La Résolution no 80-NQ/TW sur le développement de la culture vietnamienne constitue un jalon important dans la réflexion stratégique du Vietnam en matière de développement culturel. Elle affirme non seulement que la culture est le fondement spirituel de la société et une ressource endogène de la nation, mais la place également en relation directe avec les industries culturelles, la transformation numérique, l’intégration internationale et la « puissance douce » nationale. À ce sujet, le docteur Pham Viet Long, ancien chef du bureau du ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme, a partagé ses analyses.
Fort de nombreuses années d’expérience dans le secteur culturel, quel est, selon vous, l’apport majeur de la Résolution no 80-NQ/TW ?
À mon avis, la valeur essentielle de la Résolution 80 réside dans la continuité, la cohérence et l’approfondissement de la réflexion du Parti sur le développement culturel dans un nouveau contexte historique. La culture est non seulement réaffirmée comme une force endogène majeure de la nation, mais elle est également placée en relation plus directe avec les exigences d’un développement rapide et durable, les industries culturelles, la transformation numérique, l’intégration internationale et le renforcement de la « puissance douce » nationale.
Autrement dit, la Résolution clarifie davantage la place de la culture en tant que pilier du développement et ressource stratégique du pays dans la nouvelle ère.
Un autre point notable est que la Résolution 80 ne se limite pas à une orientation conceptuelle, mais précise des objectifs, des indicateurs et des mécanismes de mise en œuvre.
La culture n’est plus seulement abordée de manière générale, mais intégrée dans une logique de gouvernance moderne : vision, feuille de route, indicateurs, exigences en matière de ressources, mécanismes de suivi et d’évaluation.
Cela montre que la culture est désormais considérée non seulement comme un domaine à préserver sur le plan spirituel, mais aussi comme un secteur nécessitant des investissements, une organisation et une évaluation à la hauteur de son rôle dans le développement national.
Il s’agit là, selon moi, d’une avancée importante.
La Résolution No 80 reprend les grandes orientations du Parti tout en ouvrant un cadre politique adapté au nouveau contexte, où le développement ne se mesure plus uniquement à la croissance économique, mais aussi à la qualité humaine, à la qualité sociale et à la capacité de diffusion des valeurs vietnamiennes dans la vie contemporaine.
Dans cet esprit, la culture n’est pas seulement un héritage à préserver, mais aussi un atout à valoriser ; elle n’est pas seulement mémoire nationale, mais également facteur de compétitivité pour l’avenir.
Comment évaluez-vous la relation entre développement culturel et développement socio-économique dans le contexte actuel ?
Il s’agit d’une relation organique, complémentaire et de plus en plus étroite. Une économie peut connaître une croissance rapide pendant un certain temps, mais si la base culturelle est fragile, si les valeurs sociales se dégradent, si les individus manquent d’idéaux, de confiance et de capacité d’adaptation et de création, cette croissance révèle tôt ou tard ses limites.
L’économie crée des richesses, mais la culture détermine la manière dont ces richesses sont utilisées, la qualité de la société qui en bénéficie et la durabilité du développement qui en découle.
La Résolution 80 souligne que la culture doit être placée au même niveau que l’économie, la politique et la société, et intégrée dans l’ensemble des stratégies et politiques de développement.
Il s’agit d’une exigence fondamentale. En effet, une croissance économique dépourvue de régulation culturelle peut conduire à des déséquilibres : modernisation sans humanité, enrichissement sans sécurité.
De nombreux problèmes sociaux actuels trouvent leur origine non seulement dans le manque de ressources matérielles, mais aussi dans des dérives de valeurs, une érosion de la confiance et des déséquilibres dans les comportements sociaux.
Inversement, le développement culturel ne peut être dissocié du développement économique. Pour se développer et se diffuser dans la société moderne, la culture a besoin de ressources, d’infrastructures adaptées, de mécanismes efficaces et d’un environnement créatif dynamique.
C’est pourquoi la Résolution met l’accent sur les industries culturelles, l’économie créative, le tourisme culturel, la transformation numérique et la valorisation des produits culturels comme éléments de l’image nationale.
Dans le contexte de la mondialisation, le lien entre culture et économie devient encore plus étroit.
Les nations ne se concurrencent plus seulement par les biens ou les technologies, mais aussi par leur image, leur récit national et leur attractivité culturelle.
Une culture riche, profonde et créative contribue directement au rayonnement du pays. Ainsi, développement culturel et développement socio-économique ne sont pas deux trajectoires parallèles, mais deux dimensions d’une même stratégie de développement durable.
Selon vous, quels sont les principaux défis auxquels la culture vietnamienne est confrontée aujourd’hui ?
La culture vietnamienne fait face à plusieurs défis majeurs, que l’on peut regrouper en quatre catégories principales.
Le premier concerne les perceptions et les institutions. Dans certains cas, la culture n’est pas encore pleinement reconnue à sa juste valeur.
Malgré les discours sur son importance, elle reste parfois secondaire dans l’allocation des ressources et la mise en œuvre des politiques. Cette insuffisance de reconnaissance constitue un obstacle majeur.
Le deuxième défi concerne l’environnement culturel et la formation de la personnalité dans un contexte de transformations rapides liées à l’économie de marché, au numérique et aux réseaux sociaux. Certaines dérives apparaissent, telles que l’affaiblissement des normes éthiques, le matérialisme, la désorientation des valeurs et la baisse du sens communautaire.
Le troisième défi porte sur les ressources et les ressources humaines. Les investissements restent limités, les infrastructures parfois dégradées, et les acteurs culturels manquent de conditions favorables. Sans amélioration dans ce domaine, le développement culturel restera limité.
Le quatrième défi concerne l’intégration internationale et l’espace numérique, avec des risques d’influences négatives, de perte d’identité et de concurrence accrue dans le domaine culturel.
Quelles solutions la Résolution propose-t-elle pour y répondre ?
La Résolution 80 propose un ensemble de solutions cohérentes : amélioration du cadre institutionnel, mobilisation des ressources, développement des ressources humaines, investissement dans les infrastructures culturelles et numériques, élaboration d’indicateurs culturels nationaux, promotion de la participation du secteur privé, protection des droits d’auteur et renforcement de la gouvernance culturelle.
Toutefois, pour que la Résolution produise des effets concrets, il est essentiel de transformer la volonté politique en capacité d’exécution. Elle doit se traduire en lois, politiques, budgets et programmes d’action concrets.
Du côté de l’État, il est nécessaire de finaliser rapidement les cadres institutionnels et de garantir un investissement adéquat dans la culture.
Le succès de la Résolution ne se mesurera pas seulement en indicateurs quantitatifs, mais surtout dans l’amélioration de la qualité humaine, sociale et culturelle de la société vietnamienne, ainsi que dans le renforcement du rayonnement culturel du pays.