Le Vietnam lance son système national de traçabilité des produits agricoles

La mise en service du système national de traçabilité des produits agricoles a aidé le Vietnam à passer d'une gestion décentralisée, assurée au niveau des localités et des entreprises, à une plateforme nationale unifiée de gestion des données.

Des fruits frais vietnamiens sont présentés aux consommateurs allemands. Photo : VNA.
Des fruits frais vietnamiens sont présentés aux consommateurs allemands. Photo : VNA.

Le système national de traçabilité des produits agricoles du ministère de l'Agriculture et de l'Environnement est désormais officiellement opérationnel. Cette mise en service marque un tournant majeur : le Vietnam passe d'une gestion décentralisée, assurée au niveau des localités et des entreprises, à une plateforme nationale unifiée de gestion des données.

Dans un contexte où les marchés d'importation imposent des exigences croissantes en matière de transparence, cet outil ne constitue pas seulement un instrument de gestion, mais devient un véritable « passeport numérique » destiné à faciliter l'accès des produits vietnamiens aux marchés internationaux et à renforcer leur compétitivité.

À l'heure actuelle, le système recense plus de 18 500 produits répartis en 181 groupes, avec la participation de 170 entreprises issues de 24 des 34 provinces et villes impliquées.

Toutefois, pour que ce système soit pleinement efficace, l’essentiel ne réside pas dans le nombre de codes QR générés, mais dans la qualité et la fiabilité des données mises à jour pour chaque produit.

Hanoï figure parmi les collectivités pionnières en la matière. Dès 2018, la capitale a mis en place son propre système de traçabilité électronique pour les produits agricoles, forestiers et aquatiques.

Lors de l'entrée en service de la plateforme nationale, la ville a rapidement procédé à la normalisation et à la synchronisation de ses données, intégrant 2 823 comptes d'établissements de production et de commercialisation ainsi que plus de 10 100 codes de produits.

Selon Ta Van Tuong, directeur adjoint du Service de l'Agriculture et de l'Environnement de Hanoï, l'interconnexion entre les échelons local et national renforce la sensibilisation des entreprises tout en garantissant la transparence de la production et de la circulation des biens.

Plus important encore, les autorités peuvent désormais suivre les conditions de production en temps réel et contrôler la sécurité sanitaire des aliments pour environ 1 488 chaînes d'approvisionnement provenant de diverses provinces alimentant le marché de la capitale.

D’après les experts, le cœur de la traçabilité réside dans l'établissement d'une base de données complète et régulièrement actualisée sur les zones de culture. Cela représente un défi de taille pour le secteur agricole vietnamien, car la majeure partie des matières premières est produite par des millions de petits exploitants sur des terres morcelées.

To Xuan Phuc, expert de l'organisation Forest Trends, estime que cette base de données dépasse largement le seul objectif de traçabilité. Elle constitue un outil stratégique pour élaborer des politiques publiques fondées sur les réalités du terrain, identifier les risques liés aux infractions foncières ou à la déforestation, et attirer davantage d'investissements dans les régions productrices.

Dans les secteurs du café, du bois et du caoutchouc, de nombreuses entreprises investissent depuis plusieurs années dans le développement de filières d'approvisionnement durables. Cependant, les données qu'elles collectent demeurent le plus souvent à usage interne.

Les experts recommandent donc la mise en place d'un mécanisme de partage d'informations avec les autorités afin d'éviter le gaspillage des ressources et de prévenir les chevauchements fonciers.

L'urgence est d'autant plus grande que plusieurs marchés d'exportation font désormais de la traçabilité une obligation réglementaire. En vertu du Règlement de l'Union européenne sur la déforestation (EUDR), à compter du 30 décembre 2026, les exportations de café, de caoutchouc et de bois vers l'Union européenne devront être entièrement traçables jusqu'à chaque parcelle de production.

To Xuan Phuc estime que le ministère doit rapidement publier la liste des groupes de produits soumis à cette obligation et exiger des entreprises qu'elles partagent leurs données.

De son côté, Ta Van Tuong propose de faire évoluer le système vers une plateforme de services publics.

Il estime également nécessaire d'établir un calendrier de mise en œuvre obligatoire afin d'encourager les entreprises les plus transparentes à valoriser leurs bonnes pratiques et à renforcer leur crédibilité sur les marchés.

Selon le vice-Premier ministre vietnamien Ho Quoc Dung, l'objectif d'exportation de plus de 74 milliards de dollars en 2026 impose une pression forte face au durcissement des règles internationales.

Il est donc impératif de prioriser la traçabilité pour les principales filières et les produits à forte valeur ajoutée, en ciblant notamment les marchés de l'Union européenne, des États-Unis et de la Chine.

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