Les entreprises vietnamiennes doivent toutefois renforcer leurs capacités afin de participer davantage aux chaînes de valeur régionales et mondiales.
Les chaînes d’approvisionnement mondiales évoluent, avec une attention croissante portée à la résilience face aux perturbations, à la transparence des données et à la rapidité de réaction, au-delà du seul critère des coûts.
Dans ce contexte, l’Accord-cadre de l’ASEAN sur l’économie numérique (DEFA) devrait fournir une nouvelle base pour renforcer la connectivité numérique régionale. Les entreprises vietnamiennes doivent toutefois renforcer leurs capacités afin de participer davantage aux chaînes de valeur régionales et mondiales.
Ces questions ont été abordées lors du Forum de dialogue Vietnam-ASEAN sur les chaînes de valeur mondiales, organisé le 21 août à Hô Chi Minh-Ville par le Centre pour la quatrième révolution industrielle de Hô Chi Minh-Ville (HCMC C4IR).
Selon Nguyen Duc Huy, directeur adjoint du HCMC C4IR, les récentes fluctuations géopolitiques affectent les coûts des entreprises et mettent en évidence la vulnérabilité des économies dépendantes d’un nombre limité de points de connexion.
Le rapport 2026 du Forum économique mondial (FEM) indique que la majorité des dirigeants industriels privilégient désormais la régionalisation des chaînes d’approvisionnement, fondée sur la disponibilité de l’offre plutôt que sur le seul coût de la main-d’œuvre.
Les ajustements tarifaires opérés par les grandes économies imposent également une réorganisation aux pays spécialisés dans les activités d’assemblage à faible valeur ajoutée.
Les critères de sélection des fournisseurs ont eux aussi évolué : la priorité est désormais accordée aux capacités technologiques, à la transparence des données, au respect des normes environnementales et à la rapidité de production.
Les donneurs d’ordre recherchent par ailleurs des écosystèmes d’approvisionnement intégrés et fiables plutôt que des fournisseurs isolés.
Au niveau national, malgré la progression continue des exportations, les entreprises vietnamiennes ne contribuent qu’à moins de 30 % de la valeur totale des exportations.
Selon la Banque mondiale, la participation des entreprises nationales aux chaînes de valeur mondiales diminue depuis plusieurs années, mettant en évidence les difficultés qu’elles rencontrent pour renforcer leur position dans la création de valeur.
Bui Thi Ninh, représentante de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville (VCCI-HCM), a cité plusieurs secteurs dans lesquels les entreprises vietnamiennes disposent déjà d’une position solide, notamment les produits aquatiques, la transformation du bois, les noix de cajou et le café.
Dans d’autres secteurs, comme la fabrication et l’électronique, elles restent principalement présentes dans les activités d’assemblage et la fourniture de composants simples.
Elle a souligné que le maintien de positions solides sur les marchés exige une plus grande transparence des données et une gestion efficace.
Pour les sous-traitants, l’accès aux marchés nécessite l’obtention de certifications internationales dans les domaines du numérique, de l’environnement et des critères ESG, ainsi que le développement d’une main-d’œuvre qualifiée.
À l’échelle de l’ASEAN, le commerce intra-régional ne représente encore qu’environ un cinquième du commerce total de la région, malgré trois décennies de suppression des droits de douane.
Les obstacles concernent désormais notamment les formalités administratives, les normes, les certificats et l’absence d’interconnexion entre certains systèmes.
Pradeep Singh, vice-président chargé de la planification et de la logistique pour l’Asie de l’Est chez Schneider Electric, a souligné que les différences de réglementation et de licences compliquent encore le transport des produits électroniques dans la région.
La circulation des marchandises nécessite ainsi, outre les infrastructures physiques et logistiques, des infrastructures numériques permettant l’intégration et le partage des données.
Dans ce contexte, l’Accord-cadre de l’ASEAN sur l’économie numérique (DEFA), dont la finalisation est prévue en 2026, vise à créer un marché numérique unifié. Selon Anne-Katrin Pfister, responsable des politiques commerciales numériques pour l’Asie-Pacifique au FEM, le DEFA pourrait générer des opportunités de marché comprises entre 1.000 et 2.000 milliards de dollars, tout en facilitant l’accès des petites et moyennes entreprises aux marchés régionaux.
Des écarts en matière de préparation technique et de réglementation subsistent néanmoins entre les États membres.
Norihiko Yamano, économiste à l’OCDE, a rappelé la nécessité de numériser les flux commerciaux de bout en bout, d’assurer un partage fiable des données et de connecter les systèmes de logistique, de commerce, de paiement et de gestion. Les petites et moyennes entreprises doivent également être intégrées aux chaînes d’approvisionnement numériques.
Pour le Vietnam, fortement intégré aux chaînes de production internationales, l’enjeu consiste à évoluer vers des activités à plus forte valeur ajoutée, tout en développant le marché intérieur et les services, a ajouté l’expert.