Une évolution devenue incontournable
Le Vietnam compte aujourd'hui parmi les principaux producteurs et exportateurs mondiaux de produits agricoles, notamment de riz, de café et de fruits tropicaux. Dans le même temps, plusieurs marchés d'exportation majeurs, tels que les États-Unis, l'Union européenne et le Japon, renforcent progressivement leurs exigences en matière de durabilité et d'empreinte environnementale des produits agricoles.
Face à ces nouvelles attentes, l'adoption de modes de production à faibles émissions de carbone apparaît comme une évolution incontournable pour permettre aux produits agricoles vietnamiens de préserver, voire de renforcer, leur compétitivité sur les marchés internationaux.
Au-delà de la lutte contre le changement climatique, cette transition présente des avantages concrets pour les agriculteurs, les entreprises et l'économie nationale. Des pratiques culturales telles que l' « alternance d'irrigation et d'assèchement des rizières » (Alternate Wetting and Drying – AWD), la gestion intégrée des nutriments, l'agriculture biologique, l'agriculture de précision ou encore l'agriculture intelligente face au climat permettent de réduire sensiblement l'utilisation d'intrants — engrais chimiques, produits phytosanitaires ou eau d'irrigation — tout en diminuant les coûts de production et en améliorant les revenus des exploitants.
La réduction des intrants contribue également à restaurer la qualité des sols, à préserver la biodiversité, à limiter les pollutions environnementales et à améliorer la qualité des productions agricoles.
Le développement d'une agriculture à faibles émissions participe ainsi à renforcer l'image d'un Vietnam engagé en faveur de la protection de l'environnement. Il ouvre également la voie à une participation accrue aux marchés du carbone, qu'ils soient volontaires ou réglementés, favorisant l'émergence de projets de crédits carbone dans le secteur agricole et la création de nouvelles sources de financement pour les agriculteurs, les coopératives et les entreprises.
Mieux protéger l'environnement et s'adapter au changement climatique
Afin d'accélérer cette transition, le ministère vietnamien de l'Agriculture et de l'Environnement a approuvé un Programme de production agricole à faibles émissions dans le secteur des cultures végétales pour la période 2025-2035, avec une vision à l'horizon 2050, ainsi que la création d'un comité de pilotage chargé de sa mise en œuvre.
À ce jour, 22 provinces et grandes villes ont adopté leur propre plan d'action. Plusieurs organisations internationales, entreprises et collectivités locales participent déjà à des programmes pilotes de réduction des émissions.
Dans la province de Quang Tri, un modèle de riziculture à faibles émissions est ainsi déployé dans treize communes sur une superficie de plus de 6 000 hectares. La ville de Hué expérimente de son côté le programme technique « Trois réductions, trois augmentations », tandis que la province de Hung Yen prévoit d'appliquer la méthode AWD sur 3 000 hectares de rizières en 2026, avec des dispositifs de mesure destinés à quantifier les réductions d'émissions.
Les autorités estiment toutefois que les objectifs fixés ne pourront être atteints qu'à travers une stratégie nationale cohérente et de long terme, combinant innovations techniques, politiques publiques, mécanismes de financement, recherche scientifique, formation, communication et coopération internationale. La participation active des collectivités locales, des coopératives, des entreprises et des agriculteurs demeure également essentielle.
Selon Hoang Trung, vice-ministre de l'Agriculture et de l'Environnement, le principal objectif du programme est de construire un secteur agricole durable, résilient face au changement climatique, capable de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, d'abaisser les coûts de production, d'améliorer les revenus des agriculteurs et de renforcer la position des produits agricoles vietnamiens sur les marchés internationaux.
Dans les prochaines années, le ministère prévoit de finaliser des protocoles techniques spécifiques pour les principales cultures stratégiques, notamment le riz, le maïs, le café et le durian, afin d'accélérer la réduction des émissions. Des projets pilotes seront également développés, parallèlement à la mise en place d'un système national harmonisé de mesure, de notification et de vérification des émissions (MRV).
Pour la riziculture, la priorité sera donnée à la généralisation de la méthode AWD. Dans la filière café, les autorités encourageront le développement de modèles d'économie circulaire, la réduction de la consommation d'eau, l'utilisation accrue d'engrais organiques, la valorisation des sous-produits agricoles ainsi que la restauration de la fertilité des sols.
Les filières fruitières, notamment le durian, le fruit du dragon, la mangue et le fruit de la passion, devront quant à elles améliorer la gestion des résidus agricoles afin de répondre aux exigences croissantes des marchés internationaux en matière de production durable.
À travers ces mesures, le Vietnam entend accélérer la transition écologique de son agriculture, renforcer sa résilience face au changement climatique et consolider la compétitivité de ses exportations agricoles tout en améliorant durablement les revenus des producteurs.