Grâce aux dernières avancées du séquençage de nouvelle génération fondé sur l'analyse des polymorphismes nucléotidiques simples (NGS-SNP), ces scientifiques parviennent à faire parler des fragments d'ossements altérés par le temps.
Cette approche, qui exige une précision technique absolue à chaque étape de l'analyse des échantillons ainsi que la constitution d'une base de données génétiques, représente un immense espoir pour des milliers de familles qui attendent depuis plusieurs décennies de pouvoir enfin mettre un nom sur une sépulture.
L'expert Tran Manh Ha du Centre d’identification de l’ADN, qui se consacre à cette tâche depuis 2006, explique que chaque échantillon d'ossements est d'abord nettoyé et évalué, avant que les fragments les plus adaptés ne soient découpés puis réduits en poudre fine dans des conditions stériles afin d'éviter toute contamination croisée.
Vient ensuite l'étape cruciale de l'extraction de l'ADN, qui conditionne la réussite de l'expertise. L'ADN obtenu est ensuite soumis à un contrôle de qualité avant d'être analysé et comparé aux données disponibles.
Lorsque les ossements sont trop dégradés et ne contiennent plus suffisamment d'ADN, le laboratoire est contraint de conclure que l'échantillon ne peut être analysé.
Selon lui, chacun de ces cas est une source de regret pour toute l'équipe. Au-delà des efforts consacrés au prélèvement sur le terrain et aux différentes étapes d'analyse, les chercheurs savent qu'un soldat mort pour la Patrie restera parmi les milliers de personnes dont l'identité n'a pas encore pu être établie.
Fort de son expérience, il souligne que la qualité du prélèvement effectué dès le terrain est déterminante pour le taux de réussite de l'ensemble du processus.
"Pour nous, chaque succès obtenu en laboratoire représente non seulement une avancée scientifique, mais aussi un hommage à ceux qui ont sacrifié leur vie pour la patrie. Chaque fragment d’os analysé porte en lui l’espoir d’une famille qui, depuis des décennies, aspire à connaître le lieu de repos exact d'un proche disparu.
C’est précisément cette profonde dimension humanitaire qui pousse les équipes de recherche à persévérer, à perfectionner sans relâche les technologies et à surmonter les défis professionnels les plus complexes", a déclaré le Dr Tran Trung Thanh, directeur du Centre d’identification de l’ADN.
Selon le Dr Tran Trung Thanh, la principale difficulté réside dans le fait que le prélèvement des échantillons, encore récent et réalisé à petite échelle dans de nombreuses localités, nécessite davantage de temps avant que sa qualité puisse être pleinement évaluée.
Par ailleurs, le degré de conservation des ossements varie d'un échantillon à l'autre, obligeant les chercheurs à adapter les méthodes d'extraction, d'enrichissement de l'ADN et d'analyse.
Cette démarche requiert des équipes hautement qualifiées, des laboratoires modernes et un contrôle qualité rigoureux.
La collecte d'échantillons auprès des proches constitue également un défi majeur, les soldats étant tombés au combat depuis plusieurs décennies et les parents en ligne directe étant de moins en moins nombreux.
Afin d'améliorer le taux de réussite, le Centre combine différentes méthodes d'identification, notamment en appliquant la technologie NGS-SNP aux échantillons difficiles.
Parallèlement, il optimise les processus d’extraction d’ADN, renforce les capacités de son laboratoire, élargit la collecte d'échantillons provenant de proches et met à jour sa base de données de l’ADN.
Le Dr Phi Quyet Tien, directeur de l'Institut de biotechnologie, souligne l'importance stratégique de la mise en place d'une base nationale de données génétiques.
Selon lui, les technologies les plus avancées ne peuvent produire pleinement leurs effets sans une base de données de référence suffisamment étoffée, regroupant les profils ADN des proches des soldats morts pour la Patrie à l'échelle nationale.
Autrement dit, une Banque nationale des gènes, suffisamment étoffée et reposant sur des données harmonisées, multiplierait les chances d'établir des correspondances, y compris pour les familles de soldats morts pour la Patrie qui ne disposent plus de proches en ligne directe.
L'un des principaux enseignements de la campagne des "500 jours et nuits" est que cette mission ne peut être menée à bien par une seule institution, aussi avancées que soient ses technologies.
La coopération entre les ministères concernés, l'Académie des sciences et des technologies du Vietnam et les autorités locales a permis de mettre en place une chaîne coordonnée, allant du prélèvement des échantillons sur le terrain à leur analyse ADN et à leur comparaison avec les données des proches et les dossiers des soldats morts pour la Patrie.
Ce mécanisme de coordination a considérablement réduit les délais d'identification tout en garantissant la traçabilité et la fiabilité de l'ensemble du processus.
En ce mois de juillet, consacré au souvenir des soldats morts pour la Patrie, les experts du Centre d'expertise ADN poursuivent inlassablement leur travail dans l'ombre.
Chaque échantillon analysé rapproche un peu plus les familles de la possibilité de rendre un nom à leurs proches disparus.