La transformation des modes de production agricole est désormais une exigence incontournable dans le processus de développement de la société moderne et d’intégration internationale.
La mise en place d’un système intégré d’application des sciences et des technologies à l’ensemble de la chaîne de valeur agricole est considérée comme la « clé » pour concrétiser l’objectif d’une agriculture verte et durable.
Les nouvelles tendances de l’agriculture moderne
Au cours des cinq dernières années, les produits agricoles ont non seulement continué à répondre aux besoins du marché intérieur, mais ont également enregistré une forte progression de leur valeur à l’exportation.
Toutefois, le secteur agricole reste confronté à de nombreux défis d’envergure mondiale, notamment le changement climatique, la dégradation des ressources naturelles et les exigences des marchés internationaux en matière de traçabilité, de réduction des émissions et de protection de l’environnement.
L’orientation stratégique en faveur de la croissance verte de la production agricole impose d’intensifier le recours aux sciences et aux technologies.
La transformation numérique figure ainsi parmi les priorités essentielles pour garantir la sécurité alimentaire tout en préservant les intérêts économiques.
Selon la définition de la Banque mondiale (BM), l’agriculture écologique met l’accent sur les interactions entre les dimensions environnementale, sociale et économique du système alimentaire (food system).
Celui-ci doit reposer sur une application cohérente de procédés et de technologies intelligents et respectueux de l’environnement, une utilisation efficiente des intrants et des ressources, ainsi qu’une valorisation accrue des produits, afin de garantir une croissance verte et durable tout en préservant la diversité et la richesse culturelles du système.
L’adoption des avancées scientifiques et technologiques, l’orientation vers une agriculture circulaire et l’adaptation au changement climatique, en vue de constituer des chaînes de valeur vertes et durables, constituent aujourd’hui une tendance de fond de l’agriculture mondiale.
Selon le Dr Pham Hong Hien, de l’Institut des sciences agronomiques du Vietnam (VAAS), une chaîne de valeur verte permet à l’agriculture de réduire les pertes tout au long du processus de production, d’atteindre l’objectif de faibles émissions, de garantir la qualité des produits, d’en accroître la valeur et de protéger l’environnement, tout en garantissant une traçabilité fiable et transparente de leur origine.
C’est pourquoi le secteur agricole doit opérer des avancées décisives dans le développement des chaînes de production et la mise en place de chaînes de valeur circulaires, afin de répondre aux exigences environnementales, de réduire les émissions, d’améliorer l’efficacité de l’utilisation des ressources et de renforcer la compétitivité des produits.
Dans cette perspective, la condition sine qua non de la mise en place et de la gouvernance d’une chaîne de valeur verte réside dans l’intégration d’un large éventail de solutions scientifiques et technologiques, telles que les biotechnologies, les techniques agricoles modernes et les technologies numériques.
Les principaux obstacles à lever
Les recherches menées par les scientifiques de l’Institut des sciences agronomiques du Vietnam montrent que, dans le monde, les applications scientifiques et technologiques destinées à la gouvernance des chaînes de valeur vertes couvrent l’ensemble du processus, de la production à la commercialisation.
Dans le domaine de la production, ces technologies sont déployées dès la sélection et la création variétales : édition génomique, sélection assistée par marqueurs moléculaires, culture de tissus et micropropagation, obtention de variétés exemptes de maladies, hybridation, etc.
Elles concernent également les techniques culturales modernes, telles que l’agriculture intelligente face au climat, la gestion et l’optimisation de l’irrigation et de la fertilisation, les cultures intercalaires et associées, la polyculture, les systèmes agricoles circulaires, les fermes intelligentes, les systèmes d’information géographique (SIG) et les drones.
S’y ajoutent les biotechnologies et les technologies faisant appel aux microorganismes : engrais organiques et microbiens, technologies enzymatiques et microbiennes, produits phytosanitaires biologiques, pièges biologiques, ainsi que l’Internet des objets (IoT) appliqué à la gestion des ravageurs et des maladies.
