Dans une région frontalière reculée de la province de Nghe An (au Centre du Vietnam) se niche un village que les habitants et les visiteurs surnomment affectueusement le « village au sommet du ciel ».
Il s’agit du village de Huoi Man, situé à près de 1 700 mètres d’altitude, l’un des 21 hameaux de la commune de Nhon Mai.
Après près de 80 ans d’installation, Huoi Man compte aujourd’hui 21 foyers, soit 128 habitants, tous issus de l’ethnie Mong.
Outre la majesté de ses paysages de haute montagne, le village constitue un véritable « musée vivant », préservant intactes les expressions culturelles les plus caractéristiques de la communauté mong, tant dans le mode de vie que dans l’esprit de travail.
À la découverte des maisons « carapace de tortue »
Depuis l’entrée du village, en descendant une pente de terre rouge d’environ 300 mètres, on atteint Huoi Man. Un univers culturel totalement différent s’offre alors au regard.
Le village ne compte aucune maison moderne en béton armé. Le bois et la pierre y dominent largement.
Les Mong de Huoi Man possèdent une philosophie architecturale bien à eux. Habitués depuis longtemps à vivre sur des sommets exposés à un climat rigoureux, avec des vents violents toute l’année, des étés brûlants et des hivers marqués par le froid, le givre et le brouillard, ils choisissent d’implanter leurs habitations sur des crêtes ou au pied des massifs montagneux.
Les maisons y sont de plain-pied, basses, larges et solidement bardées de planches de bois.
La particularité la plus marquante réside dans les toitures et les parois, réalisées en bois sombre de Cunninghamia ou de Fokienia.
Les planches, sciées et fendues à la main, sont empilées avec habileté pour recouvrir l’ensemble de la structure, donnant aux maisons une forme bombée rappelant une gigantesque carapace de tortue.
Selon le chef du village, Gia Ba Lay, cette architecture ne possède pas seulement une valeur esthétique, mais témoigne aussi de la capacité d’adaptation de l’homme à son environnement.
Les toits en bois de Cunninghamia permettent de conserver la chaleur en hiver et la fraîcheur en été, tout en résistant au givre, aux vents de montagne et à l’humidité persistante.
Huoi Man ne séduit pas seulement par ses paysages, mais aussi par la richesse de son patrimoine culturel immatériel.
Des costumes traditionnels brodés à la main des femmes mong aux mélodies de khèn lors des fêtes, en passant par l’artisanat du khèn, la forge des couteaux, la fabrication de colombiers en bois de Cunninghamia, les techniques de mise en culture en terrasses, l’entretien du feu domestique durant les longues nuits froides, ou encore le système de stockage des récoltes dans les « lau khau », séparés des habitations.
Selon Gia Ba Gio, habitant du village, le « lau khau » constitue un élément culturel spécifique dans la gestion des produits agricoles des Mong.
Ces greniers, surélevés sur quatre piliers en bois et entièrement construits en planches et en bois de Cunninghamia, permettent de prévenir les incendies et de conserver les denrées au sec et en toute sécurité.
Ces greniers, surélevés sur quatre piliers en bois, permettent de prévenir les incendies et de conserver les denrées au sec et en toute sécurité. Photo : VNA.
Le chef du village, Gia Ba Lay, indique que le village est aujourd’hui en pleine transformation.
Dans ce contexte de modernité et d’échanges culturels, Huoi Man parvient néanmoins à préserver ses valeurs propres.
Former les enfants dans des classes multigrades au cœur des brumes
Huoi Man ne figure pas seulement parmi les hameaux les plus élevés, mais aussi parmi les plus isolés et les plus difficiles d’accès sur la carte éducative de la province de Nghe An.
Ici, enseigner et apprendre ne se résument pas à la transmission des savoirs, mais relèvent d’un combat quotidien contre la rudesse de la nature.
Centre du village. Photo : VNA.
Les petites écoles maternelle et primaire semi-internat pour élèves issus des minorités ethniques de Huoi Man se trouvent côte à côte.
Ce sont les seuls bâtiments du hameau construits en briques, sable et ciment. En raison du faible nombre d’élèves et du manque d’infrastructures, les enseignants doivent maintenir des classes multigrades.
À l’école maternelle, les enseignantes Ngan Thi Chien (née en 1986) et Nguyen Thi Tram (née en 1995) prennent en charge cinq enfants âgés de 3 à 5 ans.
Pour elles, les difficultés sont d’autant plus grandes qu’elles sont à la fois enseignantes et « secondes mères », veillant aux repas comme au sommeil des plus petits.
L’enseignante Nguyen Thi Tram raconte que, les jours de beau temps, les motos n’avancent que mètre par mètre dans la poussière sèche. Mais les jours de pluie, la route menant au hameau devient un véritable calvaire, avec ses innombrables pentes abruptes, ses virages en épingle, sa boue glissante et les eaux des ruisseaux qui coupent le chemin.
Dans ces conditions, le seul moyen de transport reste… la marche. Les enseignants doivent marcher de trois à cinq heures, franchissant des pentes escarpées et traversant des forêts anciennes noyées de brume pour arriver à temps en classe.
Toute l’année, Huoi Man est enveloppé de froid et d’un épais brouillard.
Certains jours, les nuages descendent jusqu’aux pupitres, rendant même les lettres sur le papier floues.
Selon Va Ba Ly, enseignant à l’école primaire semi-internat pour élèves issus des minorités ethniques de Huoi Man, le hameau reste confronté à de nombreuses difficultés et la vie des enseignants en poste y demeure très simple.
Leur petite salle de repos sert à la fois d’espace de travail et de lieu de vie commun.
Malgré toutes ces épreuves, le son du tambour de l’école n’a jamais cessé de résonner sur les hauteurs de Huoi Man.
Le dévouement des enseignants constitue ce lien précieux qui apporte le savoir au village, permettant aux enfants mong d’apprendre à lire, à écrire et à rêver d’un avenir meilleur.
Au sommet du ciel qu’est Huoi Man, chaque lettre semée sur cette terre aride, battue par le soleil, le vent et les brumes, est imprégnée de la sueur et du sacrifice de ces passeurs de savoir silencieux.
Malgré les difficultés du quotidien, la flamme du savoir continue d’y briller grâce à la passion et à l’amour du métier des enseignants qui vivent au cœur du village.