La transformation numérique, l’automatisation et l’accès aux financements verts constituent désormais des leviers essentiels pour permettre aux entreprises d’accroître leur productivité, d’optimiser leurs coûts et de répondre aux exigences du développement durable.
Pour réussir cette transition, elles doivent toutefois choisir des technologies adaptées, renforcer leurs capacités de gestion, normaliser leurs données et élaborer des plans d’investissement axés sur l’efficacité économique à long terme.
Ces enjeux ont été au cœur des échanges entre experts, chercheurs et représentants d’entreprises lors du programme ESG Company Tour 2026, placé sous le thème « Automatisation – Efficacité – Finance verte », organisé le 29 octobre à l’usine de la société par actions de plastique Binh Minh, dans la province de Tay Ninh (Sud).
L’automatisation au service de l’efficacité de la production
Selon les experts, l’investissement dans les technologies modernes devient de plus en plus indispensable face à l’intensification de la concurrence et au renforcement des exigences environnementales.
Toutefois, l’automatisation ne consiste pas simplement à remplacer le travail manuel par des machines. Elle doit s’accompagner d'une réorganisation des processus de production et d'une amélioration de la gestion opérationnelle.
Niwat Athiwattananont, vice-président de SCG Vietnam et directeur général de la société par actions de plastique Binh Minh, a estimé que la transition verte devait aller de pair avec l’investissement dans de nouvelles technologies afin d’améliorer la productivité et l’efficacité de l’utilisation des ressources.
Ce processus reste néanmoins confronté à de nombreux obstacles, notamment pour les petites et moyennes entreprises (PME), qui disposent de moyens financiers, technologiques et humains limités.
Dans la pratique, l’acquisition d’équipements modernes ne garantit pas à elle seule une amélioration de l’efficacité de la production si ceux-ci ne correspondent pas aux besoins et aux capacités d’exploitation de l’entreprise. Il est donc essentiel d’identifier les principaux points de blocage dans les opérations avant de décider des investissements, afin d’éviter des dépenses supplémentaires sans retombées proportionnelles.
Dans le secteur du plastique, le président de l’Association du plastique de Hô Chi Minh-Ville, Chung Tan Cuong, a indiqué que le recours aux robots pouvait permettre de réduire de 10 à 15 % le temps d’exploitation.
Par ailleurs, l’automatisation du dosage et du mélange des matières premières permet de contrôler avec précision les proportions des composants, de limiter les produits défectueux, d’économiser les matières premières et d’améliorer l’homogénéité des produits.
Selon lui, les entreprises devraient commencer par automatiser les étapes dont les gains d’efficacité peuvent être clairement mesurés, plutôt que de procéder à des investissements généralisés sans avoir préalablement évalué leurs besoins. Cette approche permet à la fois d’optimiser les ressources et de préparer l’extension progressive de la transformation.
Lever les obstacles à l’accès aux financements verts
Outre les technologies, l’accès aux capitaux constitue un facteur déterminant pour la mise en œuvre des projets de transition verte. Pourtant, de nombreuses entreprises rencontrent encore des difficultés pour accéder aux crédits verts, en raison de leurs capacités financières limitées, du manque de données et de la difficulté à démontrer les retombées environnementales de leurs projets.
Selon le professeur et docteur Nguyen Duc Trung, recteur de l’Université bancaire de Hô Chi Minh-Ville, l’un des principaux obstacles réside dans l’absence, au sein de nombreuses entreprises, de systèmes d’indicateurs normalisés permettant de mesurer les économies d’énergie, la réduction des émissions et les gains liés à l’application des nouvelles technologies.
Le manque de données transparentes complique également l’évaluation de la faisabilité et de l’impact environnemental des projets par les établissements de crédit.
À cela s’ajoutent des capacités encore limitées en matière de mise en œuvre des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), en raison notamment du manque de personnel spécialisé et de leur intégration insuffisante dans les stratégies de développement à long terme des entreprises.
Nguyen Duc Trung a estimé que les entreprises devaient normaliser leurs données, renforcer la formation de leur personnel et engager le dialogue avec les banques dès la phase de conception des projets d’investissement.
Il a notamment souligné que les projets d’automatisation ou d’économie d’énergie ne pouvaient être considérés automatiquement comme des projets verts sans indicateurs permettant de démontrer leurs bénéfices concrets, tels que la réduction de la consommation d’électricité, des déchets ou des émissions.
Selon les données publiées le 14 octobre par la Banque d’État du Vietnam, l’encours des crédits verts dans l’ensemble du système bancaire a dépassé 856.000 milliards de dôngs à la fin juin 2026, en hausse de 9,87 % par rapport à fin 2025.
Toutefois, cette progression ne signifie pas que toutes les entreprises souhaitant engager leur transition puissent accéder facilement à ces financements. Outre les critères environnementaux, elles doivent satisfaire aux conditions habituelles d’octroi de crédit, notamment disposer de dossiers juridiques en règle, justifier d’une capacité financière suffisante, présenter un plan d’affaires viable et démontrer leur capacité de remboursement.
Du côté des entreprises, Ngo Thi Thu Thuy, présidente du conseil d’administration de Fujiwa Vietnam, a souligné que les exigences relatives à la qualité des produits, aux processus de production et au développement durable étaient de plus en plus importantes sur les marchés d’exportation, notamment aux États-Unis et en Australie.
Cette évolution impose aux entreprises d’investir davantage dans les technologies, l’automatisation et la formation du personnel.
Cependant, le poids des taux d’intérêt et les exigences en matière de dossiers et de données attestant du respect des critères environnementaux constituent encore des obstacles importants, particulièrement pour les entreprises disposant de capitaux limités.
Les participants ont convenu que la transition verte devait être envisagée comme un processus de transformation globale, reposant sur une coordination étroite entre les technologies, l’organisation de la production, la gestion des données et les compétences du personnel.
Pour les PME, une mise en œuvre progressive, privilégiant les investissements dont les retombées sont concrètes et mesurables, constitue une approche adaptée.
En renforçant leurs capacités de gestion, en assurant la transparence de leurs données et en démontrant la viabilité de leurs projets, les entreprises pourront non seulement améliorer leur accès aux financements verts, mais aussi accroître leur productivité, mieux répondre aux normes internationales et consolider leur compétitivité à long terme.