigueur méthodologique caractéristiques des laboratoires japonais de renommée mondiale.

Toutefois, l'expert précise que l'efficacité de ce transfert de compétences dépendra étroitement de la capacité du Vietnam à recevoir et à développer les résultats de recherche. Il est impératif que les chercheurs formés à l'étranger disposent, à leur retour, d'un environnement technique et financier adéquat pour poursuivre leurs travaux et encadrer les futures générations. L'investissement dans le capital humain doit donc s'accompagner d'une modernisation des laboratoires nationaux et d'une fluidification des mécanismes de financement de la recherche pour transformer l'expérience acquise à l'international en un véritable moteur d'innovation nationale.

Si ces conditions sont réunies, ces cinq projets devraient permettre la constitution de groupes de recherche de référence, de laboratoires associés et d’un réseau de coopération durable entre le Vietnam et le Japon. Ils poseront les bases du renforcement des capacités nationales de recherche, de l’intégration de nouvelles technologies et d’une participation plus active à la chaîne de valeur mondiale des semi-conducteurs.

Sur le plan industriel, une avancée majeure est venue de FPT, qui a commencé à exporter ses propres puces vers le marché japonais, constitue une étape majeure pour l'économie vietnamienne. Ce jalon démontre que les entreprises vietnamiennes ne se limitent plus à la conception de puces répondant aux standards de qualité extrêmement rigoureux de l'industrie nippone.

Même si l'objectif de distribuer dix millions de puces en Asie-Pacifique d'ici 2028 ne constitue qu'une première étape, cette réussite confirme déjà la capacité des entreprises vietnamiennes à concevoir, commercialiser et produire des semi-conducteurs conformes aux normes internationales les plus exigeantes. Toutefois, souligne le professeur associé et docteur Le Duc Anh, une compétitivité durable ne pourra être atteinte qu’à travers une gamme de produits diversifiée, une clientèle étendue, des revenus récurrents, une chaîne d’approvisionnement sécurisée et un solide portefeuille de propriété intellectuelle.

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