Former des ressources humaines en science et technologie pour les secteurs stratégiques

La science, la technologie et l’innovation constituent les moteurs essentiels des percées stratégiques nécessaires à un développement rapide et durable. Dans cette dynamique, les ressources humaines sont considérées comme l’un des facteurs déterminants pour favoriser les avancées scientifiques, technologiques et l’innovation.

Échanges lors d'activités de recherche et de travaux pratiques entre professeurs et étudiants de l'Université nationale de Hanoï. Photo : NDEL.
Échanges lors d'activités de recherche et de travaux pratiques entre professeurs et étudiants de l'Université nationale de Hanoï. Photo : NDEL.

Selon Hoang Minh Son, ministre de l’Éducation et de la Formation, l’enseignement supérieur vietnamien poursuit aujourd’hui son développement tant en termes d’effectifs que de qualité. L’ensemble du système accueille près de 2,8 millions d’étudiants tous niveaux confondus, dont 130 373 inscrits en master et en doctorat, soit environ 5 % des effectifs.

Dans le même temps, la structure des formations évolue rapidement, avec une part croissante accordée aux disciplines relevant des technologies stratégiques et des secteurs clés, ainsi qu’un renforcement de la recherche scientifique.

Des mesures et initiatives lancées par le gouvernement

Afin de développer des ressources humaines répondant aux besoins du progrès scientifique et technologique, le ministère de l’Éducation et de la Formation a soumis au Premier ministre un projet de stratégie pour le développement de l’enseignement supérieur.

Ce document propose des mesures de rupture et une transformation en profondeur du système, fondées notamment sur le développement d’universités d’excellence, la modernisation des infrastructures de formation et de recherche, le renforcement des capacités face aux mutations induites par le numérique et l’intelligence artificielle (IA), ainsi qu’une amélioration concrète et durable de la qualité des enseignements.

En ce qui concerne la formation de ressources humaines hautement qualifiées dans les secteurs prioritaires, le ministère a déjà approuvé 90 programmes destinés à former des ingénieurs et des titulaires de master d’excellence, ainsi que 59 programmes spécialisés dans les circuits intégrés et les semi-conducteurs. Cela contribuera à créer, dès l’année universitaire 2026 – 2027, une main-d’œuvre hautement qualifiée répondant aux besoins du marché.

Parallèlement au développement de l’enseignement supérieur, une attention particulière est accordée aux politiques d’attraction et de valorisation des talents, des experts et des chercheurs dans les domaines scientifiques et technologiques prioritaires, afin de constituer une base solide de connaissances et de compétences au service du développement de la science, de la technologie et de l’innovation.

Selon le ministère des Sciences et des Technologies, afin de préparer la relève scientifique, un programme de soutien destiné aux doctorants les plus prometteurs a été mis en œuvre, offrant une allocation pouvant atteindre un milliard de dongs par an et par bénéficiaire, au profit d’une centaine de doctorants.

Par ailleurs, le ministère déploie le Programme d’excellence en recherche fondamentale pour la période 2026 – 2035, qui vise la création de 30 équipes de recherche de haut niveau d’ici à 2030, puis de 50 équipes à l’horizon 2035.

Les initiatives ne se limitent pas aux ministères. Les collectivités locales mettent également en œuvre de nombreuses mesures pour développer des ressources humaines de haute qualité dans les domaines scientifiques et technologiques.

La ville de Hanoï, par exemple, a engagé l’élaboration et le perfectionnement de mécanismes et de politiques destinés à détecter, former, attirer, employer et fidéliser des talents hautement qualifiés au service de la science, de la technologie, de l’innovation et de la transformation numérique.

Parmi les actions prioritaires figurent notamment un programme de bourses destiné à financer la formation de 1 000 doctorants ; le développement de ressources humaines en haute technologie grâce à une coopération avec l’Université d'État de l'Arizona (États-Unis) ; un programme accéléré de formation dans le secteur des semi-conducteurs, depuis l’enseignement secondaire jusqu’au niveau ingénieur ; ainsi que la transformation des laboratoires nationaux de référence en infrastructures de recherche mutualisées à l’échelle industrielle.

Ces avancées significatives dans la formation et le développement des ressources humaines scientifiques et technologiques ont créé des bases solides pour l’émergence d’un nouveau modèle de croissance. Toutefois, afin de répondre aux exigences actuelles de l’innovation, plusieurs insuffisances subsistent.

