Un aperçu de la grotte de Son Doong. Photo : Tripadvisor.
Un aperçu de la grotte de Son Doong. Photo : Tripadvisor.

Le Vietnam abrite des grottes parmi les plus spectaculaires au monde

Des rivières souterraines interminables aux immenses cavités rocheuses, les grottes du Vietnam renferment une histoire de la terre vieille de plusieurs centaines de millions d’années.

S’il existe un endroit sur Terre où l’on a le sentiment de pénétrer dans un autre monde, ce sont probablement les grottes du Vietnam.

Sous les forêts tropicales, les massifs calcaires et les vallées verdoyantes, l’eau a, durant des millions d’années, lentement creusé les profondeurs de la terre, donnant naissance à d’immenses salles, des rivières souterraines, des stalactites, des dolines et des écosystèmes presque isolés du monde extérieur.

Mais pourquoi le Vietnam possède-t-il un réseau de grottes aussi exceptionnel ?

La combinaison de roches anciennes, d’un climat tropical humide, du relief, des rivières souterraines…

La réponse réside avant tout dans le calcaire. Une partie importante du territoire vietnamien repose sur d’anciennes formations carbonatées, notamment sur les longues chaînes calcaires qui s’étendent du Nord au Centre du pays. Le calcaire est beaucoup plus facilement dissous par l’eau que de nombreux autres types de roches.

Lorsque l’eau de pluie traverse l’atmosphère et le sol, elle absorbe du dioxyde de carbone et forme une faible quantité d’acide carbonique. Cette eau s’infiltre dans les fissures de la roche et les élargit progressivement pour former des galeries. Au fil de centaines de milliers, voire de millions d’années, de petites fissures peuvent ainsi se transformer en tout un réseau de grottes.

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Stalactites dans la grotte de Phong Nha. Photo : junglebosstours.

Cependant, le calcaire à lui seul ne suffit pas. Ce qui fait la singularité des grottes vietnamiennes est la combinaison de roches anciennes, d’un climat tropical humide, du soulèvement du relief, de réseaux de rivières souterraines et d’une histoire tectonique complexe.

L’un des exemples les plus spectaculaires est le parc national de Phong Nha - Ke Bang. Cette région se trouve sur un ancien massif karstique qui s’est développé à partir d’environ 400 millions d’années, au Paléozoïque.

L’UNESCO le considère comme l’un des paysages karstiques calcaires les plus remarquables et les mieux préservés au monde, ainsi que comme le plus ancien vaste système karstique connu en Asie. À ce jour, plus de 220 km de grottes et de réseaux de rivières souterraines ont été recensés dans la zone de Phong Nha - Ke Bang et de Hin Nam No (Laos).

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Camping au cœur de la grotte Pygmy, la 4e plus grande grotte du monde, dans le parc national de Phong Nha-Ke Bang. Photo : junglebosstours.

Ce qui est particulièrement remarquable, c’est que ces grottes ne se sont pas formées en même temps. Elles ressemblent à un livre géologique composé de plusieurs chapitres. Certaines galeries se trouvent à des niveaux élevés, d’autres plus bas, témoignant des différentes périodes au cours desquelles les rivières souterraines ont changé de cours, le relief s’est soulevé ou le niveau des nappes phréatiques a varié.

L’UNESCO relève à Phong Nha des niveaux de grottes fossiles, des traces d’anciens cours d’eau souterrains, différentes phases de dissolution, ainsi que d’immenses formations de stalactites et de stalagmites qui se sont formées avant d’être à leur tour dissoutes.

Autrement dit, chaque grande grotte de cette région peut constituer un véritable témoignage de l’histoire géologique de tout le territoire.

Et puis, il y a Son Doong

Après l’expédition menée en 2009, Son Doong est rapidement devenue un symbole du monde souterrain vietnamien. Ce qui distingue Son Doong n’est pas seulement sa longueur ou sa profondeur, mais surtout l’ampleur de ses espaces intérieurs. Certaines galeries sont si vastes qu’elles pourraient accueillir tout un quartier. La grotte abrite également une rivière souterraine, d’immenses formations calcaires et même des forêts qui se sont développées sous des dolines laissant pénétrer la lumière du soleil.

