Campagne des 500 jours et nuits :

La technologie au service du retour des héros tombés au combat dans leur terre natale

Plus d’un demi-siècle après la fin de la guerre, sur les anciens champs de bataille reposent encore de nombreux soldats tombés au combat, dont les dépouilles n’ont toujours pas été retrouvées ou identifiées.

Des officiers et des soldats de l'équipe K72 recherchent et exhument les restes de soldats tombés au combat dans la commune de Minh Duc, ville de Dong Nai (au Sud). Photo : NDEL.
Des officiers et des soldats de l'équipe K72 recherchent et exhument les restes de soldats tombés au combat dans la commune de Minh Duc, ville de Dong Nai (au Sud). Photo : NDEL.

Bien plus qu’un simple plan d’action national, la « Campagne des 500 jours et nuits pour la recherche et l’identification des dépouilles de morts pour la Patrie » traduit la volonté du Vietnam d’accomplir un devoir de mémoire. Elle témoigne aussi de la profonde reconnaissance de la génération d’aujourd’hui envers ceux qui ont sacrifié leur vie pour le pays.

Malgré les innombrables difficultés et défis, les forces compétentes poursuivent sans relâche leurs efforts dans la recherche et l’identification des soldats tombés au combat, en s’appuyant sur les mégadonnées et les technologies modernes afin de ramener au plus vite ces héros morts auprès de leurs familles et dans leur terre natale.

À la recherche des traces du passé pour redonner un nom aux héros morts pour la Patrie

Après avoir reposé pendant plus d’un demi-siècle sur le lieu où il était tombé, sous une autre identité, les restes du martyr Nguyen Van Phu ont récemment été identifiés avec certitude et rapatriés dans sa terre natale.

Originaire de la commune de Le Loi, dans l’ancien district d’An Hai (aujourd’hui rattachée au quartier d’An Duong, à Hai Phong), Nguyen Van Phu s’était engagé dans l’armée en 1968 et était tombé le 28 mars 1970 à Soc Con Trang, dans la province de Tay Ninh (au Sud).

Plus d’un demi-siècle plus tard, en cherchant des informations sur la sépulture de son proche, la famille de Nguyen Van Phu a découvert que la liste des soldats morts au combat conservée par le Commandement militaire de Hai Phong ne mentionnait aucun Nguyen Van Phu, mais faisait apparaître un « martyr Hoang Van Phu », dont plusieurs informations concordaient.

Au cimetière des martyrs de Duong Minh Chau, la famille a également retrouvé une tombe portant le nom de Hoang Van Phu, originaire d’An Lao, à Hai Phong.

Ces informations contradictoires ont fait naître des doutes sur l’identité du martyr inhumé dans cette tombe. Avec la famille du martyr, les autorités compétentes ont procédé à l’examen des archives, à la collecte et au recoupement des éléments disponibles. Les vérifications ont établi que le district d’An Lao ne comptait aucune commune de Le Loi et ne détenait aucun dossier concernant un martyr nommé Hoang Van Phu.

D’autre part, le Comité populaire du district d’An Duong a confirmé qu’en juin 1968, une seule personne nommée Nguyen Van Phu, résidant dans la commune de Le Loi, avait été mobilisée. Après examen de 13 dossiers de martyrs portant le nom de Phu à Hai Phong, les autorités n’ont trouvé aucun autre cas correspondant à la même date et au même lieu de décès ainsi qu’au lieu d’inhumation initial à Tay Ninh.

Ces éléments ont permis au Département politique de la Région militaire 7 et au Service des affaires intérieures de la province de Tay Ninh d’achever les procédures de rectification des informations et d’établir que la tombe enregistrée au nom de Hoang Van Phu était en réalité celle du martyr Nguyen Van Phu.

Le 2 août, le bureau de représentation du Sud de l’Association vietnamienne de soutien aux familles de martyrs, en coordination avec les autorités locales et la famille du martyr, a organisé l’exhumation des restes du martyr Nguyen Van Phu. Celui-ci a ensuite été rapatrié par avion dans sa terre natale, au milieu des retrouvailles émouvantes de ses proches et de ses anciens camarades.