Les formations de master et de doctorat restent encore trop limitées au regard des besoins en personnel hautement qualifié ; les capacités de recherche et de transfert technologique varient fortement d’un établissement à l’autre ; enfin, la coopération entre universités, instituts de recherche et entreprises demeure, dans certains cas, insuffisamment concrète.

Les établissements d’enseignement professionnel transforment leur gouvernance et renforcent leur coopération avec les entreprises pour adapter leurs formations aux besoins du marché. Photo : VNA
Les établissements d’enseignement professionnel transforment leur gouvernance et renforcent leur coopération avec les entreprises pour adapter leurs formations aux besoins du marché. Photo : VNA

Avis d’expert

Pour le professeur Bui Quang Tuan, vice-président de l’Association vietnamienne des sciences économiques, le Vietnam dispose d’une population active de plus de 52 millions de personnes, caractérisée par une forte tradition d’apprentissage.

Toutefois, la qualité des ressources humaines dans les secteurs essentiels au nouveau modèle de développement, notamment les disciplines STEM, l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les biotechnologies, les matériaux avancés et la gouvernance des technologies, demeure un défi majeur.

Le nombre de chercheurs et d’ingénieurs spécialisés dans les hautes technologies reste également insuffisant pour répondre aux exigences de la nouvelle phase d’industrialisation. Selon lui, ce goulet d’étranglement ne pourra être levé qu’au moyen de stratégies ambitieuses en matière d’éducation, de formation et d’attraction des talents.

Les spécialistes estiment ainsi que, pour répondre aux nouvelles exigences du développement national, le ministère de l’Éducation et de la Formation devrait développer des plateformes nationales d’enseignement intelligent fondées sur l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle et la réalité augmentée.

Il conviendrait également d’achever le programme national de développement des compétences en intelligence artificielle, de mettre en place un mécanisme réglementaire d’expérimentation contrôlée (regulatory sandbox) dans le domaine de l’éducation, et de renforcer les liens entre universités, instituts de recherche, collectivités locales et entreprises selon un modèle de partenariat tripartite.

Le secteur de l’éducation devrait par ailleurs procéder à une évaluation des capacités des universités et des instituts de recherche afin de déterminer quels établissements seront chargés de la formation en intelligence artificielle et lesquels auront la responsabilité du développement des ressources pédagogiques numériques.

De leur côté, le professeur Nguyen Khac Quoc Bao et ses collègues de l’Université d’Économie de Hô Chi Minh-Ville estiment qu’il est indispensable d’identifier et de développer des groupes de ressources humaines stratégiques, en concentrant les efforts sur la formation d’experts maîtrisant les technologies fondamentales, telles que l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les mégadonnées (big data), la cybersécurité, la robotique, les biotechnologies et les nouvelles énergies.

Parallèlement à cela, il est nécessaire d’élever le niveau de qualification des ingénieurs et de la main-d’œuvre numérique afin de les préparer aux transformations induites par l’automatisation et l’intelligence artificielle. Le système de formation doit être profondément réformé pour être davantage aligné sur les technologies stratégiques et les besoins concrets de l’économie.

Récemment, le gouvernement a promulgué le décret no 179/2026/NĐ-CP instituant un régime de bourses destiné aux étudiants inscrits dans les filières des sciences fondamentales, des technologies clés et des technologies stratégiques. Cette politique revêt une importance majeure, puisqu’elle vise à attirer les meilleurs élèves vers les disciplines STEM et à contribuer ainsi à la formation de ressources humaines hautement qualifiées au service de l’industrialisation et de la modernisation du pays.

Toutefois, de nombreux experts soulignent que les seules bourses ne suffisent pas.

Les politiques d’attraction et de fidélisation des talents doivent également s’appuyer sur un environnement de recherche professionnel garantissant une véritable autonomie scientifique, un accès aux données et aux laboratoires, ainsi que des possibilités concrètes de valorisation et de commercialisation des résultats de la recherche.

Ils préconisent également le développement d’écosystèmes régionaux spécialisés dans les hautes technologies, un renforcement de la coopération internationale et une accélération du transfert des résultats scientifiques vers le monde économique.

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