Le méthane, un enjeu majeur à maîtriser
Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), la concentration de méthane dans l’atmosphère a atteint un niveau record au cours des dernières décennies, principalement en raison des activités agricoles. Sans mesures de contrôle, cette hausse continuera d’accélérer le réchauffement climatique et d’aggraver les effets du changement climatique.
Au Vietnam, l’agriculture représente environ 30 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. Les émissions proviennent principalement de trois secteurs : la riziculture irriguée (50 %), l’élevage (19 %) et la gestion des sols ainsi que l’utilisation des engrais (13 %).
Les études montrent que les principales causes de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre dans la production rizicole au Vietnam sont l’intensification non durable des cultures, l’utilisation excessive d’engrais et d’eau d’irrigation, la mauvaise gestion des résidus de récolte (paille, balle de riz) ainsi que le recours à des pratiques agricoles peu économes en énergie.
En agriculture, la riziculture irriguée constitue la principale source d’émissions de méthane en raison de son mode de culture. Les rizières restent inondées durant toute la saison, créant un milieu anaérobie favorable aux micro-organismes qui décomposent la matière organique et produisent du méthane. La décomposition de la paille, des engrais organiques et des résidus végétaux sous l’eau accentue encore ce phénomène.
Avec plus de 7 millions d’hectares de rizières cultivées chaque année, le Vietnam figure parmi les pays où les émissions de méthane d’origine agricole représentent une part importante des émissions nationales de gaz à effet de serre.
Des solutions multiples pour réduire les émissions
La réduction des émissions de méthane issues de l’agriculture est devenue une priorité au Vietnam. Afin d’honorer ses engagements internationaux et d’améliorer la qualité de l’environnement agricole, le pays s’est fixé pour objectif de réduire d’au moins 30 % ses émissions de méthane d’ici 2030, par rapport au niveau de 2020. Plusieurs mesures sont mises en œuvre pour atteindre cette cible.
Le recours à une irrigation maîtrisée, visant à réduire la durée d’inondation des rizières, constitue l’un des moyens les plus efficaces. La technique de l’alternance d’inondation et d’assèchement (AWD) est déjà largement déployée. Elle consiste à laisser les parcelles s’assécher naturellement entre deux irrigations, favorisant ainsi la diffusion de l’oxygène dans le sol et l’oxydation du méthane au niveau des racines du riz. Cette méthode peut réduire jusqu’à 50 % des émissions de méthane tout en maintenant les rendements.
La conversion des rizières en cultures sèches représente également une solution efficace, ces dernières générant beaucoup moins de gaz à effet de serre. Toutefois, afin de préserver la sécurité alimentaire nationale, la conversion des terres rizicoles n’est autorisée que dans certaines zones approuvées par les autorités.
L’alternance des cultures, consistant à remplacer deux ou trois récoltes annuelles de riz par un système associant une récolte de riz et une culture maraîchère, permet de réduire la durée d’inondation des rizières et, par conséquent, les émissions de méthane. Cette pratique, déjà expérimentée dans plusieurs localités, offre également une meilleure rentabilité économique. Le développement du modèle riz-crevette, qui alterne riziculture et aquaculture, contribue lui aussi à diversifier la production, à améliorer les revenus des agriculteurs et à réduire les émissions de méthane par rapport à la monoculture du riz.
Par ailleurs, ces dernières années, les agriculteurs vietnamiens ont progressivement abandonné le brûlage des résidus agricoles, notamment de la paille, au profit de leur collecte, de leur tri, de leur traitement, de leur réutilisation ou de leur valorisation. Le recours aux engrais organiques améliore la qualité des sols tout en limitant les émissions de gaz à effet de serre par rapport aux engrais chimiques. D’autres pratiques, telles que l’agriculture sans labour, l’agriculture biologique ou les cultures associées, permettent également de préserver les sols tout en réduisant les émissions.
Grâce à cet ensemble de solutions, soutenues par des politiques publiques et le développement des technologies, le Vietnam progresse vers une réduction significative de ses émissions de méthane. Une démarche qui contribue au respect de ses engagements internationaux en matière de lutte contre le changement climatique et accompagne la transition vers une agriculture plus verte, plus intelligente et plus durable.