Le banh giay du Têt H’Mong, une tradition vivante

Dans le froid caractéristique du Têt traditionnel, dans les hautes terres de Pa Co, s’asseoir près d’un foyer aux braises rouges, tendre les mains pour se réchauffer et déguster un banh giay encore souple et parfumé suffit à donner le sentiment que le printemps arrive plus tôt.

Au cœur des montagnes, la saveur du riz gluant de montagne, mêlée à la fumée du feu et aux éclats de voix, installe une chaleur singulière, née de pratiques transmises de génération en génération.

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Le banh giay est pilonné lorsque le riz est encore très chaud, puis divisé en portions régulières une fois la matière devenue souple et homogène.

Indissociable du Têt traditionnel des H’Mong, le banh giay surprend pourtant les visiteurs qui le découvrent pour la première fois. Dans le froid des hautes terres, le banh giay fraîchement pilonné durcit rapidement à l’air libre. Exposé aux braises ou rapidement passé à la poêle, il retrouve aussitôt sa souplesse et libère un parfum caractéristique. Cette transformation, simple, mais étonnnate, intrigue et amuse les visiteurs.

Au fil des années passées à observer la préparation du banh giay durant le Têt, une évidence s’impose : derrière cette spécialité d’apparence modeste se déploie un véritable espace de vie communautaire. Ici, ce mets n’est pas seulement destiné à être consommé, il participe à la cohésion du groupe.

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Le pilonnage revient le plus souvent aux hommes les plus robustes.

Le banh giay est préparé à partir d’un riz gluant de montagne, réputé pour son parfum et sa texture, cultivé par les H’Mong sur leurs meilleures terres. Dès l’après-midi du dernier jour de l’année lunaire, presque chaque foyer cuit de grandes quantités de riz gluant à la vapeur en vue du pilonnage. Les banh giay sont confectionnés en nombre, à la fois pour les offrandes rituelles et pour être consommés tout au long du mois du Têt, période centrale de l’année marquée par les retrouvailles familiales et l’attente d’une année favorable.

Le pilonnage du banh giay est une tâche éprouvante, qui exige force et synchronisation. Les hommes se réunissent en groupes, se relaient autour du mortier, puis passent d’une maison à l’autre, contribuant à diffuser l’atmosphère festive dans l’ensemble du village. Le bruit régulier des pilons, répercuté par les montagnes, se mêle aux conversations et aux rires, dessinant une cadence propre au printemps des hautes terres.

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Les femmes H’Mong interviennent principalement lors de l’étape du façonnage.

Les femmes H’Mong participent parfois au pilonnage, davantage pour partager l’effervescence collective que pour assurer la tâche principale, car la préparation doit être travaillée sans interruption tant qu’elle est chaude. Une fois refroidie, elle devient rapidement dure et difficile à manier. Chaque coup de pilon doit alors traverser la masse élastique et frapper le fond du mortier en bois, produisant un son sourd et régulier.

Lorsque la consistance souhaitée est atteinte, la masse est divisée en portions, arrondie à la main puis enveloppée dans des feuilles de bananier. Afin d’éviter qu’elle n’adhère, les femmes s’enduisent les mains de jaune d’œuf écrasé, ce qui donne aux banh giay une surface lisse et brillante. Ces gestes simples traduisent un savoir-faire patiemment transmis.

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Le banh giay occupe une place essentielle dans les rituels du Têt des H’Mong.

Aujourd’hui, cette pratique ne se limite plus à la sphère familiale : elle s’inscrit aussi dans le développement du tourisme communautaire. Dans certains villages H’Mong, les visiteurs sont invités à participer au pilonnage, au façonnage et à déguster le banh giay encore chaud près du feu. C’est le cas notamment au homestay de Giang A La, où cette activité est préservée dans un esprit fidèle aux usages traditionnels.

Pour Giang A La, le banh giay symbolise à la fois l’abondance, la chance et l’unité communautaire. « Lorsque l’on pile ensemble et que l’on s’assoit autour du feu, les inconnus cessent de l’être », explique-t-il. Faire découvrir cette coutume aux visiteurs permet, selon lui, de transmettre la culture du Têt H’Mong de manière naturelle.

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Concours de pilonnage de banh giay lors du festival traditionnel Gau Tao des H’Mong de Pa Co.

Cette authenticité marque durablement les visiteurs. Tran Thi Anh, venue de Hanoi, raconte avoir célébré pour la première fois le Têt dans un village H’Mong : tenir le pilon, entendre son écho résonner dans la montagne, puis partager le banh giay chaud près du feu. Une expérience qu’elle décrit comme discrète, mais profondément chaleureuse.

Chaque année, à l’occasion du festival Gau Tao, l’un des événements traditionnels majeurs des H’Mong, des concours de pilonnage de banh giay sont organisés entre les villages. Le rythme soutenu des pilons attire habitants et visiteurs, contribuant à la transmission de cette pratique ancestrale.

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Le festival Gau Tao 2026 se tiendra les 30 et 31 janvier.

À l’écart de l’agitation du monde moderne, le banh giay du Têt H’Mong conserve une saveur simple et intacte, à l’image des habitants des hautes terres. Dans le froid printanier de la montagne, ce mets souple et parfumé demeure l’un des témoins les plus éloquents d’une culture vivante et profondément enracinée.

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