L’économie verte ne se résume pas à la réduction des émissions ou à la protection de l’environnement. Elle repose sur une nouvelle approche de la croissance : développer l’économie tout en réduisant progressivement sa dépendance aux ressources naturelles, aux énergies fossiles et aux activités nuisibles à l’environnement.
Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), l’économie verte est un modèle de développement visant à améliorer le bien-être humain et à garantir l’équité sociale, tout en réduisant les risques environnementaux et la dégradation des ressources naturelles. Elle repose sur trois grands axes : une économie bas carbone, une utilisation efficace des ressources et l’inclusion.
Cette approche transforme la conception des ressources économiques. Les terres, l’eau, les forêts, les écosystèmes et les ressources naturelles ne sont plus seulement des facteurs de production, mais aussi des « capitaux naturels » à préserver et à utiliser efficacement. Production, distribution et consommation doivent ainsi contribuer à préserver les ressources naturelles, tandis que les services écosystémiques sont considérés comme des ressources économiques dont la valeur doit être évaluée et l’utilisation rationnelle.
Selon la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE-ONU), l’économie verte ne constitue pas un modèle unique, mais englobe différentes approches : croissance verte, production plus propre, bioéconomie, utilisation efficace des ressources et développement des infrastructures vertes.
Le point commun de ces approches est de créer plus de valeur en consommant moins de ressources et en émettant moins. C’est le principe du « découplage », qui vise à dissocier progressivement la croissance économique de la consommation de ressources et des émissions, notamment grâce aux énergies renouvelables, aux économies d’énergie, à une meilleure utilisation des matières premières et à la réduction de la pollution.
Ainsi, le « vert » n’est plus extérieur à la question de la croissance. Il devient progressivement un élément de la manière dont les économies définissent leurs avantages, répartissent leurs ressources et choisissent leurs technologies.
Quand le vert devient un moteur
L’économie verte est de plus en plus considérée par les pays comme une voie permettant de répondre aux limites des modèles de croissance traditionnels.
Après les crises financière, énergétique et alimentaire mondiales de 2008, et face aux alertes sur les « limites planétaires », l’ONU et plusieurs organisations internationales ont commencé à promouvoir l’économie verte. Celle-ci vise à réduire les impacts environnementaux, à restructurer les modèles de développement et à lutter contre la pauvreté et les inégalités, tout en réorientant un modèle de croissance fortement dépendant des ressources et des énergies fossiles.
Loin de se limiter aux enjeux environnementaux, l’économie verte devient un nouveau moteur de croissance. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), en 2023, le secteur des énergies propres a contribué à hauteur d’environ 320 milliards de dollars à la croissance du PIB mondial, soit près de 10 % de la croissance de l’économie mondiale. Depuis 2021, le nombre d’emplois dans les énergies propres dépasse également celui du secteur des énergies fossiles.
Plusieurs études prévoient qu’à l’horizon 2030, les énergies renouvelables, les infrastructures vertes et les industries bas carbone pourraient créer des dizaines de millions d’emplois dans le monde. La transition verte ouvre ainsi de nouveaux espaces de développement et devient un levier des stratégies industrielles et de la compétitivité des pays.
Dans un contexte de concurrence stratégique accrue entre les grandes puissances, l’économie verte est de plus en plus liée au poids économique des États. La capacité à développer et commercialiser des technologies comme l’éolien, le solaire, le stockage de l’énergie, les véhicules électriques ou les réseaux intelligents devient déterminante pour la place des pays dans les chaînes de valeur industrielles mondiales.
De nombreux pays ne considèrent donc plus l’économie verte sous le seul angle de la protection de l’environnement, mais l’associent à la restructuration de leur économie, à l’innovation technologique, au renforcement de leur compétitivité et au repositionnement de leur rôle dans l’économie mondiale.
Trois approches
De nombreux pays ont inscrit l’économie verte et la croissance verte dans des stratégies nationales de long terme, notamment la République de Corée, l’Allemagne et la Chine.
