Le poivre vietnamien accélère sa montée en gamme

Les exportations vietnamiennes de poivre ont maintenu une dynamique de croissance positive au cours des sept premiers mois de 2026.

Le poivre affiche une croissance soutenue. Photo : VNA.
Le poivre affiche une croissance soutenue. Photo : VNA.

Malgré les défis liés à la baisse de l’offre intérieure et aux fluctuations constantes des marchés d’exportation, les exportations vietnamiennes de poivre ont maintenu une dynamique de croissance positive au cours des sept premiers mois de 2026. Dans le même temps, les exportations de cannelle sont restées quasiment stables, tandis que celles de badiane ont affiché une tendance à la baisse.

Ces évolutions montrent que la demande internationale conserve un potentiel, mais que le secteur vietnamien des épices doit accélérer sa transition, en passant d’une stratégie fondée sur l’augmentation des volumes à un modèle privilégiant la qualité, la transformation en profondeur et la diversification des marchés.

Selon les statistiques préliminaires de l’Association du poivre et des épices du Vietnam (VPSA), en juillet 2026, le Vietnam a exporté 22 743 tonnes de poivre, pour une valeur de 147,3 millions de dollars, soit une baisse de 1,6% en volume et de 2,6% en valeur par rapport à juin, mais une hausse de 8,8% en volume sur un an. Au cours des sept premiers mois, les exportations de poivre ont atteint 168 429 tonnes, pour une valeur de 1,087 milliard de dollars, en hausse de 16,1% en volume et de 10,1% en valeur par rapport à la même période de 2025.

Sur le plan des marchés, l’Asie demeure la principale région d’exportation, avec 76 845 tonnes, en hausse de 12,3% sur un an, représentant 45,6% du volume total exporté. L’Amérique a absorbé 45 470 tonnes, en forte hausse de 34%, soit 27% du total, tandis que l’Europe a enregistré 36 140 tonnes, en hausse de 7,5%, représentant 21,5%. Les exportations vers l’Afrique ont également progressé de 10%, pour atteindre 9 964 tonnes.

Parmi les marchés individuels, les États-Unis restent en tête avec 40 712 tonnes, en hausse de 31,8% sur un an. La Chine a importé 17 110 tonnes, en hausse de 55,8%, les Pays-Bas 6 136 tonnes (+48,8%) et la Thaïlande 6 913 tonnes (+88,7%). À l’inverse, les exportations vers l’Allemagne ont diminué de 18,1% et celles vers l’Inde de 26,4%.

Dans le sens inverse, les entreprises vietnamiennes ont importé en juillet 3 614 tonnes de poivre, pour une valeur de 21,6 millions de dollars, en forte baisse par rapport à juin, mais en hausse de 13,8% sur un an en volume. Sur les sept premiers mois, les importations de poivre ont atteint 48 812 tonnes, pour une valeur de 279,3 millions de dollars, soit des hausses respectives de 55,1% en volume et de 43% en valeur par rapport à la même période de 2025.

Le Cambodge demeure la principale source d’approvisionnement, avec 25 413 tonnes, en hausse de 256,9%, représentant 52,1% du volume total importé. Cette évolution montre qu’au-delà de sa production nationale, le Vietnam joue également un rôle de centre de transformation et de commercialisation de produits à forte valeur ajoutée au sein de la chaîne d’approvisionnement mondiale du poivre.

Alors que le poivre affiche une croissance soutenue, les exportations de cannelle tendent à stagner. En juillet 2026, le Vietnam a exporté 11 788 tonnes de cannelle, pour une valeur de 30,3 millions de dollars, soit une baisse de 6,5% en volume et de 5,1% en valeur par rapport au mois précédent, mais une hausse de 13,6% en volume sur un an. Sur les sept premiers mois, les exportations de cannelle ont atteint 73 085 tonnes, pour une valeur de 186,5 millions de dollars, en légère baisse de 1% en volume et de 0,6% en valeur par rapport à la même période de 2025.

L’Asie demeure le principal marché de la cannelle, avec 50 085 tonnes, représentant 68,5% du volume total exporté, mais en baisse de 9,1% sur un an. En revanche, les exportations vers l’Amérique ont atteint 15 108 tonnes, en hausse de 32,8%, celles vers l’Europe 5 644 tonnes (+1,6%) et celles vers l’Afrique 2 248 tonnes (+28,3%). L’Inde reste le premier marché individuel avec 29 530 tonnes, soit 40,4% du volume total, en légère baisse de 0,9%.

Ces chiffres montrent que la cannelle dispose encore d’un potentiel de diversification, notamment sur les marchés américain et africain, dans un contexte de recul des exportations vers l’Asie.

Concernant la badiane, le Vietnam a exporté en juillet 1 191 tonnes, pour une valeur de 4,8 millions de dollars, en baisse de 19,2% en volume et de 19% en valeur par rapport à juin, mais en forte hausse de 97,8% en volume sur un an. Sur les sept premiers mois, les exportations de badiane se sont établies à 8 434 tonnes, pour une valeur de 33,4 millions de dollars, en baisse de 9,1% en volume et de 6,2% en valeur par rapport à la même période de 2025.

L’Asie reste le principal débouché de la badiane, avec 6 474 tonnes, représentant 76,8% du volume total exporté, mais en baisse de 18,4%. À elle seule, l’Inde a absorbé 5 220 tonnes, soit 61,9% du total, en baisse de 25,2%. À l’inverse, les exportations de badiane vers l’Amérique ont atteint 1 280 tonnes, en hausse de 33,2%, tandis que celles vers l’Europe se sont élevées à 633 tonnes, en hausse de 81,9%.

Concernant les perspectives du marché du poivre et des épices, Lê Viêt Anh, secrétaire général de la VPSA, a indiqué qu’à court terme, les prix du poivre devraient rester stables si la situation géopolitique mondiale ne connaît pas de changements majeurs. En cas d’apaisement des tensions au Moyen-Orient, les prix pourraient repartir à la hausse, les stocks sur les marchés importateurs étant tombés à de faibles niveaux, tandis que l’offre des principaux pays producteurs se situe à son plus bas niveau depuis plusieurs années.

Selon Ngô Xuân Nam, directeur adjoint du Bureau vietnamien de notification et d’enquête sur les mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS Vietnam), la production durable et le développement de chaînes de valeur du poivre à faible émission de carbone deviennent désormais des exigences incontournables. Les clients internationaux ne s’intéressent plus uniquement au goût des produits, mais exigent également une plus grande transparence en matière de traçabilité et la capacité à respecter les normes environnementales et les exigences relatives aux émissions.

À long terme, Lê Viêt Anh, secrétaire général de la VPSA, estime que le défi du secteur vietnamien du poivre et des épices n’est plus d’étendre les superficies cultivées pour accroître la production. Après plus de 20 ans à occuper la première place mondiale en matière d’exportation de poivre, le Vietnam entre dans une nouvelle phase de développement, alors que les possibilités d’extension des surfaces cultivées sont désormais quasiment épuisées.

La disponibilité des terres se réduit, tandis que le poivre doit faire face à la concurrence d’autres cultures. Parallèlement, les nouvelles réglementations des marchés importateurs, notamment le Règlement de l’Union européenne sur la déforestation (EUDR), imposent des exigences de plus en plus strictes en matière de production. Le secteur du poivre ne peut donc plus compter uniquement sur l’augmentation des volumes ou la concurrence par les prix, mais doit évoluer vers un modèle de croissance fondé sur la qualité, la marque et la valeur ajoutée.-

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