Le Têt anticipé des Dao Lo Gang sur les hautes terres de Quang Ninh

Les Dao Lo Gang des communes montagneuses de la province de Quang Ninh (au Nord) ont déjà commencé à célébrer le Nouvel An lunaire. Pour eux, le Têt arrive plus tôt, dure plus longtemps et porte l'empreinte profonde d'une culture traditionnelle préservée au fil des générations.

Des familles de l'ethnie Dao Lo Gang se réunissent autour du feu pour le Têt (Nouvel An lunaire). Photo : My Dung.
Des familles de l'ethnie Dao Lo Gang se réunissent autour du feu pour le Têt (Nouvel An lunaire). Photo : My Dung.

Cette communauté a migré en 1982 depuis les communes de Thai Binh et Kien Moc (ancien district de Dinh Lap, province de Lang Son) vers l'ancien district de Ba Che. Aujourd'hui, à Quang Ninh, les Dao Lo Gang résident principalement dans les communes de Luong Minh et Ky Thuong. Bien que leur communauté ne soit pas nombreuse, leur vie culturelle demeure quasi intacte, s'exprimant avec éclat à travers les rites et coutumes du Têt traditionnel.

Contrairement aux Dao Thanh Y qui n'ont pas de maison de culte clanique et célèbrent le Têt normalement à partir du 20e jour du douzième mois lunaire, les Dao Lo Gang organisent le Têt de la « grande maison » (le lieu de culte du clan) dès le 15e jour dudit mois. Ce n'est qu'après cette étape que les foyers sont autorisés à célébrer le Têt dans leur propre demeure (appelée localement « maison-abri »).

L'atmosphère festive se diffuse ainsi très tôt dans chaque maison sur pilotis et sur chaque sentier du village. Au début du printemps, tout le hameau organise la cérémonie du « vœu pour les récoltes », un rite crucial marquant l'entrée officielle dans une nouvelle saison de production. C'est le moment d'implorer des conditions météorologiques clémentes, des récoltes abondantes et une vie prospère.

Les préparatifs commencent de bonne heure. Chaque famille nettoie sa maison et restaure l'autel des ancêtres, l'endroit le plus sacré du foyer. La préparation des vivres et des offrandes revêt une importance capitale : on abat le porc, on confectionne des gâteaux, on distille l'alcool de maïs et on stocke des provisions pour les longs jours de fête, illustrant un mode de vie d'autosuffisance étroitement lié au travail productif.

Duong Nho Kim, un habitant, confie : « Le rite du culte des ancêtres est le cœur du Têt chez les Dao Lo Gang. Lors des derniers jours de l'année, et particulièrement lors du réveillon, le chef de famille fait un rapport aux ancêtres sur l'année écoulée et implore leur protection pour la nouvelle année. »

Durant les premiers jours de l'an, les Dao Lo Gang attachent une importance particulière à l'harmonie familiale et communautaire. Ils s'interdisent les disputes et évitent de prononcer des paroles de mauvais augure, convaincus que les événements du premier jour influencent l'année entière. Le matin du premier jour du Têt, les enfants présentent leurs vœux de longévité aux grands-parents et aux parents, honorant ainsi le principe moral « en buvant l'eau, on se souvient de la source », profondément ancré dans leur vie spirituelle.

Le point d'orgue incontournable du Têt reste le costume traditionnel. Comparés aux autres groupes Dao, leurs vêtements sont brodés à la main avec une minutie extrême et des motifs denses et uniques. Les teintes orange et rouge éclatent sur le tissu noir, accompagnées de motifs de collines, de plantes, de fleurs, de cœurs ou encore du chien, symbole de l'ancêtre mythique des Dao, créant une esthétique à la fois chatoyante et sacrée.

Trieu Thi Mui partage : « Pour le Têt, les femmes portent leurs robes brodées avec complexité, tandis que les hommes portent des tenues traditionnelles simples, mais solennelles, exprimant ainsi leur fierté identitaire. »

Au-delà des rites familiaux, le Têt est aussi l'occasion de renforcer les liens sociaux. On se rend visite, on échange des vœux, on chante et on danse ensemble, rendant l'atmosphère printanière des hautes terres plus animée et chaleureuse.

Malgré la vie moderne, les coutumes du Têt des Dao Lo Gang sont jalousement préservées et transmises aux jeunes générations. Ce Têt précoce sur les hauts plateaux n'est donc pas seulement un festival de début d'année, mais le symbole d'un lien indéfectible entre l'homme, ses ancêtres et sa communauté, porté par des valeurs culturelles pérennes.

Tran Van Dung, président du Comité populaire de la commune de Luong Minh, précise que la commune compte 1 305 foyers, dont 37 familles résidant au hameau de Khe Na, composées essentiellement de Dao Lo Gang. Malgré leur faible effectif, leur conscience de la préservation des coutumes est exemplaire, notamment pour le Têt.

« Dans l'avenir, la commune continuera de mettre en œuvre des solutions pour exploiter et valoriser les richesses culturelles des ethnies, dont celle des Dao Lo Gang, afin d'enrichir l'identité locale. Nous élaborerons des projets de conservation culturelle ainsi que de développement du tourisme communautaire local », a souligné Tran Van Dung.

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