Campagne des 500 jours et nuits : efforts pour identifier les martyrs

Des dizaines de milliers d’échantillons de restes de martyrs non identifiés sont transférés par les localités vietnamiennes à l’Institut de médecine légale militaire pour conservation et expertise ADN. Face à ce volume, les personnels de l’Institut s’efforcent d’identifier les martyrs et de répondre à l’attente de leurs familles

Des techniciens procèdent au traitement des échantillons de restes de martyrs avant leur stockage. Photo : QDND.
Des techniciens procèdent au traitement des échantillons de restes de martyrs avant leur stockage. Photo : QDND.

Des dizaines de milliers d’échantillons conservés

En pleine période estivale, un véhicule du Comité directeur chargé de la recherche, du rassemblement et de l’identification des restes de martyrs de la province de Phu Tho, au Nord du Vietnam, a acheminé des échantillons vers le centre de réception, de conservation et de stockage relevant du Département de médecine militaire.

Les personnels de l’Institut de médecine légale militaire ont immédiatement procédé à leur réception, vérifiant emballages, étiquettes, catégories et quantités, avant de les photographier. Chaque information figurant sur les boîtes a été minutieusement confrontée aux dossiers afin d’en garantir l’exactitude.

Les échantillons sont ensuite codés avant d’être transférés dans la salle de traitement. Les équipes évaluent leur état, notamment leur degré de dégradation, leur humidité et la présence de moisissures, afin de déterminer le traitement approprié et d’éviter toute contamination croisée.

La commandante Le Thi Huong Lien, technicienne de l’équipe de conservation, explique que, même lorsque les prélèvements ont été réalisés conformément aux procédures, leur qualité varie selon les conditions et les lieux de prélèvement. Ils doivent donc être retraités avant leur conservation à long terme : élimination des éléments étrangers, séchage adapté à leur état, puis stockage.

La salle de stockage offre un environnement particulier, maintenu à environ 15 °C. Les échantillons sont rangés dans des armoires compartimentées et soigneusement numérotées. Équipés de vêtements de protection, les techniciens vérifient les emballages et les codes d’identification avant de placer chaque échantillon à l’emplacement qui lui est attribué. Ces échantillons sont conservés en vue des expertises ADN.

Selon le commandant Trinh Thanh Hiep, chef adjoint du Département d’expertise de l’Institut, le volume important d’échantillons impose une conservation à long terme. Une mauvaise conservation pourrait accélérer la dégradation de l’ADN et compromettre la fiabilité des analyses. Une conservation rigoureuse facilite également les étapes ultérieures d’extraction, d’analyse et de comparaison de l’ADN.

Dans le cadre de la Campagne de 500 jours et nuits visant à accélérer la recherche, le rassemblement et l’identification des restes de martyrs, l’Institut est chargé de recevoir environ 72 000 échantillons provenant de 17 provinces et villes du pays. Au 12 août, plus de 19 000 échantillons avaient été réceptionnés, codés et munis d’un QR code. L’ensemble du processus est strictement contrôlé et géré par le logiciel LIMS, afin de garantir une chaîne continue et sécurisée et de permettre la mise à disposition rapide des échantillons pour les expertises ADN.

Une détermination sans faille

Les échantillons conservés sont ensuite soumis à l’expertise ADN. Au Vietnam, la difficulté tient notamment au fait que la plupart des restes ont été enterrés pendant plusieurs décennies. Température, humidité, climat, micro-organismes et autres facteurs environnementaux ont fortement dégradé leur ADN. À partir de fragments osseux parfois très petits, les experts sélectionnent les parties les mieux conservées, les traitent au moyen de technologies modernes et recourent à des techniques d’amplification génique très sensibles afin d’obtenir des séquences d’ADN exploitables.

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Des techniciens réalisent une réaction d’amplification génique. Photo : QDND.

Les opérations d’expertise sont réalisées dans quatre salles techniques spécialisées. Les techniciens appliquent strictement les procédures établies. Chaque geste doit être précis, car la moindre erreur peut compromettre l’expertise d’échantillons de mauvaise qualité.

La commandante Do Thi Xao Mai, chercheuse au Département d’analyses biologiques, précise que les échantillons exploitables sont soumis à l’extraction, à l’amplification et au séquençage de l’ADN. Les séquences obtenues à partir des restes sont ensuite comparées à celles des proches. En cas de concordance, les experts peuvent établir l’identité du martyr.

Cette procédure scientifique rigoureuse exige patience, minutie et précision. Lorsque les résultats ne sont pas exploitables, les experts reprennent l’ensemble du processus afin d’en identifier la cause et renouvellent l’expertise.

Cette persévérance a permis d’obtenir des résultats précieux : l’identification de nombreux martyrs. La lieutenante-colonelle Nguyen Thi Ngoc Anh, cheffe du Département d’analyses biologiques, évoque avec émotion plusieurs cas de correspondances réussies.

Parmi eux figure une série d’échantillons recueillis par l’équipe K52 du Commandement militaire de la province de Gia Lai dans la commune de Ia Boong. De très mauvaise qualité, les restes présentaient notamment des dents fortement dégradées et un ADN extrêmement altéré. La première tentative de séquençage n’avait pratiquement donné aucun résultat. L’équipe a néanmoins repris l’ensemble du processus, ajusté la procédure d’extraction et renouvelé l’analyse jusqu’à la quatrième tentative. Grâce à son expertise et à sa détermination, elle a réussi à séquencer l’ADN d’un échantillon, dont le profil correspondait à celui d’un proche. Le martyr a été identifié comme Ngo Dinh Hao, originaire de Hung Yen.

Un autre cas concerne le martyr Nguyen Van Ket, originaire de Bac Ninh, dont les restes avaient été retrouvés au cimetière des martyrs de Tra On, dans la province de Vinh Long. Grâce à la coordination étroite entre le Département des personnes ayant rendu des services à la Patrie du ministère de l’Intérieur et le Régiment 1 de la Division 330 de la Région militaire 9, l’Institut a pu réaliser l’expertise morphologique, le prélèvement et l’analyse ADN avec succès.

Afin d’accroître sa capacité d’analyse, l’Institut de médecine légale militaire modernise ses infrastructures, ses équipements et ses ressources humaines. Le colonel, docteur Nguyen Van Loi, directeur de l’Institut, indique que les espaces d’extraction ont été réorganisés selon un flux de travail à sens unique. La salle de traitement des échantillons comprend désormais quatre cabines distinctes permettant à quatre équipes de travailler simultanément tout en limitant les contacts et les risques de contamination croisée. L’Institut combine également les solutions techniques et la transformation numérique pour améliorer l’expertise et l’identification des restes de martyrs.

Parallèlement, l’Institut renforce la formation professionnelle de ses personnels et bénéficie de renforts de l’Institut de médecine préventive militaire, de l’Institut de médecine radiologique et d’oncologie militaire ainsi que de l’Institut de contrôle et de recherche pharmaceutiques et des équipements médicaux militaires. Les équipes sont organisées avec souplesse, y compris en dehors des heures de travail, afin d’assurer la continuité des analyses.

Chaque identification réussie, chaque nom de martyr rendu à sa famille et gravé sur une tombe témoigne des efforts et du dévouement des personnels de l’Institut de médecine légale militaire dans le cadre de la Campagne de 500 jours et nuits. Elle illustre également la responsabilité de l’Armée envers les martyrs et leurs familles. Derrière le travail exigeant des laboratoires se trouve la confiance de la population dans une campagne profondément humanitaire, destinée à rendre leur identité aux martyrs qui ont sacrifié leur vie pour la Patrie.

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