Le long demi-siècle d’attente de la famille de Nguyen Van Phu a ainsi pris fin. Mais des centaines de milliers d’autres familles continuent d’attendre avec espoir le retour de leurs proches tombés au combat.

À près de 60 ans, Dao Tuan Khanh, habitant de Hô Chi Minh-Ville, poursuit toujours ses recherches pour retrouver la tombe de son père, le martyr Dao Ngoc Oanh.

En 1967, M. Oanh s’était engagé dans l’armée. Le 20 septembre 1974, il est tombé au combat au sous-secteur militaire de Gia Vuc, dans le district de Ba To, province de Quang Ngai, avec deux autres camarades de la Compagnie C2, du Bataillon D406, relevant de la Région militaire 5.

En 1999, M. Khanh s’était rendu à Ba To à la recherche de la tombe de son père. Il y avait rencontré une personne ayant directement participé à l’exhumation et au regroupement des restes de trois martyrs. La famille avait alors cru avoir enfin retrouvé le lieu de repos de son proche. Mais cet espoir s’était évanoui lorsque les dossiers relatifs à l’opération de regroupement avaient été perdus.

Les trois tombes avaient été transférées au cimetière des martyrs du district de Ba To, sans toutefois porter de nom.

La « Campagne des 500 jours et nuits » a ravivé l’espoir. Plus de 3 000 tombes de martyrs non identifiés dans la province de Quang Ngai ont été soumises à des prélèvements destinés aux analyses ADN.

Des échantillons biologiques ont également été prélevés auprès des proches du martyr Oanh afin de procéder aux comparaisons.

Fin juillet dernier, au cimetière des martyrs de Trinh Xa, dans le quartier de Liem Tuyen, à Ninh Binh, les autorités ont procédé à l’exhumation de 47 tombes dont l’identité n’était pas établie, afin de prélever des échantillons pour les analyses ADN.

Debout devant les rangées de tombes anonymes, Ngo Thi Thuy Hang, originaire de Hai Phong, a raconté que son oncle maternel, le martyr Nguyen Dinh Thiep, né en 1928, avait servi au sein du Régiment 64 de la Division 320.

En mai 1951, il était tombé sur la route 64, à Don Thu, dans le district de Binh Luc, province de Ha Nam. Son corps avait été inhumé par la population locale avant d’être transféré, en 1961, au cimetière des martyrs de Trinh Xa. Dans les années 1980, ses frères et sœurs s’étaient rendus à plusieurs reprises à Binh Luc pour rechercher sa tombe, mais sans succès.

Depuis 2006, Mme Hang a repris cette quête et la poursuit encore aujourd’hui. Durant les deux jours où elle a directement assisté aux opérations d’exhumation et de prélèvement d’échantillons biologiques, elle a été profondément émue.

Des techniciens du Centre d'analyse ADN (relevant de l'Institut de biologie, Académie vietnamienne des sciences et technologies) effectuent des tests ADN sur des échantillons de restes de soldats tombés au combat. Photo : TRAN HAI
Des techniciens du Centre d'analyse ADN (relevant de l'Institut de biologie, Académie vietnamienne des sciences et technologies) effectuent des tests ADN sur des échantillons de restes de soldats tombés au combat. Photo : TRAN HAI

Une course contre la montre

Les efforts inlassables déployés par les différentes forces au cours des 150 derniers jours dans le cadre de la « Campagne des 500 jours et nuits » ont déjà produit des résultats importants.

Le général de division Doan Quang Hoa, directeur du Département des politiques sociales du ministère vietnamien de la Défense, a indiqué qu’au 13 août, les équipes concernées avaient recherché et rapatrié les restes de 1 715 martyrs, soit 24,5 % de l’objectif fixé.