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Admirez les paysages féeriques lors de la découverte de la grotte de Son Doong à Quang Binh. Source: Vinpearl

C’est un phénomène stupéfiant : un écosystème de forêt tropicale peut exister à l’intérieur d’une grotte.

Les immenses dolines qui s’ouvrent au plafond de la grotte créent des « fenêtres » naturelles, permettant à la lumière, à l’eau de pluie et aux matières organiques d'y pénétrer. Au fil du temps, la végétation s’est développée dans la grotte, donnant naissance à des forêts isolées. La grotte n’est donc plus simplement un espace vide au cœur de la montagne. Elle devient un écosystème soumis à ses propres conditions de luminosité, d’humidité et de température.

Mais le Vietnam ne se résume pas à Phong Nha - Ke Bang

Les grottes du Vietnam, un système géologique en activité

Dans le Nord, la baie d’Ha Long et l’archipel de Cat Ba racontent une tout autre histoire. Si Phong Nha montre comment les eaux souterraines ont façonné des mondes sous les montagnes calcaires, Ha Long - Cat Ba illustre ce qui se produit lorsque la mer envahit une région karstique tropicale.

Les milliers d’îles et d’îlots calcaires qui s’y dressent sont les vestiges d’un vaste relief karstique envahi par la mer. L’UNESCO considère Ha Long - Cat Ba comme l’un des exemples les plus remarquables au monde de karst à tourelles envahi par la mer. Les grottes de la région comprennent d’anciennes cavités formées dans un environnement karstique continental, des grottes situées au pied des reliefs, ainsi que diverses cavités et formations résultant de l’action de la mer sur le calcaire.

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Paysage vu depuis la grotte de Bo Nau, baie d’Ha Long. Photo : Comité de gestion du patrimoine mondial d’Ha Long - Yen Tu.

Cela crée un contraste saisissant. À Phong Nha, on peut s’enfoncer au cœur des montagnes pour observer d’anciennes rivières souterraines. À Ha Long et Cat Ba, les traces des processus karstiques apparaissent au milieu de la mer, là où les tours calcaires se dressent verticalement au-dessus des eaux.

Un autre site illustre également la diversité du karst vietnamien : Trang An. Ici, les massifs calcaires, les vallées encaissées, les cours d’eau et les grottes traversant les montagnes composent un paysage que l’on peut parcourir en bateau. Les grottes n’existent pas de manière isolée, mais s’inscrivent dans un vaste système géomorphologique où l’eau, la roche et le relief interagissent en permanence.

Il faut souligner que le processus de formation des grottes n’est toujours pas achevé.

Chaque goutte d’eau qui s’infiltre aujourd’hui dans une fissure de la roche continue de dissoudre une infime quantité de minéraux. Les rivières souterraines poursuivent leur cheminement en élargissant leurs passages. Les concrétions continuent de se former. Certaines anciennes grottes peuvent être abandonnées lorsque les cours d’eau changent de direction, tandis que de nouvelles galeries continuent d’apparaître plus en profondeur.

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Grotte à Trang An. Photo : VOV.

Ainsi, les grottes vietnamiennes ne sont pas des « ouvrages » achevés. Ce sont des systèmes géologiques vivants, même si leur évolution est si lente qu’elle est presque imperceptible à l’échelle d’une vie humaine.

C’est peut-être aussi ce qui rend le Vietnam si particulier sur la carte mondiale des grottes. Non seulement parce qu’il abrite Son Doong, mais aussi parce qu’il possède tout un éventail de paysages karstiques permettant d’observer différentes étapes de l’histoire géologique : des montagnes calcaires vieilles de plusieurs centaines de millions d’années aux vastes réseaux de rivières souterraines, en passant par les grottes continentales et les tours karstiques aujourd’hui englouties par la mer.

Face à une grotte vietnamienne, nous ne voyons pas seulement l’obscurité. Dans cette obscurité se trouvent les traces de l’eau, du climat, de la tectonique, des mers anciennes et des mouvements incessants de la croûte terrestre.

Et peut-être que le plus extraordinaire est que ces grottes existaient bien avant l’apparition de l’être humain et qu’elles continueront d’évoluer longtemps après notre disparition.

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