À l'occasion du 950e anniversaire du Van Mieu – Quoc Tu Giam (Académie impériale) (1076 – 2026), l'exposition « Le Temple de la littérature (Van Mieu – Quoc Tu Giam) dans l'art » a ouvert ses portes le 5 juillet, au Centre d'activités culturelles et scientifiques du Temple de la littérature, à Hanoï.
L'événement réunit 60 œuvres de 34 artistes, mêlant documents historiques et créations contemporaines pour retracer l'évolution du regard porté sur ce haut lieu du patrimoine vietnamien.
À travers cette exposition, les organisateurs souhaitent rapprocher le public de ce patrimoine, valoriser les valeurs culturelles et la tradition d’apprentissage du peuple vietnamien.
Pour le commissaire de l'exposition, Nguyen The Son, le Van Mieu – Quoc Tu Giam est bien plus qu'un monument. « Avec cette exposition, on a voulu montrer le Quoc Tu Giam, cette université, comme une véritable œuvre d'art, un fil qui relie les générations entre elles. C'est un peu comme si ce projet rassemblait des générations d'artistes, à travers le temps, à travers les siècles, qui se retrouvent aujourd'hui réunies dans cette exposition », explique-t-il.
Voici l'image du Van Mieu – Quoc Tu Giam à la fin du XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ siècle qui est restituée à travers les œuvres de peintres français.
« Le premier croquis du Temple de Confucius », du peintre français Gaston Roullet (1847 – 1925)
Entre la fin de l’année 1885 et le début de 1886, Gaston Roullet parcourut le Vietnam, réalisant plus de 200 aquarelles et croquis qui furent ensuite exposés et vendus à Paris. Lors d’une visite au Temple de la littérature, il réalisa la toute première esquisse connue du monument. Cette œuvre fut retrouvée bien plus tard dans un musée en France.
Outre son activité de peintre, Gaston Roullet publia un ouvrage dans lequel il décrivait Hanoï en ces termes : « Partout règne une animation que je suis incapable de rendre, malgré tous mes efforts ; c’est un spectacle d’une effervescence difficile à décrire. Hanoï est extrêmement peuplée ; elle compte au moins 100 000 habitants ».
L’œuvre « Paysage du Van Mieu », réalisée en 1920 par François de Marliave (1874 – 1953), témoigne d’une époque où le confucianisme était déjà en déclin après les derniers concours mandarinaux. Le Van Mieu – Quoc Tu Giam avait alors perdu son rôle de prestigieux centre de l’enseignement académique pour sombrer dans une atmosphère silencieuse et quelque peu abandonnée, au point que les Français le surnommaient parfois le « Temple des corbeaux ».
Le peintre fut séduit par la sérénité mélancolique du site et par les vieux murs couverts de mousse se dessinant à l’ombre des arbres centenaires.
Le tableau intitulé « Paysage du Van Mieu » est également l’œuvre de Jos-Henri Ponchin (1897 – 1981), peintre et graveur français, fils du célèbre artiste Antoine Ponchin. Installé à Hanoï de 1925 à 1931, il y exerça les fonctions de professeur de dessin.
La gravure sur bois « Paysage du Van Mieu », réalisée par la peintre Alix Aymé.
Née à Marseille en 1894, Alix Aymé (1894 – 1989) est l’une des rares artistes étrangères à avoir consacré une grande partie de sa vie à la découverte et à l’étude de la culture vietnamienne à travers la peinture.
Elle enseigna également à l’École Quoc Hoc de Hue (1928), au lycée Albert Sarraut (1931) ainsi qu’à l’École supérieure des Beaux-Arts de l’Indochine.
Quelques stèles des docteurs du Van Mieu – Quoc Tu Giam au XXᵉ siècle apparaissent sous le pinceau de Henry Emile Vollet.
Né à Paris en 1861, Henry Emile Vollet (1861 – 1945) reçut une mention d’honneur au Salon des artistes français en 1888, puis une médaille de bronze lors de l’Exposition universelle de 1900.
Il fut l’un des peintres français présents au Vietnam au début du XXᵉ siècle et réalisa de nombreuses œuvres représentant les lettrés de son époque, les paysages ainsi que la vie quotidienne des travailleurs vietnamiens.
Le peintre Bui Xuan Phai (1920 – 1988), surnommé le “grand arbre” dans l'art vietnamien moderne, a immortalisé une scène de visite du monument par un groupe d’enseignants et d’élèves dans son tableau « Visite au Temple de la littérature ».
Réalisée en 1984, cette œuvre marque une évolution dans la carrière de Bui Xuan Phai, qui délaisse peu à peu les évocations nostalgiques pour exprimer sa confiance dans l’avenir.
Contrairement à ses célèbres œuvres « Rues de Phai », empreintes de silence et de patine, cette huile sur toile, aux couleurs vibrantes, apparaît comme une note lumineuse dans son parcours artistique, traduisant son amour de la vie et son profond optimisme.
Le peintre Trinh Huu Ngoc réalisa en 1975 l’œuvre « Dans le jardin des stèles des docteurs ».
Formé à l’École supérieure des Beaux-Arts de l’Indochine, Trinh Huu Ngoc (1912 – 1997) a profondément marqué la peinture et le design d’intérieur au Vietnam. Il affectionnait les sujets simples et familiers inspirés de la campagne hanoïenne : fleurs sauvages, fruits, villages et paysages ruraux.
En juillet 2023, son fils, le peintre Trinh Lu, a publié un ouvrage consacré à la carrière de son père.
Son tableau Le banian de la porte latérale (1975) est également présenté dans l’exposition.
L’exposition présente également des créations d’artistes contemporains utilisant des techniques et des supports variés, tels que la peinture sur soie, la laque, la photographie ou encore les installations multimédias.
Parmi celles-ci figure « Croquis brodé du jardin du Quoc Tu Giam » (2026), de Pham Ngoc Tram, réalisé à l’aide de fils de soie brodés sur une étoffe de soie. L’œuvre retranscrit les impressions de l’artiste lors d’une promenade matinale dans les jardins du Quoc Tu Giam.
Le tableau sur soie « Confluences », de Do The Truong.
L’installation interactive « Retour triomphal au village natal » (Vinh quy bái tổ), conçue par Nguyen The Son, met en scène huit cortèges composés de toutes les figures traditionnelles : docteurs lauréats, premiers des concours impériaux, porteurs de palanquins, bannières, parasols, fanfares et tambours. Près de 400 personnages ont été recréés à partir de photographies de processions prises par des Français au début du XXᵉ siècle.