Pour assurer une croissance durable de ses exportations, le Vietnam doit se doter d'un système logistique fluide, garantissant des liaisons efficaces entre les zones de production, les ports maritimes et les marchés internationaux. Il est également impératif de lever rapidement les obstacles liés à la planification, aux infrastructures, aux mécanismes opérationnels et à la gestion des données.
Selon les données de l'Office national des statistiques (relevant du ministère des Finances), le Vietnam a dépensé plus de 34,3 milliards de dollars en importations de services au cours des neuf premiers mois de 2026, soit une hausse de 15 % sur un an ; les services de transport représentent à eux seuls 16,4 milliards de dollars. Les coûts logistiques sont estimés à 16–17 % du PIB. L'objectif est de ramener ce taux en dessous de 12 % d'ici 2030, tout en développant 5 à 6 centres logistiques modernes aux normes internationales. Cela implique de passer d'une approche fondée sur des projets d'infrastructure isolés à un réseau logistique national unifié et performant.
Bui Ba Nghiem, expert principal auprès du Départemennt du commerce extérieur (ministère de l'Industrie et du Commerce), a souligné que le principal point de blocage réside dans la planification. Les zones industrielles, les zones d'approvisionnement en matières premières, les centres logistiques et les ports maritimes manquent de cohérence dans leur interconnexion ; la planification est fragmentée par des limites administratives. Il convient de privilégier les axes et les plateformes répondant à une réelle demande de transport, et d'optimiser les capacités existantes avant d'engager de nouveaux investissements.
Les provinces de Bac Ninh et de Hung Yen illustrent ce potentiel. Bac Ninh cherche à intégrer la logistique aux réseaux fluviaux, ferroviaires et aériens, tandis que Hung Yen prévoit la création de 14 terminaux à conteneurs intérieurs (ICD) et de 16 centres logistiques. Toutefois, le transport routier reste prédominant, alors que les liaisons par voie navigable, par rail, ainsi que les entrepôts sous douane et les infrastructures de transbordement demeurent limités.
Au-delà de la planification, le Vietnam doit réaliser des avancées majeures dans le transport multimodal et les infrastructures adaptées à chaque catégorie de produits exportés. Les liaisons ferroviaires vers les zones industrielles et les ports maritimes, les terminaux intermodaux, les entrepôts, les centres de collecte de marchandises et les voies navigables doivent être développées de manière intégrée.
Truong Van Cam, de l'Association vietnamienne du textile et de l'habillement, a indiqué que les coûts logistiques nationaux représentaient environ 9 à 10 % des coûts, tandis que les marges ne sont généralement que de 3 à 5 %. L'association recommande d'élargir le régime de priorité douanière, d'accroître le transport fluvial, ferroviaire et maritime, et de revoir les redevances d'infrastructure portuaire afin d'alléger la charge.
Tran Thanh Hai, directeur adjoint du Département d'import-export (ministère de l'Industrie et du Commerce), a déclaré que la logistique était un élément clé du projet de stratégie d'import-export à l'horizon 2030, avec une vision à l'horizon 2045. Ce projet vise à développer une flotte nationale adaptée aux principales marchandises d'import-export, à étudier des mécanismes de crédit à moyen et long terme et à créer une demande stable pour les entreprises de transport maritime nationales. Il cible également les corridors interrégionaux industrie-logistique-commerce reliant les parcs industriels aux ports maritimes, aéroports, postes frontières et réseaux de distribution.
Concernant les questions institutionnelles, le ministère de l'Industrie et du Commerce élabore un décret visant à remplacer le décret 163/2017/ND-CP relatif aux services logistiques et étudie une loi sur la logistique à plus long terme. L'amélioration des réglementations doit s'accompagner d'une coordination entre les secteurs et les localités et d'une réduction des chevauchements dans la gestion des transports, des douanes, des impôts et des assurances. Le Vietnam a également besoin d'une base de données logistiques nationale et d'un recours accru à l'intelligence artificielle, au big data et à l'automatisation pour optimiser le transport et l'entreposage, et réduire les délais d'attente et les coûts d'exploitation.
D'après les experts du commerce, le volume des échanges d'import-export via les plateformes de commerce électronique ne représenterait en 2025 qu'environ 4,4 milliards de dollars sur un total de 930 milliards. Les coûts et les procédures de transport longue distance limitent encore l'accès aux marchés éloignés. La croissance des exportations en ligne nécessite donc la gestion des commandes, la livraison internationale, une infrastructure de données ainsi qu’un accompagnement des entreprises qui créent des boutiques sur les grandes plateformes de commerce électronique.