Il y a 53 ans, au cours de violents combats à Tay Ninh, les deux hommes ont perdu la vie. Ils ont été enterrés côte à côte, au pied d’un arbre centenaire, dans le hameau de Con Tran, commune de Tan Hoa, ancien district de Tan Chau.
Deux noms conservés dans des flacons de pénicilline
Au début de l’automne, dans la petite maison de Le Van Thai, à Vinh Tuong, celui-ci raconte son long parcours pour retrouver la tombe de son frère aîné, Le Van Tu, mort le 4 janvier 1973.
Le Van Tu était l’aîné de la famille. Il s’était engagé dans l’armée le 5 janvier 1971, avant d’être envoyé dans le Sud-Est du pays le 31 octobre de la même année, au sein du Bataillon de transmissions 42.
Entre son départ et sa mort, il n’eut jamais l’occasion de rentrer en permission. Lorsque l’avis de décès parvint à la famille, son père, accablé de douleur, pleura pendant plusieurs jours. Jusqu’à son dernier souffle, il demanda à ses proches de retrouver Tu et de le ramener, coûte que coûte, dans sa région natale.
En 2003, malgré les difficultés financières de sa famille, Le Van Thai emprunta sept millions de dôngs pour partir dans le sud du pays à la recherche de son frère. Pendant un mois et demi, il parcourut plusieurs provinces et visita de nombreux cimetières militaires, sans résultat. Faute d’informations suffisantes, il dut finalement rentrer à Nghe An.
Une piste apparut au cours d’un après-midi de la fin de l’hiver 2010. Alors qu’il travaillait dans les champs, Le Van Thai reçut l’appel d’un proche installé dans le Sud, l’informant que des renseignements concernant la tombe de son frère venaient d’être retrouvés.
« Ce jour-là, j’ai tout abandonné pour rentrer immédiatement chez moi. Après des décennies d’attente, cette nouvelle a fait éclater toute la famille en sanglots », se souvient-il.
Quelques jours plus tard, il repartit précipitamment pour Tay Ninh avec plusieurs proches. Lorsqu’on lui indiqua l’emplacement où son frère avait été enterré, il reconnut avec stupéfaction l’endroit même où sa moto était tombée en panne sous une pluie torrentielle, sept ans auparavant, lors de ses premières recherches.
Aujourd’hui âgé de près de 70 ans, il se souvient encore précisément du témoignage de Mme Ba, une ancienne infirmière du district de Tan Chau, Tay Ninh. Celle-ci avait affirmé que son frère et un autre soldat prénommé Hien, originaire de la même province et appartenant à la même unité, avaient été enterrés sous un grand arbre dans le hameau de Con Tran.
« Nous avons creusé à l’endroit qu’elle nous avait indiqué. Nous avons découvert deux crânes, quelques ossements et deux flacons de pénicilline. Dans chacun se trouvait un petit morceau de papier jauni par le temps, mais encore lisible, portant les noms de Le Van Tu et de Nguyen Hien.
Personne n’a pu retenir ses larmes. Comme il était impossible de distinguer les ossements de chacun, nous avons, avec l’accord des autorités compétentes, exhumé l’ensemble des restes ainsi que quelques poignées de terre sombre de la tombe, puis les avons ramenés à Nghe An », relate-t-il.
L’énigme du nom « Nguyen Hien »
De retour sur leur terre natale, les deux soldats ont continué de reposer ensemble dans une même tombe au cimetière international Vietnam-Laos.
À l’époque, l’identité du second défunt n’ayant pas encore été confirmée, seul le nom de Le Van Tu figurait sur la stèle.
Au cours des années suivantes, Le Van Thai sollicita ses amis, ses connaissances, des anciens combattants et les autorités afin de retrouver des informations sur le soldat nommé Nguyen Hien. Toutes ses démarches restèrent sans résultat.
Ce n’est qu’en 2016 que plusieurs habitants de l’ancien district de Nghi Loc se rendirent chez lui. Ils se présentèrent comme des proches de Tran Dinh Hien, né en 1952 et originaire de la commune de Nghi Tien, aujourd’hui intégrée à la commune de Hai Loc, dans la province de Nghe An.
« Lorsque j’ai raconté l’exhumation sous le grand arbre et montré à Lich le flacon de pénicilline contenant le papier sur lequel était inscrit le nom Nguyen Hien, il a été bouleversé et a éclaté en sanglots. Pendant tant d’années, lui et sa famille avaient eux aussi cherché partout, sans jamais retrouver la tombe de son frère. » Le Van Thai
Selon les informations fournies par Tran Dinh Lich, frère aîné de Tran Dinh Hien, les archives du Bataillon de transmissions 42 indiquaient qu’en janvier 1973, Hien et Tu avaient été blessés alors qu’ils traversaient une rivière au cours d’une mission. Tous deux avaient ensuite été conduits au poste chirurgical du hameau de Con Tran, dans la commune de Tan Hoa.
Le 4 janvier 1973, le poste fut attaqué par les forces ennemies. Tran Dinh Hien et Le Van Tu perdirent la vie. Face à l’urgence, les médecins et infirmiers n’eurent que le temps de les enterrer sous un arbre, en plaçant auprès de chacun un flacon de pénicilline contenant son nom.
« Lorsque j’ai raconté l’exhumation sous le grand arbre et montré à Lich le flacon de pénicilline contenant le papier sur lequel était inscrit le nom Nguyen Hien, il a été bouleversé et a éclaté en sanglots. Pendant tant d’années, lui et sa famille avaient eux aussi cherché partout, sans jamais retrouver la tombe de son frère », confie Le Van Thai.
Certificat « La Patrie reconnaissante » décerné à Le Van Tu. (Photo : TTH)
Restait toutefois une question : pourquoi le papier portait-il le nom de Nguyen Hien alors que le frère recherché par Tran Dinh Lich s’appelait Tran Dinh Hien ?
Le Van Thai estime qu’une erreur de nom de famille a probablement été commise au moment de l’inhumation. Les informations qu’il avait recueillies sur la tombe de son frère concordaient en effet avec celles obtenues par la famille de Tran Dinh Hien.
Après avoir travaillé avec l’ancienne unité et interrogé les témoins, Tran Dinh Lich a confirmé cette hypothèse.
Tran Cong Long Binh, né en 1976, fils de Tran Dinh Lich et domicilié dans le quartier de Vinh Hung, raconte :
« Une fois l’identité de mon oncle établie, la tombe commune du cimetière international Vietnam-Laos a reçu une nouvelle stèle portant les informations complètes de Le Van Tu et de Tran Dinh Hien. Mon père et l’oncle Thai sont devenus frères de cœur. Ce lien a été entretenu au fil des années. Même après le décès de mon père, nos deux familles sont restées très proches. Elles se retrouvent lors de la commémoration commune, de la Journée des invalides de guerre et des morts pour la Patrie, le 27 juillet, ainsi que pendant les fêtes traditionnelles. »