Animé par ses réflexions sur l’entrepreneuriat, il a non seulement su se faire une place sur un marché hautement concurrentiel, mais aussi contribuer à relier et soutenir la communauté vietnamienne.
Arrivé au Japon en tant qu’ingénieur, mais exerçant d’abord un travail manuel, quel a été le tournant décisif qui vous a permis de construire votre carrière actuelle ?
Pour moi, les principaux obstacles à l’installation au Japon étaient la langue, l’expérience et le capital. Après une période de salariat, lorsque j’ai estimé avoir acquis suffisamment d’expérience, un certain capital et un meilleur niveau de japonais, et surtout lorsque j’ai pris conscience de ma capacité à entreprendre, j’ai commencé à envisager de créer ma propre activité.
La majorité de mes clients sont de jeunes Vietnamiens ayant un parcours similaire au mien à leur arrivée au Japon et ayant un fort besoin d’emploi. Je me suis alors posé des questions : « Pourquoi les Chinois y arrivent-ils et pas nous ? » ou encore « Si l’on travaille pour les Vietnamiens, pourquoi ne pas être Vietnamiens nous-mêmes, plutôt que Chinois ou Japonais ? ». Ces réflexions m’ont poussé à me lancer et à entreprendre.
En développant vos activités au Japon, notamment face à la concurrence des entreprises locales et internationales, comment avez-vous surmonté ces obstacles ?
Je me suis concentré sur la résolution des difficultés rencontrées par les clients vietnamiens, mieux que ne le font les entreprises locales et internationales. Notre principal avantage réside dans l’usage commun de la langue vietnamienne, facilitant les échanges, limitant les malentendus et permettant une compréhension plus claire des situations.
Par ailleurs, j’ai combiné les atouts des cultures d’affaires vietnamienne et japonaise, en adoptant une approche souple et flexible, réduisant la pression sur les travailleurs dans leurs relations avec les partenaires étrangers.
Dans des cas exceptionnels, comme des retards ou des absences, les travailleurs peuvent rattraper leurs heures sans subir de retenue salariale ; les emplois sont également adaptés à chaque profil. Cette approche m’a permis de gagner la confiance et le soutien des clients.
Qu’est-ce qui vous a motivé à vous orienter vers le recrutement et le développement des ressources humaines, un secteur très concurrentiel et exigeant en réseau ?
Au moment où j’ai envisagé de créer mon entreprise, le nombre de Vietnamiens venant étudier et travailler au Japon augmentait fortement. La demande d’emploi était très importante. Il s’agit de la deuxième plus grande communauté étrangère au Japon. Sans entreprises vietnamiennes pour accompagner leurs compatriotes dans ce domaine, les difficultés auraient été considérables pour notre communauté.
J’ai perçu que cette tendance allait se poursuivre, ouvrant un fort potentiel pour le secteur du recrutement et du développement des ressources humaines, d’autant que je disposais d’avantages comparatifs face aux entreprises locales et internationales.
Par ailleurs, mon réseau de collaborateurs vietnamiens est présent dans de nombreuses régions du Japon. Je participe également activement à des activités communautaires, notamment aux programmes de l’Organisation d’échanges internationaux Vietnam-Japon, en apportant un soutien financier et en contribuant à la création d’espaces culturels et spirituels pour la communauté vietnamienne.
Vous avez développé plusieurs plateformes communautaires en ligne, telles que Tokyo Baito, Osaka Baito 24 h ou Nagoya Baito. S’agit-il de canaux essentiels pour les Vietnamiens au Japon ?
On peut dire que la plupart de ces plateformes ont été créées et sont exploitées par moi. En japonais, « baito » désigne un emploi à temps partiel ou un travail supplémentaire, un besoin essentiel pour la majorité des Vietnamiens au Japon.
Au départ, ces plateformes fournissaient principalement des offres d’emploi par région. Progressivement, j’ai élargi les contenus à d’autres domaines, tels que la vie quotidienne, le partage d’expériences et la diffusion d’informations utiles et fiables pour la communauté. Aujourd’hui, une grande partie des Vietnamiens au Japon suivent et consultent régulièrement ces pages.
J’ai également repris et développé certaines plateformes déjà dotées d’une base d’utilisateurs afin d’en améliorer l’efficacité.
Comment percevez-vous la responsabilité des Vietnamiens de l’étranger envers leur pays d’origine, notamment dans le contexte d’intégration internationale croissante du Vietnam ?
En fournissant des ressources humaines vietnamiennes aux entreprises japonaises, les travailleurs acquièrent de l’expérience et deviennent ensuite des relais de savoir vers leur pays d’origine. Beaucoup rentrent au Vietnam après quelques années pour entreprendre ou travailler, contribuant ainsi aux échanges économiques entre les deux pays.
Selon moi, les Vietnamiens de l’étranger constituent également une force importante de la diplomatie populaire, contribuant à diffuser la culture vietnamienne et à renforcer l’image d’un pays dynamique, accueillant et responsable.
Créer un environnement de travail adapté à la communauté, renforcer la solidarité et l’entraide dans le pays d’accueil, tout en contribuant au développement du pays d’origine, est une aspiration commune à de nombreux Vietnamiens expatriés.
En parallèle de vos activités économiques, vous envisagez de créer un centre pour orphelins et personnes handicapées au Vietnam ?
Ce projet est lié à mon histoire personnelle. Dans mon enfance, j’ai été élevé dans un orphelinat. Sans de telles structures, de nombreux enfants se retrouveraient dans des situations très difficiles. Ce sont des lieux où ils sont pris en charge, nourris, scolarisés et entourés.
J’espère que le centre que je souhaite construire offrira davantage d’opportunités à ces enfants, leur permettant de surmonter les difficultés et de grandir. J’aimerais que davantage d’entre eux puissent s’élever et prendre en main leur destin, comme je l’ai fait.
Je vise un chiffre d’affaires annuel de 100 milliards de yens et consacrerai 5 % des bénéfices à des activités sociales pour la communauté vietnamienne au Japon ainsi qu’à des projets caritatifs au Vietnam.
Do Nhu Tuan, né en 1988, est arrivé au Japon en 2013 après avoir obtenu un diplôme en électronique et télécommunications à l’Université polytechnique de Ho Chi Minh-Ville. Il a débuté comme ouvrier dans des usines de transformation alimentaire dans la ville portuaire de Kobe. Malgré son diplôme d’ingénieur, il n’a pas hésité à commencer par des travaux manuels, accumulant progressivement de l’expérience et apprenant le fonctionnement des entreprises.
Grâce à sa diligence et à sa volonté de progresser, il s’est rapidement vu confier des responsabilités en gestion des ressources humaines. Face aux besoins croissants de la communauté vietnamienne au Japon, il s’est ensuite orienté vers le recrutement et le développement des ressources humaines.
Son entreprise collabore aujourd’hui avec de nombreuses sociétés et grands groupes, tout en créant des emplois pour des dizaines de milliers de travailleurs, majoritairement vietnamiens.
Parallèlement à cela, Do Nhu Tuan a développé plusieurs plateformes communautaires en ligne, telles que Tokyo Baito, Osaka Baito 24 h ou Nagoya Baito, qui sont devenues des canaux essentiels d’information sur l’emploi et la vie quotidienne des Vietnamiens au Japon.
Sa société, Japan-Viet Nam Work Service, propose des formations linguistiques, des formations aux compétences professionnelles ainsi qu’un accompagnement juridique pour les travailleurs.