Le Vietnam face à la montée de la cybercriminalité : un tournant nécessaire

La signature de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la cybercriminalité (Convention de Hanoï) qu’a accueillie le Vietnam en 2025 est considérée comme un levier permettant au Vietnam de renforcer sa souveraineté numérique.

Le général, professeur et docteur Nguyen Xuan Yem, directeur de l’Institut de sécurité non traditionnelle à l’Université nationale de Hanoï.
Le général, professeur et docteur Nguyen Xuan Yem, directeur de l’Institut de sécurité non traditionnelle à l’Université nationale de Hanoï.

Alors que le Vietnam figure parmi les pays affichant la croissance Internet la plus rapide en Asie, l’essor du numérique s’accompagne d’une multiplication des cybermenaces. La signature de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la cybercriminalité (Convention de Hanoï) qu’a accueillie le Vietnam en 2025 est considérée comme un levier permettant au Vietnam de renforcer sa souveraineté numérique.

Selon le général, professeur et docteur Nguyen Xuan Yem, directeur de l’Institut de sécurité non traditionnelle à l’Université nationale de Hanoï, la cybercriminalité constitue aujourd’hui l’une des menaces les plus sérieuses pour la sécurité mondiale. En 2023, les pertes économiques mondiales dues aux cyberattaques ont été estimées à 8 000 milliards de dollars, et ce chiffre pourrait atteindre 10 500 milliards en 2025.

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Les délégués participent à la cérémonie de lancement de la Journée de la sécurité en ligne « Pas Seul ».

Avec près de 80 millions d’internautes et 76 millions de comptes sur les réseaux sociaux, le Vietnam fait face à une croissance rapide de son espace numérique, mais également à une multiplication des attaques contre les infrastructures critiques, des vols de données massifs et des opérations de désinformation menaçant l’ordre public.

Un espace numérique infiltré et vulnérable

Entre 2010 et 2024, plus de 62 000 sites vietnamiens ont été attaqués, dont près de 2 300 sites gouvernementaux. Les attaques ciblent particulièrement les secteurs de l’aviation, des télécommunications et des banques. Les ransomwares ont coûté plus de 10 millions de dollars au pays sur les six premiers mois de 2025. Durant cette période, plus de 155 millions d’enregistrements de données ont été exposés, soit 12,6 % du total mondial.

Les fraudes en ligne se multiplient à un rythme alarmant. Les méthodes incluent l’usurpation d’identité de policiers ou de procureurs, la mise en place de plateformes d’échanges fictives, ou encore des systèmes de jeux illégaux déguisés en marketing en ligne. En 2025, plus de 1 500 affaires de fraude ont été enregistrées, causant des pertes estimées à plus de 1 660 milliards de dongs.

La Convention de Hanoï : un tournant diplomatique et juridique

La signature de la Convention de Hanoï marque, selon Nguyen Xuan Yem, une avancée majeure. Le texte, fruit de près de cinq années de négociations, comprend 71 articles répartis en neuf chapitres. Il offre un mécanisme international de coopération continue, permettant notamment un accès rapide aux données transfrontalières dans le cadre d’enquêtes pénales.

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Table ronde « Protéger les citoyens et renforcer la confiance numérique dans la mise en œuvre de la Convention de Hanoï », organisée dans le cadre de la cérémonie d'ouverture à la signature de la Convention de Hanoï, à Hanoï, le 26 octobre 2025.

Il s’agit aussi d’un outil pour responsabiliser les grandes plateformes numériques internationales, en les obligeant à coopérer avec les autorités vietnamiennes, notamment pour fournir des preuves, supprimer des contenus illicites ou soutenir des enquêtes, même si elles sont basées à l’étranger.

Une priorité : renforcer les « guerriers du cyberespace »

Pour Nguyen Xuan Yem, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée est le maillon faible de la défense numérique du Vietnam. Le pays manque de talents de haut niveau dans les domaines essentiels, comme la cybersécurité, l’IA ou le cloud computing. Il est estimé que le Vietnam pourrait faire face à un déficit de 700 000 professionnels d’ici les prochaines années.

Face à cette urgence, les autorités ont lancé une stratégie nationale de cybersécurité jusqu’en 2025, avec une vision à 2030. Celle-ci prévoit la création de filières universitaires dédiées, des partenariats de recherche, ainsi que des incitations pour faire revenir des experts vietnamiens expatriés.

Un triple levier pour devenir une puissance régionale en cybersécurité

Pour devenir l’un des leaders de la cybersécurité en ASEAN d’ici 2030, Nguyen Xuan Yem identifie trois leviers prioritaires : une réglementation prédictive et adaptée, des investissements massifs dans les technologies de défense numérique, et une coopération régionale renforcée.

Il souligne également la nécessité de bâtir une industrie nationale de la cybersécurité et de promouvoir les solutions « made in Vietnam », afin de limiter la dépendance technologique et de renforcer la souveraineté numérique du pays.

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