Avec plus de 100 000 hectares de caféiers et des centaines de milliers de ménages producteurs, la province de Gia Lai, dans les Hauts Plateaux du Centre du Vietnam, doit normaliser ses zones de production, compléter les données foncières, géolocaliser les superficies cultivées et mettre en place un système de traçabilité.
Du caféier aux données sur les zones de production
En 2025, le chiffre d’affaires à l’exportation du café de Gia Lai a, pour la première fois, dépassé 1,5 milliard de dollars. Au cours des sept premiers mois de 2026, ce produit a généré 976,5 millions de dollars, soit 41,5 % du chiffre d’affaires total des exportations de la province. Le café de Gia Lai est présent dans plus de 60 pays et territoires, l’Union européenne (UE) constituant l’un de ses marchés importants.
Selon l’EUDR (le Règlement européen contre la déforestation - European Union Deforestation Regulation), le café exporté vers l’UE doit être issu d’une production légale et ne doit pas provenir de terres ayant fait l’objet d’une déforestation ou d’une conversion de forêts après le 31 décembre 2020. Les entreprises doivent pouvoir assurer la traçabilité des produits jusqu’aux zones de production grâce à des données précises.
Il s’agit d’un défi majeur pour la filière café de Gia Lai, où la majeure partie des superficies est exploitée par de petits producteurs individuels. La province doit établir des bases de données sur les zones de production, examiner l’état actuel des forêts, normaliser les informations foncières et renforcer les liens entre agriculteurs, coopératives, collecteurs et entreprises exportatrices.
Au cours des sept premiers mois de 2026, les exportations de café ont atteint 976,5 millions de dollars, représentant 41,5 % du chiffre d'affaires total des exportations de la province.
Gia Lai a créé un groupe de travail public-privé sur l’EUDR, réunissant des services et secteurs concernés, des entreprises, des coopératives et des organisations internationales. Le Centre de vulgarisation agricole relevant du Service de l’agriculture et de l’environnement collabore avec le projet SAFE, soutenu par la GIZ, pour former des formateurs de référence à l’EUDR parmi les cadres techniques, les entreprises et les coopératives.
À la mi-juillet 2026, 57 sessions de formation avaient été organisées dans 33 communes prioritaires, réunissant 1 710 participations d’agriculteurs. L’ensemble du programme devrait compter environ 105 sessions. Les formations portent notamment sur les exigences de l’EUDR, l’amélioration de la qualité du café, la traçabilité au moyen de codes QR, les données de géolocalisation et la preuve que les superficies de production ne résultent pas de la déforestation.
Les entreprises ne peuvent pas « avancer seules »
Dans les zones de production, la mise en place de partenariats avec les entreprises permet aux agriculteurs de modifier leurs méthodes de production tout en bénéficiant d’avantages concrets. M. Uê, responsable d’un groupe de production de café conforme au standard 4C dans la commune de Đăk Đoa, indique que le groupe compte 100 ménages exploitant plus de 200 hectares et qu’il est lié à la société Vinh Hiep depuis 2015.
Grâce aux conseils et à l’accompagnement pour appliquer les normes de production, le rendement atteint 4 à 5 tonnes de café vert par hectare, contre environ 2 tonnes auparavant. L’entreprise accorde également une prime d’environ 200 dôngs par kilogramme lors de l’achat, par rapport au prix du marché.
Pour la société Vinh Hiep, l’Europe représente environ 60 % du volume total de café exporté. Chaque année, l’entreprise exporte environ 160 000 tonnes de café vers 58 pays, tout en développant un réseau de production durable conforme aux normes internationales et en mettant l’accent sur le respect de l’EUDR.
Selon Thai Nhu Hiep, président du Conseil des membres et directeur général de la société Vinh Hiep, également vice-président de l’Association vietnamienne du café et du cacao (VICOFA), l’EUDR ne concerne pas uniquement les entreprises exportatrices. Les entreprises ont besoin des données sur les zones de production fournies par les agriculteurs ; les agriculteurs ont besoin que les entreprises les accompagnent et garantissent leurs débouchés ; les collecteurs et autres intermédiaires doivent jouer le rôle de passerelle au sein de la chaîne.
Outre Vinh Hiep, des entreprises telles que Hoa Trang Gia Lai, Tin Thanh Dat et Louis Dreyfus Company Vietnam investissent également dans les systèmes de prétraitement, de transformation et de stockage, ainsi que dans la modernisation des technologies.
Les principaux marchés, tels que les États-Unis et le Japon, exigent également de plus en plus des normes plus élevées en matière de qualité, de traçabilité et de responsabilité environnementale.
La normalisation de la production et la mise en place de zones de production durables ne visent pas seulement à répondre aux exigences de l’UE. Elles permettent également à la filière café de s’adapter aux exigences toujours plus élevées de marchés tels que les États-Unis et le Japon en matière de qualité, de traçabilité et de responsabilité environnementale.
Selon Cao Thanh Thuong, directeur du Service de l’agriculture et de l’environnement de la province de Gia Lai, le respect de l’EUDR constitue actuellement une mission prioritaire du secteur. Le niveau élevé des prix du café et la forte valeur économique générée par unité de superficie incitent les producteurs à accorder davantage d’attention aux techniques agricoles et à participer à des chaînes de production durables.
Gia Lai bénéficie actuellement d'atouts considérables en termes de superficie de production de matières premières et de capacité d'exportation. Cependant, pour transformer ces atouts en valeur durable, l'enjeu n'est plus de savoir combien d'hectares de café supplémentaires planter, mais plutôt comment garantir que chaque hectare possède une origine claire, un processus transparent et réponde aux exigences des marchés les plus exigeants. Dans ce cas, l'EUDR ne serait pas seulement un « passeport » permettant aux grains de café de Gia Lai de maintenir leur présence en Europe, mais pourrait également catalyser l'ensemble de la filière caféière afin d'améliorer les normes de production, d'accroître la valeur ajoutée et de s'intégrer davantage à la chaîne d'approvisionnement mondiale.