Dans les domaines de la transformation et de la conservation, sont notamment utilisées les technologies à atmosphère contrôlée, le séchage à froid et les solutions d’emballage biologique.
En matière de commercialisation et de gouvernance de la chaîne, de nombreux pays ont recours à la blockchain pour assurer la traçabilité des produits, à l’intelligence artificielle (IA) et au Big Data pour anticiper les évolutions du marché, ainsi qu’à des systèmes de gestion des exploitations agricoles et des chaînes d’approvisionnement fondés sur les progiciels de gestion intégrée (ERP), la logistique, etc.
Au Vietnam, plusieurs modèles de chaînes de valeur agricoles vertes ont progressivement démontré leur efficacité.
Dans plusieurs provinces du delta du Mékong, des modèles de riziculture intelligente s’appuient sur l’IoT, l’IA et la télédétection pour prévoir les conditions météorologiques, les pluies et les inondations ainsi que l’apparition des ravageurs et des maladies.
La blockchain contribue quant à elle à assurer la traçabilité. Ces technologies permettent de réduire de 30 à 50 % les volumes d’eau d’irrigation et de 20 % l’utilisation d’engrais et de produits phytosanitaires, tout en augmentant les rendements de 10 à 15 %.
À Da Lat, dans la province de Lam Dong, le modèle associant culture hydroponique, IoT et blockchain repose sur un système hydroponique en circuit fermé, des capteurs de pH et de conductivité électrique (CE), ainsi que des serres automatisées. Il permet de multiplier les rendements par six, de réduire de 80 % la consommation d’eau d’irrigation et de supprimer l’utilisation de produits phytosanitaires.
Dans la province de Dak Lak, un modèle de production de café à faible empreinte carbone permet de réduire de 40 % les volumes d’eau d’irrigation, d’augmenter les rendements de près de 30 % et de diminuer de 20 % les émissions de CO₂.
Dans le nord du pays, de nombreuses technologies sont également mises en œuvre dans les zones de production fruitière de Son La. Elles permettent aux zones de production concentrée de réduire de 30 % leurs besoins en main-d’œuvre et de porter jusqu’à 90 % la proportion de fruits de première catégorie répondant aux normes d’accès au marché de l’Union européenne.
Les bénéfices et l’efficacité que les sciences et les technologies procurent aux chaînes de valeur agricoles vertes sont désormais indéniables dans le contexte actuel. Il n’en demeure pas moins que plusieurs obstacles restent à lever.
Selon Nguyen Huy Hoang, expert de l’Institut de stratégie et de politiques économiques du ministère des Finances, le secteur agricole vietnamien ne dispose pas encore de suffisamment de zones de production à grande échelle, ce qui rend difficile la mise en œuvre coordonnée des solutions.
Par ailleurs, la transition des modes de production traditionnels vers des systèmes fondés sur les sciences et les technologies nécessite des investissements considérables, alors même que le pays ne dispose pas encore d’un système de financement vert véritablement efficace.
Par ailleurs, la constitution de zones de production concentrée n’est encore qu’à ses débuts, tandis que la coopération interrégionale nécessaire à la formation de chaînes de valeur vertes et à l’édification d’une agriculture circulaire à grande échelle reste encore à structurer.
À cela s’ajoute la pénurie de main-d’œuvre hautement qualifiée.
Développer l’agriculture autour de chaînes de valeur et favoriser leur structuration à l’échelle régionale constituent donc une exigence incontournable pour bâtir une agriculture verte et durable, renforcer la compétitivité du secteur et approfondir son intégration internationale.
Pour y parvenir, au-delà des exigences en matière de financement et de ressources humaines, les sciences et les technologies doivent être placées au premier rang des priorités en matière de recherche, d’investissement, d’application et de déploiement à grande échelle.