La République de Corée figure parmi les pionniers. En 2008, le président Lee Myung Bak avait annoncé la « croissance verte bas carbone » (Low-carbon, Green Growth) comme vision nationale pour les 60 années à venir. En 2009, le pays a adopté une stratégie nationale de croissance verte à l’horizon 2050 et un plan quinquennal pour 2009-2013, puis une loi-cadre sur la croissance verte bas carbone. L’approche coréenne se distingue ainsi par l’intégration de la croissance verte dans une vision nationale de long terme, soutenue par un cadre juridique et un plan à moyen terme assorti d’objectifs et de ressources clairement définis.
L’Allemagne se distingue par sa politique de transition énergétique, l’« Energiewende », qui vise à réduire de 80 à 95 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 et à parvenir à un approvisionnement énergétique presque sans émissions. Elle repose sur deux piliers : améliorer l’efficacité énergétique et développer massivement les énergies renouvelables, avec la sortie du nucléaire en 2022. L’expérience allemande montre que cette transition de long terme exige une cohérence des politiques et un équilibre entre réduction des émissions, sécurité énergétique et maîtrise des coûts pour les ménages et les entreprises.
La Chine associe le développement vert à la « pensée de Xi Jinping sur la civilisation écologique », considérée comme une caractéristique de la « modernisation à la chinoise ». Elle vise un pic des émissions de CO₂ en 2030 et la neutralité carbone en 2060, tout en ayant réduit de plus de 26 % son intensité énergétique entre 2012 et 2023. Son approche montre l’ampleur et la rapidité que peut prendre la transition verte lorsqu’elle s’inscrit dans une stratégie nationale cohérente et s’accompagne d’une ambition de leadership dans les technologies vertes.
Le point commun de ces expériences est l’institutionnalisation de l’économie verte à travers des lois-cadres, des stratégies de long terme, des objectifs précis de réduction des émissions, des investissements publics et privés dans les technologies propres et des mécanismes de coordination intersectorielle. Ce sont également des éléments essentiels pour tout pays souhaitant engager une véritable transition vers une économie verte.
Le Vietnam face à la transition verte
Le Vietnam a officiellement fait de la croissance verte et de l’économie verte des orientations de développement pour 2021-2030, avec une vision à l’horizon 2050. La décision n° 1658/QD-TTg de 2021, approuvant la « Stratégie nationale de croissance verte pour la période 2021-2030, vision à l’horizon 2050 », vise à restructurer l’économie, renouveler le modèle de croissance, renforcer la compétitivité et tendre vers une économie verte et la neutralité carbone. Ce choix place le Vietnam sur une trajectoire comparable à celle de nombreuses économies pionnières et traduit la prise de conscience des limites d’un modèle de croissance fondé sur les ressources et une main-d’œuvre à bas coût.
La stratégie fixe des objectifs quantitatifs précis : réduire l’intensité des émissions de gaz à effet de serre par unité de PIB d’au moins 15 % d’ici 2030 et de 30 % d’ici 2050 par rapport à 2014 ; augmenter la part des énergies renouvelables dans l’approvisionnement total en énergie primaire ; maintenir le taux de couverture forestière entre 42 et 43 % ; et porter à environ 95 % d’ici 2030 la proportion de déchets solides urbains collectés et traités conformément aux normes, selon la décision n° 1658/QD-TTg.
La quantification de ces objectifs constitue une étape nécessaire pour transformer les orientations stratégiques en bases de suivi, d’évaluation et d’allocation des ressources. Par ailleurs, l’engagement du Vietnam à parvenir à la neutralité carbone d’ici 2050, annoncé lors de la 26e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26), témoigne de son intégration croissante dans la dynamique mondiale de l’économie verte et de la nécessité de transformer en profondeur le modèle de croissance et le système énergétique.
Selon la Confédération du commerce et de l’industrie du Vietnam (VCCI), pour une économie en développement fortement tournée vers l’exportation, la transition vers une économie verte permet également au Vietnam de répondre aux exigences croissantes liées aux mécanismes d’ajustement carbone aux frontières, aux normes vertes dans les chaînes d’approvisionnement et d’attirer les investissements internationaux vers les énergies propres et les infrastructures vertes.
Autrement dit, pour une économie aussi ouverte que celle du Vietnam, l’économie verte n’est plus seulement un objectif environnemental, mais aussi une condition pour préserver les marchés d’exportation et la compétitivité nationale. Dans ce contexte, l’expérience des pays pionniers revêt une importance particulière pour l’élaboration des politiques vietnamiennes.