Malgré les progrès réalisés dans le développement des infrastructures de transport et des plateformes logistiques, les coûts logistiques élevés continuent de peser sur la compétitivité de l’économie vietnamienne. L’amélioration de la planification, le renforcement de la connectivité et une organisation plus rationnelle des flux de marchandises sont essentiels pour optimiser l’exploitation des infrastructures et réduire durablement ces coûts.
Des coûts élevés malgré les progrès des infrastructures
Dans un contexte de recomposition du commerce mondial et de réorganisation des chaînes d’approvisionnement, la logistique est devenue un facteur déterminant de la compétitivité économique. Selon le Rapport sur la logistique du Vietnam 2025, les coûts logistiques représentent environ 16 à 17 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, un niveau nettement supérieur à la moyenne mondiale, estimée entre 10,6 et 11,6 %, ainsi qu’à celui de plusieurs pays de la région, dont Singapour (8,5 %) et la Malaisie (13 %).
Ces dernières années, le Vietnam a pourtant réalisé des progrès notables dans le développement de ses infrastructures, avec la construction d’autoroutes, l’extension des ports en eau profonde et la mise en place de plateformes logistiques intégrées. Ces investissements contribuent à fluidifier la circulation des marchandises et à soutenir les activités d’import-export.
En 2023, le Vietnam a obtenu 3,3 points dans l’indice de performance logistique (LPI) de la Banque mondiale, se classant au 43e rang sur 139 économies et au cinquième rang en ASEAN.
Toutefois, le développement des infrastructures ne suffit pas, à lui seul, à réduire les coûts. Selon Bui Ba Nghiem, expert principal au Département de l’import-export du ministère de l’Industrie et du Commerce, les principaux obstacles tiennent notamment à la connectivité entre les différents pôles logistiques et à l’efficacité de leur exploitation. Un port moderne ou un grand centre logistique ne peut fonctionner à plein rendement sans des liaisons efficaces avec les zones industrielles, les bassins de production et les autres nœuds de transport.
Du point de vue des entreprises, la forte dépendance au transport routier constitue également un facteur de coût important. Tran Ngoc Khanh, directeur général de la société par actions OCL Logistics, indique que le transport routier représente environ 80 à 90 % des coûts logistiques liés aux activités de son entreprise. Le manque de coordination avec les autres modes de transport, notamment ferroviaire et fluvial, contribue à maintenir les coûts logistiques du Vietnam à un niveau élevé par rapport à ceux de la région.
Une planification intégrée pour éviter les investissements dispersés
Pour lever ces obstacles, la planification logistique doit être pensée à l’échelle nationale et interrégionale, plutôt qu’isolément dans chaque localité. Une approche fragmentée risque en effet d’entraîner des investissements redondants, une dispersion des ressources et une sous-utilisation des infrastructures.
Selon Tran Ngoc Khanh, le développement des centres logistiques doit reposer sur les besoins réels en marchandises, les chaînes d’approvisionnement et les capacités de connexion avec les marchés. Chaque localité doit valoriser ses avantages spécifiques tout en coordonnant ses projets avec ceux des territoires voisins.
Les localités disposant de ports maritimes doivent ainsi renforcer leur rôle de portes d’entrée des marchandises, tandis que les zones industrielles doivent améliorer le regroupement et la distribution des produits. Les pôles bénéficiant d’un accès au réseau ferroviaire, aux voies navigables ou au transport aérien doivent, quant à eux, être intégrés dans un réseau cohérent.
Nguyen The Thi, directeur adjoint du Département de l’industrie et du commerce de la province de Bac Ninh, estime que la planification des centres logistiques doit tenir compte des flux de marchandises et de leur connexion avec les zones industrielles, les bassins de production, les marchés de consommation, les ports maritimes, les aéroports et les postes-frontières. L’objectif est de créer un réseau dans lequel les localités se complètent, plutôt que de développer des systèmes autonomes et cloisonnés.
Le ministère de l’Industrie et du Commerce élabore actuellement un projet de développement d’un réseau national de centres logistiques afin de renforcer les interconnexions et d’améliorer l’efficacité de leur exploitation. La stratégie nationale de développement de la logistique, approuvée par le Premier ministre en octobre 2025, prévoit par ailleurs la création d’au moins cinq centres de services logistiques internationaux d’ici à 2030, notamment à Hanoï, Hô Chi Minh-Ville, Hai Phong et Da Nang. D’autres pôles économiques, tels que Dong Nai, Bac Ninh et Quang Ninh, pourraient également être concernés.
Mieux organiser les flux pour réduire les coûts
Outre la planification, l’amélioration des connexions sur le dernier segment du transport constitue une priorité. Les liaisons entre les entrepôts des entreprises, les zones industrielles, les points de regroupement des marchandises et les grands centres logistiques doivent être renforcées afin de limiter les détours, les opérations de manutention et les frais de stockage.
La création de points de regroupement centralisés, directement reliés aux ports maritimes, aux postes-frontières et aux principaux nœuds de transport, permettrait de rationaliser les flux de marchandises et de réduire les opérations intermédiaires. Parallèlement, une meilleure coordination entre les différents modes de transport contribuerait à alléger la pression sur le réseau routier et à optimiser l’utilisation des infrastructures existantes.
La réduction des coûts logistiques ne relève donc pas uniquement du secteur des transports ou des entreprises de services logistiques. Elle exige une coordination étroite entre les administrations centrales, les collectivités locales, les investisseurs, les transporteurs et les propriétaires des marchandises.
En définitive, la compétitivité logistique du Vietnam dépendra non seulement du développement des infrastructures, mais surtout de leur capacité à fonctionner en réseau. Une planification cohérente, une organisation rationnelle des flux de marchandises et une meilleure articulation entre les différents modes de transport constituent des leviers essentiels pour réduire durablement les coûts logistiques et renforcer la compétitivité des produits vietnamiens sur les marchés internationaux.