Préserver les métiers traditionnels dans les villages des Lo Lo Den

Accrochés aux versants montagneux des communes de Hung Dao, Coc Pang et Bao Lac (dans la province de Cao Bang, au nord-est du Vietnam), les villages des Lo Lo Den préservent des métiers artisanaux qui font partie intégrante de leur identité culturelle.

Malgré la modernisation, les étoffes teintes à l'indigo, les chapeaux coniques tressés à la main et les toits en tuiles yin-yang continuent de raconter l'histoire de l'habileté, de la persévérance et de l'attachement de cette communauté à ses traditions.

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Les costumes traditionnels des Lo Lo Den sont réalisés à partir d'étoffes indigo tissées à la main et de motifs entièrement brodés à la main. Photo : Baocaobang.

Préserver le tissage et la vannerie

Les Lo Lo Den représentent 0,54 % de la population de la province et près de 59 % de l'ensemble des Lo Lo du Vietnam. Ils vivent principalement dans les communes de Hung Dao, Co Ba, Bao Lac et Coc Pang. Leurs villages, installés à flanc de montagne, à proximité de sources naturelles et entourés de forêts sacrées, ont vu naître des métiers artisanaux intimement liés à la vie quotidienne.

Chaque jour, après le travail dans les champs, Mme Chi Thi Phanh, du hameau de Khuoi Khon (commune de Hung Dao), s'installe devant son métier à tisser. À plus de 60 ans, elle fait glisser les fils avec une dextérité intacte pour donner vie aux étoffes indigo caractéristiques des Lo Lo Den.

« Autrefois, presque toutes les familles cultivaient le coton pour fabriquer leurs tissus. Après la récolte, les fibres étaient égrenées, filées puis encollées avant le tissage. La teinture à l'indigo exigeait beaucoup de temps et d'expérience. Les jeunes filles devaient savoir filer, tisser et broder. Aujourd'hui, le coton n'est plus cultivé, mais beaucoup achètent du fil au marché pour confectionner les costumes traditionnels », explique-t-elle.

Toujours portés lors des mariages, des fêtes ou des funérailles, ces costumes occupent une place essentielle dans la vie de la communauté. Le tissage demeure ainsi un moyen de préserver l'identité culturelle.

Dans de nombreux villages, il est encore courant de voir des femmes broder les motifs traditionnels sur des étoffes indigo après les travaux des champs. Chaque point d'aiguille transmet un héritage culturel légué de génération en génération.

Si le tissage est principalement pratiqué par les femmes, la vannerie est l'affaire des hommes. À Ca Meng, dans la commune de Coc Pang, Duong Van Phay achève un chapeau traditionnel des Lo Lo Den. Sous ses mains expertes, les fines lamelles de rotin prennent progressivement forme.

La fabrication d'un chapeau demande plusieurs jours de travail : récolte des matériaux en forêt, préparation des lamelles, montage de l'ossature, pose du papier artisanal, couverture de feuilles de chit (une plante locale), puis application de plusieurs couches d'huile de tung (Vernicia fordii) afin d'assurer son imperméabilité et sa longévité. « Le plus difficile est d'obtenir un tressage parfaitement régulier et un bord solide et bien équilibré », précise-t-il.

Outre les chapeaux, les habitants fabriquent également des paniers, hottes, récipients à grains, nasses et nattes à partir de bambou, de rotin et d'autres ressources disponibles dans la forêt.

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Au quotidien, les hommes lo lo den façonnent avec adresse les objets indispensables à la vie du village. Photo : Baocaobang.

Les derniers témoins des tuiles yin-yang

Dans les villages de Hung Dao, Bao Lac, Co Ba ou Coc Pang subsistent encore des maisons couvertes de tuiles yin-yang. Patinés par le temps, ces toits constituent l'une des marques distinctives du paysage culturel des Lo Lo Den.

Selon les anciens, la fabrication des tuiles était autrefois une activité largement partagée. L'argile était soigneusement sélectionnée, malaxée, moulée puis séchée avant d'être cuite pendant sept jours et nuits. La maîtrise du feu était essentielle : une température mal contrôlée ou une cuisson insuffisante suffisait à fissurer ou déformer les tuiles.

Dao Van Lu, ancien du hameau de Khuoi Khon, se souvient : « Lorsqu'une famille construisait une maison, tout le village participait, depuis l'extraction de l'argile jusqu'à la cuisson des tuiles. Aujourd'hui, seuls quelques habitants maîtrisent encore cette technique. »

L'évolution des conditions de vie et l'apparition de nouveaux matériaux de construction ont progressivement entraîné le déclin de cette activité. De nombreuses familles ont remplacé les toitures traditionnelles par des toits en tôle ou en fibrociment, plus économiques et plus faciles à installer.

La menuiserie traditionnelle suit la même évolution. Charrues, herses, métiers à tisser, mortiers à riz ou meubles en bois sont encore fabriqués par quelques familles, mais beaucoup plus rarement qu'autrefois.

Préserver les métiers pour préserver une identité

À l'heure de la modernisation, plusieurs métiers artisanaux des Lo Lo Den sont menacés de disparition, faute de relève et de débouchés commerciaux. La plupart des objets sont destinés à un usage domestique et procurent peu de revenus, tandis que les jeunes privilégient les études ou un emploi hors du village.

Pourtant, la transmission reste bien vivante dans de nombreuses localités. Les habitants continuent de porter leurs costumes traditionnels au quotidien. Les femmes enseignent à leurs enfants la broderie et la teinture à l'indigo, tandis que les artisans les plus âgés transmettent les techniques de vannerie et de fabrication des chapeaux.

Ces dernières années, les autorités locales ont également entrepris d'associer les métiers traditionnels au développement du tourisme communautaire. Les créations artisanales des Lo Lo Den deviennent ainsi un véritable atout culturel qui attire de plus en plus de visiteurs à Cao Bang.

Au cœur des montagnes frontalières, le bruit du métier à tisser résonne encore dans les maisons sur pilotis, tandis que des mains patientes tressent le rotin et façonnent les chapeaux. Plus qu'une activité artisanale, ces gestes perpétuent la mémoire et l'identité d'une communauté établie sur cette terre depuis des générations.

Préserver les métiers traditionnels, c'est aussi préserver l'âme des villages Lo Lo Den. À Khuoi Khon, Ca Meng ou Ca Dong, ce patrimoine continue d'être transmis avec discrétion afin que l'identité culturelle des Lo Lo Den demeure bien vivante dans le monde contemporain.

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