Le hat trông quân de Phuc Lam : un patrimoine vivant des campagnes du Nord du Vietnam

Au cœur de la capitale Hanoï, le hat trông quân, un chant populaire alterné rythmé par un tambour de terre, perpétue, dans une remarquable discrétion, l'une des traditions chantées les plus singulières des campagnes du Nord du Vietnam.

Dépourvu de tout artifice, ce chant populaire d'une grande simplicité n'est pas seulement une forme de divertissement, il exprime la mémoire d'une communauté et tisse, depuis des générations, un lien vivant entre les habitants.

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Ce qui distingue avant tout le hat trông quân de Phuc Lam, dans la commune de Dai Xuyen (Hanoï), des autres formes de chant populaire réside dans son instrument emblématique : le trong dat (« tambour de terre »), seul accompagnement musical de toute la représentation.
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Pour le fabriquer, les habitants creusent une fosse d'environ 40 à 45 cm de profondeur. Ils la recouvrent d'une spathe de palmier aréquier, d'une gaine de bambou ou d'une tige de bambou géant servant de membrane. Une corde d'acier, sur laquelle sont enfilées des coquilles d'escargot, est ensuite tendue entre deux piquets en bois.
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La membrane du tambour est réalisée à partir de spathes de palmier aréquier ou de bambou.
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Les coquilles sont placées sous la membrane, dans la cavité creusée dans le sol. Elles produisent une sonorité caractéristique et renforcent la résonance de l'instrument.
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Lorsque la baguette de bambou frappe la corde d'acier, les vibrations se propagent dans le sol. Cette résonance profonde accompagne la mélodie et donne le rythme aux chanteurs.
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Les véritables dépositaires de cette tradition sont les habitants de Phuc Lam. À l'occasion des grandes fêtes villageoises, ils revêtent leurs costumes traditionnels : les hommes portent un ao dai en soie the, un pantalon brun et des sabots en bois ; les femmes sont vêtues d'un ao canh (tunique traditionnelle à quatre pans), d'un yem (camisole) et d'une ceinture couleur fleur de pêcher.
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Traditionnellement, les représentations se déroulent dans des espaces ouverts, comme la cour de la maison communale ou les terrains dégagés à l'entrée du village, le plus souvent lors des nuits baignées par la lumière de la lune.
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Le charme du hat trông quân de Phuc Lam tient aussi à sa grande liberté. Les chants alternés entre hommes et femmes peuvent naître au milieu des rizières, accompagner les travaux agricoles ou résonner dans les lieux de la vie communautaire.
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Les quatre séquences qui composent une représentation traditionnelle s'enchaînent comme les strophes d'un poème. Chacune remplit une fonction précise et contribue à faire monter progressivement l'intensité des échanges.
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Le chant d'ouverture marque le début de la rencontre. Les chanteurs s'adressent mutuellement des paroles de bienvenue et célèbrent leur village afin d'instaurer un climat de convivialité.
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Vient ensuite le chant dialogué, cœur de la représentation. Des représentants des deux groupes, masculin et féminin, rivalisent d'esprit en improvisant leurs répliques. Chaque réponse doit respecter les rimes, le rythme et le sens des vers précédents, tout en faisant preuve de finesse et d'inventivité.
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Les chants d'énigmes et d'épreuve constituent le moment culminant de la joute. Les participants se défient au moyen d'énigmes inspirées de l'histoire, de la littérature ou encore des savoir-faire agricoles, mettant à l'épreuve leurs connaissances autant que leur vivacité d'esprit.
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Enfin, le chant d'adieu clôt la veillée. Les paroles, empreintes de nostalgie et d'affection, expriment le regret de la séparation tout en donnant rendez-vous aux participants pour la prochaine fête du village.
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Malgré les bouleversements de l'histoire, le hat trông quân de Phuc Lam ne s'est jamais éteint. Sa transmission s'est maintenue grâce à la coexistence de deux formes de pratique : les représentations organisées à l'occasion des fêtes traditionnelles et les chants spontanés qui continuent d'accompagner la vie quotidienne des habitants.
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Les anciens artisans, véritables mémoires vivantes de cette tradition, jouent un rôle essentiel dans cette transmission. Au fil des représentations, ils soufflent les paroles, guident les improvisations et initient les plus jeunes aux subtilités de cet art oral.
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Afin de préserver la valeur de ce patrimoine, les autorités locales et les habitants de Phuc Lam multiplient aujourd'hui les initiatives pour en assurer la pérennité : collecte et archivage des chants, reconstitution des espaces traditionnels de représentation, création de clubs culturels, mise au point d'un tambour de terre transportable ne nécessitant plus de creuser une fosse, ou encore intégration du hat trông quân dans les activités périscolaires des établissements scolaires.
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Le hat trông quân de Phuc Lam est bien plus qu'une simple forme de divertissement populaire. Il constitue une mémoire vivante qui témoigne de la vitalité du patrimoine culturel immatériel vietnamien et de sa capacité à continuer de faire battre le cœur de Hanoï, au rythme d'une tradition transmise de génération en génération.
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