Toutefois, cette progression cache des défis à relever : les risques de marché, la capacité d'adaptation et la nécessité de stratégies efficaces.
Ces dernières années, les exportations vietnamiennes de tilapias ont maintenu une croissance stable. Le chiffre d'affaires est passé de 17 millions de dollars en 2023 à 41 millions en 2024, avant d’atteindre près de 100 millions de dollars en 2025 (+140 % par rapport à 2024).
Au premier trimestre 2026, il s'est élevé à 35 millions de dollars, marquant une augmentation de près de 190 % en glissement annuel. Fait remarquable, cette croissance s'étend bien au-delà des marchés traditionnels.
Les exportations vers le Brésil en forte hausse
Après plusieurs années de forte dépendance vis-à-vis des marchés traditionnels tels que les États-Unis et l’Europe, l’industrie vietnamienne du tilapia enregistre des signaux positifs avec l’essor rapide du marché brésilien, désormais premier importateur de ce produit au premier trimestre 2026. Cette évolution pourrait ouvrir un nouveau cycle de croissance pour l’un des produits aquatiques les plus prometteurs du Vietnam.
Selon les données de l’Association des producteurs et exportateurs de produits aquatiques du Vietnam (VASEP), au cours des quatre premiers mois de 2026, les exportations vietnamiennes de tilapias vers le Brésil ont atteint près de 26 millions de dollars, représentant 54 % du chiffre d’affaires total à l’exportation de ce produit.
C’est la première fois que le Brésil dépasse les États-Unis pour occuper la première place des importateurs de tilapias vietnamiens.
Cette progression est d’autant plus remarquable que le Brésil figure déjà parmi les grandes puissances mondiales de l’élevage de tilapia. Selon le ministère brésilien de la Pêche et de l’Aquaculture, la production nationale atteint actuellement environ 707 000 tonnes par an, soit près de 70 % de la production aquacole totale du pays.
Cependant, la demande en produits de la mer continue de croître fortement dans ce pays sud-américain de plus de 200 millions d’habitants, notamment dans le segment des produits transformés et des filets surgelés. Cette situation pousse le Brésil à accroître ses importations afin de compenser l’insuffisance de l’offre locale, créant ainsi de nouvelles opportunités pour les entreprises vietnamiennes.
De nombreuses entreprises soulignent que le tilapia vietnamien bénéficie d’atouts importants grâce à ses prix compétitifs, à la stabilité de son approvisionnement et à sa capacité à répondre à des commandes de grande ampleur.
Dans un contexte de fluctuations des prix mondiaux des poissons à chair blanche, le tilapia apparaît comme une alternative attractive pour de nombreux importateurs en raison de son coût plus abordable que celui de la morue ou du colin.
Des exigences techniques accrues
Le Brésil s’impose comme un marché stratégique pour le tilapia vietnamien, mais les défis restent toujours importants. Ce pays renforce actuellement ses mesures de contrôle des importations, tant au niveau fédéral qu’au niveau des États, afin de protéger sa filière nationale.
Récemment, le ministère brésilien de l’Agriculture et de l’Élevage a mis en place ses mesures de contrôle concernant le virus TiLV. Il a exigé que tous les lots importés soient accompagnés d’un certificat attestant l’absence du virus TiLV.
Par ailleurs, un projet de loi visant à interdire les importations de tilapias a été adopté en première lecture par la Chambre des députés du Brésil, tandis que plusieurs États fédérés ont instauré des restrictions à la circulation et à la distribution des produits vietnamiens.
Les exigences relatives à la traçabilité, aux normes sanitaires et à la quarantaine deviennent de plus en plus strictes.
La concurrence internationale s’intensifie également, notamment avec la Chine, premier exportateur mondial de tilapias, qui continue d’élargir ses parts de marché grâce à ses économies d’échelle et à des prix particulièrement compétitifs.
Vers l’objectif d’atteindre un milliard de dollars d’exportations d’ici à 2030
Dans sa stratégie à l’horizon 2030, le ministère vietnamien de l’Agriculture et de l’Environnement identifie le tilapia comme une espèce à fort potentiel, aux côtés des crevettes et du pangasius, et encourage une aquaculture industrielle, technologique et durable.
Pour assurer une croissance durable de cette filière, le vice-ministre de l’Agriculture et de l’Environnement, Vo Van Hung, a souligné l’importance de mettre en œuvre de manière coordonnée quatre groupes de missions prioritaires.
Premièrement, le département des ressources halieutiques et de la surveillance des pêches, en coordination avec celui de l’élevage et de la santé animale, devra finaliser dans les meilleurs délais le dossier national relatif au contrôle des maladies affectant le tilapia, en particulier le virus TiLV. Il devra également mettre en place un système transparent de données sur les zones d’élevage et les alevins afin de servir de base aux négociations internationales.
Deuxièmement, il faut renforcer le dialogue avec les autorités brésiliennes. Le département de la Coopération internationale devra collaborer avec le ministère de l’Industrie et du Commerce ainsi qu’avec le ministère des Affaires étrangères afin d’adresser rapidement une note diplomatique officielle et de préparer l’ensemble des arguments scientifiques et des données nécessaires aux échanges directs avec les autorités compétentes du Brésil.
Troisièmement, le département de la qualité, de la transformation et du développement des marchés devra coopérer avec l’Association vietnamienne des producteurs et exportateurs de produits de la mer (VASEP) afin d’accompagner les entreprises dans la révision de leurs procédés de production, l’amélioration de la qualité, la diversification des produits et l’élargissement des marchés d’exportation, dans le but de réduire leur dépendance à l’égard d’un seul marché.
Quatrièmement, le département des Ressources halieutiques et de la surveillance des pêches est chargé d’élaborer un projet de développement de la filière du tilapia selon une approche méthodique et à long terme. Cela contribuera à faire du tilapia un secteur d’exportation générant un milliard de dollars d’ici à 2030.
Dans un contexte marqué par le renforcement continu des barrières techniques sur les marchés internationaux, une coopération étroite entre les autorités publiques, les associations professionnelles et les entreprises constituera un facteur déterminant pour permettre à la filière du tilapia de relever les défis, de renforcer sa compétitivité et d’élargir durablement ses débouchés à l’exportation.
Devenu un produit mondialisé, le tilapia pourrait s’imposer comme le troisième pilier de l’aquaculture vietnamienne. La forte croissance observée début 2026 confirme la capacité d’adaptation du secteur. En valorisant ses atouts et ses technologies, cette filière contribuera significativement à l’objectif d’atteindre 14 à 16 milliards de dollars d’exportations aquatiques d’ici 2030.
Selon un rapport de l’Association vietnamienne des producteurs et exportateurs de produits de la mer (VASEP), les exportations vietnamiennes de tilapia ont atteint 62 millions de dollars au cours des cinq premiers mois de 2026, soit une progression de 101 % par rapport à la même période de 2025.
Le Brésil demeure le premier marché d’importation du tilapia vietnamien, avec un montant de 34 millions de dollars, représentant plus de la moitié de la valeur totale des exportations vietnamiennes de ce produit.