Ces dernières années, le développement des bâtiments verts et économes en énergie au Vietnam connaît une accélération remarquable. Cette évolution résulte non seulement du renforcement progressif du cadre réglementaire, mais également d'une prise de conscience croissante et d'un engagement accru des investisseurs désireux de répondre aux normes internationales les plus exigeantes.
Pour mieux comprendre cette dynamique, Nguyen Cong Thinh, expert indépendant spécialisé dans l'efficacité énergétique et les bâtiments verts, partage son analyse des opportunités, des principaux obstacles et des solutions susceptibles d'accélérer le développement des bâtiments verts au Vietnam.
Renforcer les compétences techniques et optimiser les coûts
– Comment évaluez-vous le développement actuel des bâtiments verts et économes en énergie au Vietnam, notamment le niveau de préparation des investisseurs pour intégrer des technologies et des solutions innovantes, depuis la phase de conception jusqu'à l'exploitation des bâtiments ?
En revenant sur plus de quinze années de développement des bâtiments verts au Vietnam, on peut affirmer que la croissance enregistrée ces dernières années est particulièrement impressionnante. Le nombre de bâtiments certifiés ainsi que leur superficie totale ont connu une progression spectaculaire.
À la fin de l'année 2025, le pays comptait 780 bâtiments verts, représentant une surface de plancher totale de plus de 18,8 millions de mètres carrés, soit une hausse de 20 % du nombre de projets et de 15 % de la superficie par rapport à 2024. Au terme du premier trimestre 2026, ce chiffre atteignait déjà 828 bâtiments, totalisant près de 20,8 millions de mètres carrés.
Cette croissance dépasse largement celle de l'ensemble du secteur de la construction, qui oscille généralement entre 7 % et 10 %, illustrant ainsi une évolution structurelle de la demande.
Cette dynamique s'explique principalement par l'attitude proactive des promoteurs, qui intègrent désormais les critères environnementaux dès les premières étapes du projet, conception, construction et exploitation, au lieu d'intervenir uniquement une fois les bâtiments achevés.
Les principaux moteurs de cette évolution sont les politiques nationales de transition énergétique ainsi que les fortes exigences du marché. Les bureaux de catégorie A, les centres commerciaux et surtout les usines implantées dans les zones industrielles constituent aujourd'hui les segments les plus dynamiques.
Les exigences de plus en plus strictes relatives aux « labels verts » et à l'empreinte carbone imposées par des marchés d'exportation tels que l'Union européenne, les États-Unis ou le Japon obligent les entreprises vietnamiennes à verdir leurs infrastructures de production afin d'obtenir le « passeport vert » indispensable à leurs exportations.
– Les bâtiments verts sont souvent associés à des coûts d'investissement élevés. Quelle est aujourd'hui la réalité et quelles difficultés rencontrent les investisseurs ?
La construction de bâtiments verts entraîne effectivement un surcoût initial, dont l'ampleur dépend du niveau de certification recherché, certifié, argent, or ou platine.
Toutefois, cet obstacle financier s'est considérablement réduit grâce aux progrès technologiques et au développement des compétences des cabinets de conseil vietnamiens.
Les outils modernes de simulation énergétique permettent désormais d'optimiser simultanément la conception architecturale, les performances énergétiques et les coûts sur l'ensemble du cycle de vie du bâtiment.
Par ailleurs, le prix des équipements et matériaux économes en énergie a fortement diminué avec la généralisation de ces technologies et l'arrivée de nombreux fournisseurs sur le marché.
Les climatiseurs Inverter ou l'éclairage LED, autrefois considérés comme des solutions haut de gamme, sont aujourd'hui devenus des équipements standards.
Le marché vietnamien des matériaux connaît également une évolution importante. Les vitrages à faible émissivité (Low-E), par exemple, sont désormais produits localement avec un niveau de qualité élevé, facilitant leur accès pour les investisseurs.
Grâce à ces avancées, le délai de retour sur investissement des solutions d'efficacité énergétique est passé de cinq à sept ans à seulement deux à trois ans aujourd'hui.
Malgré ces progrès, plusieurs difficultés subsistent.
Le principal obstacle demeure le financement de l'investissement initial. Viennent ensuite le manque d'informations et d'expérience dans le choix des solutions techniques et des matériaux les plus adaptés.
De nombreux investisseurs redoutent également que les procédures de mesure, de contrôle et de certification réalisées par des organismes spécialisés allongent les délais de réalisation.
Enfin, le maintien des performances environnementales pendant toute la durée d'exploitation nécessite des équipes techniques hautement qualifiées, alors que les sociétés de gestion immobilière continuent encore à développer leurs compétences dans ce domaine.
L'étiquetage énergétique : un levier pour un marché plus transparent
– L'une des principales nouveautés de la Loi révisée sur l'utilisation rationnelle et efficace de l'énergie est l'obligation d'apposer une étiquette énergétique sur les matériaux de construction. Quelles sont vos attentes concernant cette mesure et quel rôle les outils financiers, notamment le futur Fonds pour les économies d'énergie, pourraient-ils jouer ?
L'obligation d'étiquetage énergétique des matériaux de construction est pleinement conforme aux pratiques internationales ainsi qu'aux orientations adoptées par les pays de l'ASEAN.
Après le succès rencontré avec les appareils électroménagers et les moyens de transport, son extension aux matériaux de construction constituera un puissant moteur de la transition écologique du secteur du bâtiment, qui représente actuellement 37 à 40 % de la consommation énergétique nationale.
Les audits énergétiques montrent qu'au Vietnam, les bâtiments disposent d'un potentiel d'économies d'énergie compris entre 10 % et 20 %, à condition de mettre en œuvre de manière coordonnée des solutions concernant l'enveloppe du bâtiment et la gestion technique.
Afin que cette réforme soit efficace sans provoquer de perturbations sur le marché, les autorités, en particulier le ministère de la Construction, devront mettre en place un cadre juridique cohérent assorti d'une feuille de route progressive, privilégiant dans un premier temps les catégories de produits les plus faciles à mettre en œuvre.
La priorité devrait être accordée aux matériaux ayant une influence directe sur la performance énergétique des bâtiments et disposant déjà de normes techniques ainsi que de laboratoires d'essais reconnus, notamment les vitrages de construction, les matériaux de couverture et les blocs de béton cellulaire autoclavé (AAC).
L'affichage transparent des performances thermiques sur les étiquettes permettra aux architectes et aux bureaux d'études de sélectionner plus facilement les solutions les plus performantes, sans devoir réaliser des essais spécifiques pour chaque projet.
Par ailleurs, le financement vert accordé par le secteur bancaire poursuit sa progression, avec un encours atteignant environ 828 000 milliards de dôngs.
Nous attendons désormais avec beaucoup d'intérêt la création du Fonds national de soutien aux économies d'énergie, qui sera mis en place par le gouvernement.
Ce fonds devrait proposer, par l'intermédiaire des banques commerciales, des prêts à taux préférentiels et des procédures simplifiées, rendus possibles grâce au soutien financier initial de l'État.
Il devrait également accorder une attention particulière aux ESCO (Energy Service Companies), ces sociétés de services énergétiques qui disposent d'une expertise technique approfondie tout en partageant les risques financiers avec les entreprises bénéficiaires.
La combinaison d'un cadre réglementaire transparent, d'un niveau technique toujours plus élevé et d'un soutien financier adapté créera, selon moi, un puissant effet d'entraînement en faveur du développement des bâtiments verts au Vietnam, contribuant ainsi de manière concrète à l'objectif national de neutralité carbone à l'horizon 2050.
– Merci beaucoup pour cet entretien.