Au Vietnam, les banques numériques et les entreprises de technologie financière (fintechs) élargissent leur offre de crédit aux entreprises familiales, cherchant à combler les lacunes en matière de financement grâce à des partenariats avec des plateformes de gestion commerciale.
Selon les chiffres du ministère des Finances, le Vietnam compte environ 5,2 millions d’entreprises familiales, qui contribuent à hauteur de 30 % au produit intérieur brut (PIB) et emploient des dizaines de millions de travailleurs. Ce secteur joue un rôle important dans le commerce de détail et les services aux consommateurs.
Cependant, les épiceries, les restaurants et les autres petites entreprises continuent de rencontrer des difficultés pour accéder au crédit, faute de garanties et de documents financiers formels. Lorsqu’elles ont besoin de capitaux pour reconstituer leurs stocks, notamment pendant les périodes de forte activité, certains commerçants sont contraints de recourir à des circuits de financement informels, souvent très coûteux.
Les fintechs cherchent à combler ce déficit de financement en nouant des partenariats avec des plateformes de gestion des ventes. La banque numérique Cake by VPBank figure parmi les établissements qui adoptent ce modèle.
Depuis octobre, Cake et KiotViet proposent aux entreprises familiales des prêts pouvant atteindre 300 millions de dôngs (11 400 dollars). L’ensemble du processus, de la demande à la vérification électronique de l’identité du client (eKYC), en passant par l’approbation du plafond de crédit et le déblocage des fonds, s’effectue en ligne via l’application KiotViet, en seulement quelques minutes.
Les deux entreprises intègrent également des solutions de paiement, notamment des codes QR dynamiques et une technologie permettant de transformer un téléphone mobile en terminal de paiement par carte. L’objectif est de mettre en place un écosystème intégré permettant aux commerçants de gérer leurs stocks, de suivre leurs flux de trésorerie et d’accéder à des fonds de roulement, le tout à partir d’une interface unique.
« Nous voulons aider les entreprises familiales à surmonter leurs difficultés, à stabiliser leur trésorerie et à développer leurs activités au quotidien. Lorsqu’elles ont besoin de capitaux, elles peuvent accéder rapidement et en toute sécurité à des financements formels, grâce à un outil qu’elles connaissent déjà », a déclaré Nguyen Huu Quang, directeur général de Cake, au magazine The Leader.
Selon Nguyen Huu Quang, les entreprises familiales souhaitent de plus en plus gérer leurs différentes activités sur une plateforme unique, tout en bénéficiant de services financiers adaptés à la taille de leur activité et à la réalité de leurs flux de trésorerie. Cake by VPBank a indiqué que sa stratégie d’élargissement de son écosystème à différents segments de clientèle, des jeunes et des particuliers aux petites entreprises familiales, lui avait permis d’atteindre près de 8 millions de clients.
Combler le déficit de crédit
L’intérêt croissant des institutions financières pour les petites entreprises familiales témoigne de l’importance des besoins de financement encore insatisfaits sur le marché du crédit.
Le rapport 2025 sur l’indice de compétitivité provinciale (PCI), publié par la Chambre de commerce et d’industrie du Vietnam (VCCI), révèle que plus de 93 % des prêts au Vietnam nécessitent encore des garanties. Parallèlement, 75,5 % des petites et moyennes entreprises (PME) déclarent ne pas pouvoir accéder au crédit bancaire sans en fournir.
Cet obstacle ne résulte pas d’un manque de liquidités dans le système bancaire, mais tient en partie aux limites des outils dont disposent les banques traditionnelles pour évaluer les risques à partir des flux de trésorerie réels des petites entreprises.
La « finance intégrée » (embedded finance) apparaît ainsi comme une solution permettant de faciliter l’accès des entreprises au financement grâce aux plateformes numériques qu’elles utilisent dans leurs activités quotidiennes.
Avant de nouer un partenariat avec KiotViet, Cake avait déjà collaboré avec le groupe MISA pour déployer des offres de crédit numérique via MISA Lending, une plateforme mettant en relation emprunteurs et prêteurs. Celle-ci est intégrée à des logiciels de comptabilité, de facturation électronique et de gestion commerciale, tels que meInvoice, MISA eShop et CukCuk.
Plutôt que de s’appuyer uniquement sur des garanties ou des documents financiers traditionnels, le système collecte et normalise les données relatives aux transactions, aux flux de trésorerie et aux factures que les petites entreprises familiales acceptent de partager. Ces informations sont ensuite exploitées pour évaluer leur solvabilité à l’aide de l’intelligence artificielle (IA), ce qui permet de raccourcir les délais de traitement des demandes et d’accélérer les décisions d’octroi de crédit.
Après cinq années d’activité, MISA Lending a noué des partenariats avec 16 institutions financières et accompagné plus de 400 000 entreprises et petites structures familiales. Le montant total des crédits décaissés a atteint 40 000 milliards de dôngs (1,5 milliard de dollars).
Le taux d’approbation des demandes de prêt s’est établi à 36,2 %, soit dix fois plus que celui enregistré par les canaux de crédit traditionnels sans garantie. Selon les informations communiquées, Cake figure parmi les partenaires de la plateforme affichant les taux de décaissement les plus élevés.
« Les PME et les petites entreprises familiales ont des besoins de financement réels et récurrents, mais elles sont particulièrement sensibles aux délais. Lorsque les financements arrivent trop tard, les opportunités commerciales peuvent déjà avoir disparu », explique Nguyen Thi Ngoan, directrice générale adjointe du groupe MISA.
Les fintechs ne cherchent pas à convaincre les banques d’assouplir leurs critères d’octroi de crédit pour augmenter les décaissements, précise Nguyen Thi Ngoan. Elles s’attachent plutôt à améliorer la qualité des données et à recourir à l’intelligence artificielle pour analyser en continu les indicateurs opérationnels des entreprises, fournissant ainsi aux banques une base d’information plus solide pour prendre des décisions de crédit plus précises.