La commune de Quan Ba est le point de départ idéal pour explorer les routes sinueuses de Ha Giang, mais la plupart des touristes se contentent souvent de visiter la Porte du Ciel et l'Arbre solitaire avant de poursuivre directement leur route vers Dong Van.
Ici, les coopératives de tissage du lin Lung Tam et Can Ty, gérées par des femmes H’Mong, perpétuent les techniques ancestrales de tissage et de dessin à la cire d’abeille.
Même les habitantes les plus âgées ne connaissent pas précisément l’origine de ce savoir-faire.
Tout a commencé lorsque les H’Mong sont arrivés à Ha Giang et ont cultivé le lin pour tisser des vêtements traditionnels.
Ce lieu attire désormais de nombreux visiteurs, en particulier des étrangers.
Dans une petite cour, l'artisane Sung Thi Co applique minutieusement de la cire d'abeille pour tracer des motifs traditionnels sur une étoffe blanche, malgré son handicap aux mains.
Le processus de tissage du lin comprend neuf étapes fondamentales : la culture et la récolte du lin ; le séchage et l’extraction des fibres ; l’assouplissement et l’assemblage des fibres ; le filage et le démêlage ; l’ébullition des fils pour les blanchir ; l’enroulement et le lissage des fibres ; le tissage ; le dessin à la cire et la teinture ; enfin, le lavage et les finitions.
Claude, un touriste français, s’est rendu à la coopérative de Lung Tam avec sa femme à la fin du mois de février.
Après une vingtaine de minutes de visite et de découverte des différentes étapes de fabrication, il s’est dit profondément admiratif de ces femmes H’Mong qui étaient « vraiment extraordinaires » pour avoir préservé leur savoir-faire ancestral de génération en génération.
« C’est remarquable de voir des femmes continuer ce travail à leur âge », a-t-il confié.
Son épouse, Nicole, s’est quant à elle montrée particulièrement impressionnée par la qualité des objets artisanaux ainsi que par leurs prix abordables. Elle a finalement acheté plusieurs sacs et portefeuilles comme souvenirs.
Aujourd’hui, les produits de la coopérative sont exportés vers plusieurs pays européens, et les revenus des membres se sont nettement améliorés depuis sa création en 2001.
Les articles proposés par les deux coopératives sont entièrement réalisés à la main.
Toutefois, les étapes présentées sur place relèvent surtout de démonstrations et de présentations destinées aux visiteurs ; chaque membre achève ensuite le travail chez elle.
En chemin, les voyageurs croisent parfois des femmes H’Mong qui enroulent des fibres de lin autour de leur taille tout en filant le fil en marchant.
Les femmes H’Mong profitent souvent de leurs temps libres, par exemple en allant au marché ou en discutant, pour réaliser ce travail minutieux.
Des membre de la coopérative de Can Ty, située à environ cinq minutes de route de la coopérative de Lung Tam, s’adonne à cette tâche.
La coopérative de Can Ty accueille moins de visiteurs que celle de Lung Tam.
Néanmoins, ses produits sont réputés pour leurs prix plus avantageux que dans la plupart des boutiques artisanales de Ha Giang.
Comparés à certains points de vente plus éloignés du centre, les tarifs peuvent même y être deux fois moins élevés.
Sung Thi May, cheffe adjointe de la coopérative de tissage du lin de Can Ty, explique que les visiteurs sur place restent relativement peu nombreux et que l’essentiel des commandes provient des ventes en ligne ou de l’exportation.
À ses débuts, la coopérative a rencontré des difficultés de vente, ce qui a découragé la plupart de ses membres.
Après avoir participé à de nombreuses foires commerciales importantes, ses produits ont progressivement attiré l'attention du marché.
Aujourd’hui, le tissage procure à chaque artisane un revenu mensuel compris entre trois et cinq millions de dôngs.
Dans les régions montagneuses, c’est un revenu stable et précieux pour les familles locales.
Lorsque des clients souhaitent en savoir plus, Mme May fait une démonstration du tissage sur le rouet en bois.
« Il faut s'y habituer ; beaucoup de personnes qui essaient pour la première fois se font mal aux pieds », explique-t-elle en guidant habilement le fil au rythme du pédalier.
Mme May prépare un gros bloc de cire d'abeille pure pour une artisane âgée qui l'utilisera comme matériau pour dessiner.
Ce bloc est ensuite fondu sur un brasero à charbon afin d’obtenir l’encre utilisée pour les motifs.
Selon Mme May, la meilleure cire d'abeille doit être récoltée dans la nature, car les abeilles d'élevage consomment souvent du sucre, ce qui donne des couleurs d'encre moins vives.
Les motifs utilisés dans l’art décoratif des H’Mong sont extrêmement variés et comprennent des images symboliques telles que des pattes d'éléphant, le soleil, des fleurs et des feuilles.
Ces motifs témoignent de la culture, des croyances et de la situation matrimoniale des anciens H’Mong.
Ainsi, les motifs entourés d’un cercle extérieur symbolisent généralement les personnes mariées, tandis que deux fleurs se faisant face représentent l’amour conjugal.
D’autres ornements évoquent au contraire des histoires d’amour impossible.
Autrefois, les H’Mong respectaient strictement la signification traditionnelle des motifs brodés ou dessinés sur les objets du quotidien. Aujourd’hui, ces règles se sont progressivement assouplies.