Au-delà du rétablissement de cet axe vital, les Casques bleus vietnamiens ont activement apporté leur soutien à la population locale, contribuant ainsi à renforcer la confiance des habitants d’Abyei.
À la conquête d’une terre hostile
Abyei est située entre le Soudan et le Soudan du Sud et occupe une position géographique et politique particulière. Après plusieurs années de conflit, les Nations unies y maintiennent toujours une force de maintien de la paix afin de contribuer à la sécurité, aux opérations humanitaires et à la stabilité de la région.
La route Abyei-Agok, longue de 37 kilomètres, s'était gravement détériorée après des années d'utilisation et d'exposition aux intempéries.
Pour la population locale, le rétablissement de la circulation permet d’accéder plus facilement aux écoles, aux hôpitaux, aux marchés ainsi qu’aux sources d’approvisionnement en denrées alimentaires et en produits de première nécessité. Pour la Force intérimaire de sécurité des Nations unies pour Abyei (UNISFA), il constitue une condition essentielle aux patrouilles, au transport logistique et au déploiement des activités humanitaires.
Les conditions naturelles particulièrement difficiles compliquent encore la mission. Pendant la saison sèche, les températures peuvent approcher les 50 °C. Durant la saison des pluies, l’argile noire se gorge rapidement d’eau et se transforme en profondes mares de boue, dans lesquelles les véhicules s’enlisent facilement, interrompant la circulation. La route Abyei-Agok, longue de 37 kilomètres, était, elle aussi, fortement dégradée, avec de nombreux nids-de-poule, une chaussée affaissée, des systèmes de drainage détériorés et plusieurs tronçons soumis à l’érosion.
Chargée par l’UNISFA de moderniser et de réparer cet axe routier, la 4e Unité du génie militaire a élaboré un plan de travaux en trois phases : nivellement et remise en état de la chaussée ; rehaussement d’environ 50 centimètres de la plateforme routière à l’aide de 150 000 m³ de terre et de sable ; enfin, pose d’une couche de murram de 20 à 30 centimètres d’épaisseur pour protéger la chaussée. Les différentes opérations ont été menées sans interruption, avec des travaux de renforcement et de compactage destinés à accroître la capacité portante de la route et à limiter les dégradations lors des fortes pluies.
Les soldats de la 4e Unité du génie militaire vietnamien inspectent la route Abyei-Agok.
Après 85 jours, la route a été remise en état, avec une plateforme consolidée ainsi que des talus et des fossés d’évacuation des eaux améliorés, soit 35 jours avant le délai prévu. Le général de division Ganesh Kumar Shrestha a estimé qu’il s’agissait d’un ouvrage d’une grande importance et d’une ampleur considérable pour la communauté d’Abyei depuis la création de la Mission en 2011, tout en saluant les capacités de la 4e Unité du génie militaire vietnamien.
Quand la route devient un pont de confiance
Au cours de sa mission, la 4e Unité du génie militaire n’a pas seulement réalisé les ouvrages qui lui avaient été confiés. Elle a également participé à de nombreuses activités de soutien à la communauté, notamment en aidant les habitants à dégager des véhicules enlisés, à réparer des routes et à améliorer les voies menant aux zones résidentielles, aux églises et aux hôpitaux.
Lorsque la communauté a été confrontée aux difficultés liées aux épidémies d’Ebola et de paludisme, les médecins militaires vietnamiens ont fourni du matériel médical et sensibilisé la population aux mesures de prévention et de lutte contre les maladies. L’Unité a également réparé des écoles, nivelé leurs cours, fabriqué des tables et des chaises et dispensé une initiation à la menuiserie à plus de 100 élèves locaux.
Karbino Dut, ministre de l’Éducation de la région d’Abyei, a estimé que les soldats vietnamiens ne se contentaient pas de réparer les routes, mais qu’ils inspiraient également aux jeunes générations le goût des études et du travail. L’Administration spéciale d’Abyei a, elle aussi, salué les contributions concrètes de l’Unité à la communauté.
Selon M. Deng, chef du village de Banton, la population éprouve affection et confiance à l’égard des soldats vietnamiens, qui ont fourni de l’eau potable et réparé les routes afin de permettre aux ambulances de circuler. Le lieutenant-colonel Trinh Van Cuong, commandant de la 4e Unité du génie militaire, a affirmé que son Unité ne s’efforçait pas seulement d’accomplir sa mission, mais souhaitait également apporter des valeurs positives à la communauté locale.
À travers ces actions concrètes, la distance entre les forces de maintien de la paix et la communauté d’accueil se réduit progressivement. La confiance se construit grâce à la présence, au sens des responsabilités et à la constance dont font preuve les Casques bleus vietnamiens dans chacune de leurs actions.
L’empreinte du Vietnam sur le chemin du maintien de la paix
Justice Charles Jok, chef de l’Administration spéciale d’Abyei, estime que les réalisations de l’Unité du génie militaire vietnamien ne se limitent pas à la construction de routes : elles offrent également aux habitants de la région l’espoir d’un avenir meilleur.
D’une route remise en état à une école réparée, en passant par les activités de soutien médical, chaque intervention contribue à améliorer l’efficacité des opérations de l’UNISFA, à améliorer les conditions de vie de la population et à instaurer une relation de confiance entre les forces de maintien de la paix et la communauté.
Les soldats de la 4e Unité du génie militaire vietnamien ont remis la route en état malgré des conditions météorologiques difficiles.
Pays ayant lui-même connu la guerre, le Vietnam envoie aujourd’hui ses soldats dans des régions encore marquées par l’instabilité afin de contribuer au maintien de la paix. Ils y apportent leur expertise professionnelle, leur esprit de coopération et la tradition humaniste de leur peuple, partageant ainsi les responsabilités de la communauté internationale.
Trente-sept kilomètres de route peuvent se mesurer sur une carte, mais le chemin parcouru par les soldats vietnamiens à Abyei ne peut se mesurer qu’à l’aune de la confiance. Selon le lieutenant-colonel Trinh Van Cuong, la plus grande récompense pour les Casques bleus vietnamiens est de pouvoir apporter leur modeste contribution afin que les habitants d’Abyei vivent plus en sécurité, que les enfants puissent aller à l’école, que les malades puissent se rendre à l’hôpital et que chaque famille puisse nourrir davantage d’espoir en un avenir meilleur.
À partir de cette route d’argile, la 4e Unité du génie militaire vietnamien a ainsi construit un pont vers la population d’Abyei, laissant l’empreinte d’un Vietnam prêt à partager les responsabilités, à contribuer à la paix et à œuvrer aux côtés de la communauté internationale par des actions concrètes.