Parmi eux, 691 restes ont été retrouvés au Vietnam, 174 au Laos et 850 au Cambodge. Treize tombes collectives de martyrs ont également été recensées, dont cinq à Tuyen Quang et huit au parc Le Thi Rieng, à Hô Chi Minh-Ville.

Parallèlement à cela, les collectivités locales ont intensifié les prélèvements d’échantillons biologiques sur les restes des martyrs, à raison de 2 000 à 3 000 échantillons par jour en moyenne.

À ce jour, des prélèvements ont été effectués sur 124 762 tombes de martyrs, soit 58,4 % de l’objectif, et neuf collectivités locales ont achevé leur mission de prélèvement.

Ces résultats restent toutefois encore loin des objectifs de la « Campagne des 500 jours et nuits » : retrouver 7 000 restes de martyrs, prélever des échantillons biologiques sur toutes les tombes dont les informations demeurent inconnues et analyser 18 000 échantillons ADN.

Au 13 août, les équipes concernées avaient recherché et rapatrié les restes de 1 715 martyrs, soit 24,5 % de l’objectif fixé. Parmi eux, 691 restes ont été retrouvés au Vietnam, 174 au Laos et 850 au Cambodge. Treize tombes collectives de martyrs ont également été recensées, dont cinq à Tuyen Quang et huit au parc Le Thi Rieng, à Hô Chi Minh-Ville.

Le général de division Doan Quang Hoa, directeur du Département des politiques sociales du ministère vietnamien de la Défense

Les autorités compétentes doivent composer avec de nombreuses difficultés : manque de personnel technique, dégradation importante des restes après plusieurs décennies, raréfaction des archives et des témoins historiques, mais aussi diminution progressive du nombre de proches des martyrs et affaiblissement de leur mémoire.

Afin de renforcer les capacités d’identification ADN, le Comité national de pilotage chargé de la recherche, du rapatriement et de l’identification des restes de martyrs (Comité de pilotage 515) a décidé de mettre en place cinq chaînes technologiques NGS-SNP dans quatre centres spécialisés, en deux phases, prévues en octobre 2026 et en mars 2027.

L’Académie des sciences et technologies du Vietnam et les organismes concernés s’emploient actuellement à préparer les infrastructures et les ressources humaines nécessaires et à assurer le transfert des technologies afin de permettre un fonctionnement coordonné. L’objectif est de parvenir à séquencer avec succès 9 000 échantillons ADN au cours des six derniers mois de 2026.

Les bases de données consacrées aux martyrs, à leurs tombes, aux cimetières de martyrs et aux dossiers individuels continuent également d’être complétées.

« Nous espérons qu’au terme de la Campagne des 500 jours et nuits, nous disposerons d’une vaste base de données qui permettra d’améliorer encore le travail d’identification des restes des martyrs », a déclaré Vu Ngoc Thuy, directeur adjoint du Département chargé des personnes ayant rendu des services méritoires à la Patrie (ministère des Affaires intérieures).

Pour rappel, à l’issue d’une réunion du Comité de pilotage 515, tenue le 13 août dernier, la vice-Première ministre Pham Thi Thanh Tra a affirmé que le prélèvement d'échantillons était une décision opportune et nécessaire, facilitant leur conservation et leur stockage tout en améliorant les possibilités d'identification future par analyse ADN. Elle a également insisté sur l'importance de perfectionner les méthodes d'identification par recoupement des archives, des documents militaires et locaux ainsi que des informations fournies par les familles.

La vice-Première ministre a demandé aux organismes compétents de ne pas perdre un jour de plus et de se concentrer immédiatement sur les tâches urgentes. Elle les a également appelés à mettre en œuvre les mesures tout en perfectionnant progressivement les méthodes, en veillant à ce que chaque étape soit menée avec rigueur.

La dernière étape de la « Campagne des 500 jours et nuits » exige ainsi davantage de rapidité, une action plus résolue et une coordination plus étroite, afin d’atteindre les objectifs fixés et de permettre au plus grand nombre de héros tombés au combat de retrouver enfin leur famille et leur terre natale.

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