L'accord Vietnam-AELE ouvre l'accès aux technologies de production européennes de pointe

L’accord de libre-échange entre le Vietnam et l’AELE devrait favoriser l’accès des entreprises vietnamiennes aux technologies européennes de pointe et renforcer leur intégration dans les chaînes de valeur mondiales de la mécanique et de l’électronique.

Entreprise vietnamienne spécialisée dans la transformation de produits aquatiques destinés à l’exportation vers la Nouvelle-Zélande. Photo d’illustration : VNA.
Entreprise vietnamienne spécialisée dans la transformation de produits aquatiques destinés à l’exportation vers la Nouvelle-Zélande. Photo d’illustration : VNA.

L’accord de libre-échange entre le Vietnam et l’Association européenne de libre-échange (AELE), signé le 18 octobre, devrait permettre aux entreprises vietnamiennes des secteurs de la mécanique et de l’électronique de dépasser le stade de l’assemblage à faible valeur ajoutée pour s’intégrer plus profondément dans les chaînes d’approvisionnement mondiales de haute technologie, tout en accédant à des technologies de production européennes de pointe.

Si les accords de libre-échange conclus par le Vietnam sont souvent mis en avant pour les avantages qu’ils procurent aux exportations traditionnelles, notamment les produits agricoles, les produits aquatiques et le textile-habillement, les secteurs de l’électronique et des composants mécaniques présentent également un potentiel stratégique important dans les échanges avec l’AELE, qui regroupe la Suisse, la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein.

Contrairement aux marchés de grande consommation, les pays de l’AELE affichent une forte demande en microprocesseurs, équipements électroniques spécialisés, dispositifs médicaux et produits de mécanique de précision.

Selon des experts du Centre pour l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et le commerce international, relevant de la Chambre de commerce et d’industrie du Vietnam (VCCI), les réductions tarifaires prévues par cet accord pourraient conférer aux produits industriels vietnamiens un avantage concurrentiel en matière de coûts. Toutefois, les règles d’origine strictes et les normes techniques européennes imposent aux fabricants un contrôle rigoureux de la qualité et le respect d’exigences de précision de l’ordre du micromètre.

Plutôt que de se limiter à l’assemblage de produits pour des marques étrangères, les entreprises vietnamiennes devraient se concentrer sur la fourniture de composants « Made in Vietnam » destinés aux chaînes d’approvisionnement technologiques d’Europe du Nord et de l’Ouest, estiment ces experts.

Nguyen Duc Trung, président de Vietnam HBT Precise Mechanical JSC, souligne que l’exportation de profilés en aluminium et de composants mécaniques vers les pays de l’AELE exige le respect de normes bien plus strictes que sur certains autres marchés asiatiques. Les partenaires suisses, par exemple, imposent des tolérances techniques précises, une traçabilité transparente de l’origine des matériaux ainsi que la fourniture de données sur les émissions de carbone liées aux opérations d’usinage.

Bien que ces exigences représentent un défi, leur respect et l’obtention du statut de fournisseur agréé peuvent aider les entreprises à réduire la pression sur les prix, relève-t-il.

Les pays membres de l’AELE sont également des fournisseurs majeurs de machines spécialisées, d’équipements industriels intelligents, de robots autonomes et de produits chimiques de base. Jusqu’à présent, les droits de douane élevés renchérissaient les technologies européennes pour les entreprises vietnamiennes des industries auxiliaires, contraignant certaines d’entre elles à utiliser des équipements obsolètes ou acquis sur le marché de l’occasion. La suppression des droits de douane prévue par l’accord de libre-échange Vietnam-AELE (VEFTA) devrait faciliter l’accès à des technologies clés et contribuer à réduire les coûts d’exploitation.

Truong Thi Chi Binh, vice-présidente et secrétaire générale de l’Association vietnamienne des industries de soutien (VASI), a souligné que le principal avantage que le secteur vietnamien de la construction mécanique pourrait tirer de l’accord résidait dans l’accès à des technologies essentielles, notamment des systèmes d’usinage à commande numérique (CNC) de pointe.

Ce n’est qu’en maîtrisant des procédés de production reposant sur des équipements de classe mondiale que les entreprises vietnamiennes de construction mécanique pourront gagner en autonomie et sortir d’un modèle de sous-traitance à faible valeur ajoutée, a-t-elle estimé.

L’importation de lignes de production modernes, conjuguée aux investissements des pays de l’AELE dans l’automatisation et la logistique verte au Vietnam, intensifiera la concurrence sur le marché intérieur. Cette évolution incitera les entreprises locales des industries de soutien à renforcer leurs capacités et à normaliser leurs processus, depuis l’approvisionnement en matières premières jusqu’à l’usinage final, a-t-elle ajouté.

Selon elle, la Suisse constitue une référence mondiale en matière d’ingénierie de précision. Les fournisseurs vietnamiens doivent donc impérativement améliorer la précision de leurs opérations d’usinage et leur gestion de la qualité. Sans le respect de tolérances très strictes, les avantages tarifaires ne suffiront pas à décrocher des contrats de plusieurs millions de dollars.

Do Phuoc Tong, représentant de l’Association des entreprises de mécanique et d’électricité de Hô Chi Minh-Ville, a indiqué que la fourniture de composants aux partenaires de l’AELE permettait aux entreprises vietnamiennes d’évoluer dans un environnement commercial équitable et transparent, où la qualité est fortement valorisée et où les coûts de main-d’œuvre subissent moins de pressions concurrentielles. Les marges bénéficiaires qui en résultent pourraient dégager des ressources financières solides, permettant aux entreprises nationales de réinvestir dans leurs propres centres de recherche et développement (R&D).

L’accord Vietnam-AELE ouvre ainsi aux entreprises vietnamiennes des secteurs de la mécanique et des technologies l’accès à un marché caractérisé par des normes parmi les plus exigeantes au monde. Pour tirer pleinement parti de cet accord, les entreprises doivent intensifier leurs activités de R&D et accélérer la numérisation de leurs opérations. Le renforcement des capacités et la maîtrise technologique seront déterminants pour faire monter en gamme les secteurs vietnamiens de l’électronique et de l’ingénierie de précision, et favoriser leur intégration dans les chaînes d’approvisionnement mondiales de haute technologie.

VNA/NDEL

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