Le gardien du khène : comment un musicien hmong accompagne la transformation de son village

Depuis plusieurs décennies, le khène accompagne aussi les profondes transformations d'une communauté tout entière. Derrière cette histoire se trouve Vang Cha Thao, artiste distingué par l'État vietnamien pour sa contribution à la préservation du patrimoine culturel.

Au cœur des montagnes de Chung Pa A, dans la province de Tuyen Quang, le son du khène, l'instrument à vent traditionnel des Hmongs, ne résonne pas seulement lors des fêtes. Depuis plusieurs décennies, il accompagne aussi les profondes transformations d'une communauté tout entière. Derrière cette histoire se trouve Vang Cha Thao, artiste distingué par l'État vietnamien pour sa contribution à la préservation du patrimoine culturel.

Une vocation née au son du khène

Né en 1965 dans le hameau de Chung Pa A, Vang Ch Thao grandit au sein d'un environnement où les traditions hmong occupent une place centrale. Dès son plus jeune âge, il est fasciné par les longues mélodies du khène, les airs de flûte et les chants populaires qui rythment la vie du village.

Pour lui, ces musiques ne sont pas de simples expressions artistiques : elles incarnent la mémoire collective et l'identité de son peuple.

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L'Artiste émérite Vang Cha Thao initie des élèves à l'art du khène hmong, leur transmettant à la fois un savoir-faire musical et l'attachement aux traditions culturelles, dans la commune de Pho Bang (province de Tuyen Quang).

À l'âge de treize ans, alors que la plupart des enfants de son âge consacrent leur temps aux jeux, il choisit d'apprendre auprès de maîtres reconnus, notamment Vu Nhe Cu et Vang Nhe Chi. Il y découvre non seulement la pratique du khène et du chant traditionnel, mais aussi la manière de comprendre et de transmettre un patrimoine vivant.

Après près de sept années d'apprentissage, il maîtrise plusieurs instruments traditionnels — khène, trompe, tambour et vièle à deux cordes — ainsi qu'un vaste répertoire de chants et de danses populaires hmongs. Il devient progressivement une figure incontournable des festivals et manifestations culturelles de la région.

Préserver une mémoire vivante

Son engagement dépasse largement la scène.

Dans sa maison de Chúng Pả A, de vieux khènes, tambours et instruments à vent sont soigneusement conservés. Pour lui, ces objets constituent un héritage collectif qu'il convient de protéger autant que de transmettre.

Convaincu qu'une culture ne peut survivre si elle n'est plus pratiquée, il intervient régulièrement dans les écoles et lors d'activités communautaires. Il y enseigne aux jeunes les techniques du khène, les danses traditionnelles et la signification des principaux rituels hmongs.

Selon lui, un patrimoine qui n'est plus transmis finit inévitablement par disparaître.

Animé par cette conviction, il a contribué à la création de l'Association des artisans des arts populaires de la commune de Pho Bang, dont il assure la présidence. L'organisation rassemble aujourd'hui plus d'une cinquantaine de membres investis dans la sauvegarde des traditions locales : chant populaire, musique, danse, tissage du lin, confection des costumes traditionnels, forge artisanale ou encore pratiques rituelles.

Ces rencontres constituent autant des espaces de transmission que des lieux de réflexion sur les moyens de préserver un patrimoine confronté aux évolutions de la société contemporaine. Elles ont également permis à plusieurs artisans de participer à des manifestations culturelles organisées à l'intérieur comme à l'extérieur de la province, contribuant à faire connaître la culture hmong auprès d'un public plus large.

Entre recherche et transmission

Fort de ses connaissances, Vang Cha Thao participe également au groupe provincial chargé de la collecte et de la recherche sur le patrimoine culturel immatériel.

Il a notamment contribué à plusieurs études consacrées à l'origine du khène hmong, aux cérémonies de nomination des nouveau-nés ou encore aux rituels liés à l'installation dans une nouvelle maison.

Pour lui, la recherche ne se limite pas à l'archivage des traditions : elle constitue un moyen de leur permettre de continuer à évoluer et à trouver leur place dans la société actuelle.

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Vue panoramique du hameau de Chung Pa A, dans la commune de Pho Bang, où vit l’Artiste émérite Vang Cha Thao, engagé depuis de nombreuses années dans la préservation et la transmission du patrimoine culturel traditionnel hmong.

Faire évoluer les traditions sans renier la culture

Au-delà de son rôle de musicien et de passeur de mémoire, Vang Cha Thao est reconnu comme l'une des personnalités les plus écoutées de la communauté hmong de Pho Bang.

Depuis de nombreuses années, il œuvre à faire évoluer certaines pratiques coutumières jugées préjudiciables, comme les veillées funéraires excessivement longues, les sacrifices de nombreux animaux lors des obsèques, certaines formes de compensation rituelle, ainsi que les mariages précoces ou entre proches parents.

Selon lui, ces pratiques pèsent lourdement sur les familles, tant sur le plan économique que sanitaire.

Avec les membres de l'Association des artisans des arts populaires, il a engagé un travail de réflexion visant à distinguer les traditions qui méritent d'être préservées de celles qui peuvent être adaptées aux réalités contemporaines.

Sa méthode repose avant tout sur le dialogue. Il sollicite en priorité les responsables religieux traditionnels, les joueurs de khène et les personnalités influentes afin qu'ils montrent l'exemple avant d'encourager l'ensemble de la communauté à adopter de nouvelles pratiques.

Invité aux mariages et aux cérémonies funéraires, il ne se contente pas d'accomplir les rituels. Il prend également le temps d'expliquer aux familles qu'il est possible de conserver la dimension symbolique des cérémonies tout en limitant les dépenses et les formalités devenues excessives.

Des changements progressifs mais durables

La durée des cérémonies funéraires figurait parmi ses principales préoccupations, de nombreuses familles s'endettant pour respecter des usages anciens.

En collaboration avec les autorités locales, il mène depuis plusieurs années un travail de sensibilisation de proximité, rencontrant familles, clans et notables afin de promouvoir des pratiques plus sobres.

Peu à peu, les mentalités évoluent.

Aujourd'hui, sept des douze grands clans de Pho Bang utilisent désormais des cercueils pour les inhumations, seize des dix-huit villages de la commune ont réduit la durée des funérailles, tandis que la majorité des mariages sont désormais célébrés dans un esprit plus simple, conciliant traditions et mode de vie contemporain.

Un trait d'union entre héritage et modernité

Pour Giang Xuan Thang, secrétaire du comité du Parti de la commune de Pho Bang, les avancées enregistrées dans l'abandon progressif de certaines pratiques coutumières doivent beaucoup à l'engagement de Vang Cha Thao.

Grâce à sa connaissance de la culture hmong, à son autorité morale et à son implication personnelle, il est devenu un intermédiaire de confiance entre les institutions locales et la population.

Son parcours illustre combien la préservation du patrimoine ne consiste pas seulement à conserver les traditions, mais aussi à les faire évoluer afin qu'elles continuent à répondre aux besoins des communautés qui les font vivre.

Au son du khène qui résonne encore dans les montagnes de Pho Bang, c'est toute l'histoire d'un homme attaché à son héritage culturel qui continue de s'écrire, entre fidélité aux traditions et adaptation au monde contemporain.

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